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Orléans : les CFA de l'Argonne lancent le nouveau “campus des métiers”, pôle d'excellence pour l'apprentissage

Frédéric Briday, directeur du CFA Orléans métropole, situé dans le quartier de l'Argonne. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire
Frédéric Briday, directeur du CFA Orléans métropole, situé dans le quartier de l'Argonne. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire

Les quatre Centres de formation d'apprentis de l'Argonne ont rendu hier un projet commun de Campus des métiers. Ils vont collaborer plus étroitement pour mieux préparer leurs apprentis au monde de l'entreprise de demain. Un projet d'excellence qui restera dans le quartier. 

Par Yacha Hajzler

Le projet est frais de deux jours. Les quatre centres de formation d'apprentis (CFA) du quartier de l'Argonne, à Orléans, vont mettre sur pied un nouveau label, le "Campus des métiers - L'Argonne". Ils veulent à la fois renforcer les compétences de leurs étudiants, et s'armer, car la formation des apprentis est sur le point de devenir un secteur concurrentiel. 
 

Les CFA unissent leurs forces


Faites un effort de projection : vous êtes apprenti en ébénisterie. Faire un meuble précieux, ce sera acquis en sortant de formation. Mais si vous voulez monter votre entreprise, ne vous faudra-t-il pas quelques notions de commerce ? 

"On peut déplacer une cohorte de jeunes apprentis, d'un CFA à un autre, ça évite de créer un nouveau cursus qui risquerait d'être déficitaire. Il peut y avoir une mutualisation des équipements, des formateurs" explique Philippe Leloup, vice-président de la métropole chargé de l'emploi et de l'insertion. 

"Je suis persuadé que ce sera une situation classique dans, disons, deux ans, abonde Frédéric Briday, directeur du CFA Orléans Métropole. De la formation à la carte, en présenciel comme à distance."

Son établissement avait déjà commencé à mutualiser les ressources avec ses voisins. "Sur le secteur, c'est très nouveau. Pour les formations en bâtiment, l'ensemble des laboratoires permet de couvrir l'intégralité des besoins. On a montré que mutualiser les moyens était tout à fait faisable", estime-t-il. 
 

"Partir du BTS pour arriver patron"


L'offre des CFA va aussi s'élargir bien au-delà de leurs apprentis. Ils vont, ensemble, proposer des modules de formation pour tous les cas de figure : retour à l'emploi, reconversion professionnelle, formation demandée par l'entreprise... 

Nicolas Perrot est en 1ère année de BTS Fluides, Energies, Domotique au CFA d'Orléans, et travaille en alternance chez AVC Sécurité. Pour lui, cette possibilité est intéressante. "Pendant ma formation, on va voir beaucoup de choses, mais pas tout. Si je veux me spécialiser, je devrais revenir. Au CFA BTP, il y a des formations sur le photovoltaïque, je trouve ça super intéressant d'y voir des personnes de tous âges."

D'autant que le jeune homme compte bien gravir les échelons : "Pour l'instant, je suis dans l'optique de poursuivre avec mon entreprise, je suis bien et ce que je fais me plaît beaucoup, donc pourquoi pas se développer. Partir du BTS pour arriver patron, en tout cas on va travailler pour."
 

Envoyer sur le marché du travail des apprentis ambitieux et complets, c'est le pari de cette nouvelle structure, dans un secteur qui deviendra très bientôt concurrentiel.
 

Financements : le MEDEF prend la main


Jusqu'ici, les régions finançaient en majorité les CFA, et assuraient également la répartition des filières entre ceux-ci. Tout va changer avec la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, promulguée en septembre 2018.

Les établissements seront désormais financés "au contrat" : une fois le contrat signé entre l'entreprise et l'apprenti, le CFA choisi par l'entreprise pour assurer la formation du jeune obtiendra un financement, défini par la branche professionnelle elle-même.
 
De face, à gauche, Nicolas Perrot, apprenti en BTS FED. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire
De face, à gauche, Nicolas Perrot, apprenti en BTS FED. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire

"L'entreprise pourra décider si la formation a lieu chez vous, ou dans un autre CFA, développe Frédéric Briday. Il y aura une libre concurrence demain, sur l'ensemble des CFA. Chacun pourra ouvrir les formations qu'il souhaite. Pour être choisi, on sera jugés sur plusieurs indicateurs. Et si l'entreprise estime qu'elle ne trouve pas la réponse à ses besoins, elle peut créer son propre centre de formation."

Le directeur relativise cette pression mise sur les Centres de formation. "On assiste à une transformation massive des métiers, à l'heure actuelle. Si on est un centre de formation et qu'on prépare à des métiers qui n'existent plus, ou qui ne débouchent pas sur de l'emploi, on est obsolète."
 

Un projet de quartier


Le nouveau campus des métiers compte bien être un pôle d'excellence. Et pas question de quitter le quartier, considéré par certains comme "défavorisé". "On veut pouvoir associer le campus au quartier, revendique l'élu à la métropole Philippe Leloup. On va installer le vocable : Campus des métiers - L'Argonne. Rendons visible le fait que, dans ce quartier, il y a un vrai gisement, l'apprentissage, qui est la formation de demain. L'attractivité du quartier et celui des CFA sont positivement liés." 

Une dynamisation du quartier qui, il le reconnaît, a "attendu". "Pourquoi ? Je n'ai pas la réponse, peut-être que ce n'était pas prêt. Mais la politique de la ville est active, même si ça ne se voit pas", plaide l'élu. 

Au CFA de la métropole, l'imprégnation des étudiants dans le quartier est suivi de près. "Au début de l'année, on a reçu des mails nous demandant une espèce d'évaluation du quartier, des améliorations possibles, atteste Nicolas Perrot, le jeune apprenti. Ça a posé les bases, et il y a eu un suivi. On peut en discuter très facilement."
 

Son directeur confirme : "On travaille avec les acteurs du quartier sur la question de la restauration, du transport scolaire aussi. On souhaite que l'arrivée de nos 2000 apprentis ne posent pas de problème, notamment de stationnement, dans ce quartier résidentiel. Ceux qui disent que l'Argonne n'est pas bien vu ne le connaissent pas. L'établissement est ici depuis plus de 25 ans, on n'a jamais eu de soucis."

Avec ce nouveau label, les reponsables politiques espèrent aussi attirer, dans les CFA de l'Argonne... les jeunes de l'Argonne. "Les CFA sont inconnus au bataillon. C'est paradoxal : on est là, et ces jeunes ne viennent pas chez nous. Il faut qu'on aille les chercher. On va mettre cette entité nouvelle sur la place publique", espère Philippe Leloup. 

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