Polémique : des enfants privés de déjeuner pour factures impayées

© L'EST REPUBLICAIN / Alexandre Marchi
© L'EST REPUBLICAIN / Alexandre Marchi

Le 14 mai dernier dans l’école de la commune de St-Père-sur-Loire dans le Loiret, le maire refuse de servir le repas à 11 enfants. Il leur fait donner du pain, du fromage et une compote. La raison ? les parents, malgré les relances de la mairie, n’ont pas payé leurs factures.

Par Isabelle Racine

L’histoire commence avant les vacances de printemps. A la mairie de St-Père-sur-Loire dans le Loiret, les services de la commune réalisent un bilan des impayés de la cantine. Il y en a pour 2 000 euros. Le maire de la commune, Patrick Foulon (sans étiquette) envie alors une lettre en recommandé aux parents qui n’ont pas réglé leurs factures. Il les informe du montant de la dette et leur demande de régler la somme due avant la fin des vacances scolaires. Faute de quoi, selon le règlement de la cantine, il exclura les enfants. Une douzaine de familles est concernée. La moitié d’entre elles s’acquitte de leur dette ; les autres soit ne vont pas chercher le recommandé, soit ne contactent pas la mairie.
Devant ce manque de réaction, le maire décide, selon ses termes, "de frapper fort les esprits pour stopper l’hémorragie". Il décide donc le 14 mai dernier, au retour des vacances de printemps, de priver les enfants concernés du déjeuner prévu ce jour-là. Les enfants, âgés de 5 à 8 ans, ont eu droit à du pain, du fromage, un fruit et une compote.

A la suite de cela, la mairie a établi un échéancier à certaines familles pour régulariser leur situation ; les enfants ont pu réintégrer la cantine. D’autres familles ont fait le choix de retirer les enfants de la cantine.

Je ne l’ai pas fait de gaîté de cœur. Je comprends que j’ai pu choquer mais je n’avais pas le choix : je suis garant des finances de la commune. Ce qui m’énerve, c’est le manque de réaction des familles suite au courrier adressé. J’en appelle à la responsabilité des parents. Le problème c’est que, avec certaines d 'entre elles, le problème est récurrent : elles ne paient pas et les dettes s’accumulent. Une d’entre elles avait une dette de 800 euros. La porte de la mairie a toujours été ouverte aux familles pouvant connaître des difficultés pour payer les factures de cantine. Patrick Foulon, maire de St-Père-sur-Loire

Les réactions n’ont pas manqué suite à cette mise à l’écart des enfants lors du repas du 14 mai. Les familles concernées d’abord, indignées par le procédé. L’association des élus communistes et républicains du Loiret a réagi :

C’est une réalité, les élus locaux sont confrontés à des difficultés réelles, en particulier en raison des baisses constantes de moyens pour répondre aux besoins des populations. Cependant, le maire d'une commune n'a pas pour mission de se transformer en justicier ou en chérif d'une mauvaise série télé ! Mais le problème n'est pas là, ce différend qui concernait des adultes aurait dû rester entre adultes. Le procédé, inacceptable et scandaleux, est contraire aux valeurs de la République (…). Quand des parents traversent des difficultés ou font preuve de négligence, les décisions doivent prendre en compte l'intérêt supérieur de l'enfant.

De son côté, la FCPE (Fédération des parents d'élèves de l'enseignement public) juge le procédé révoltant et inacceptable. Elle estime, elle aussi, que cette affaire est une histoire d'adultes qui aurait du se régler entre adultes, les enfants ne devant pas payer pour les défaillances de leurs parents.
Selon elle, la mairie aurait dû anticiper davantage et trouver des solutions pour les familles qui ne peuvent payer. Quant aux parents négligeants, qui ne payent pas délibéremment, il faut leur rappeler les règles.
En tout état de cause, étudier la situation des familles au cas par cas.

Patrick Foulon est maire de la commune depuis 2008. C’est son deuxième mandat. Il souhaiterait que le député de la circonscription, Claude de Ganay, fasse une proposition de loi pour que ce soit la CAF (Caisse d’Allocations Familiales) qui règle, via les allocations, les factures de cantine.

L’histoire ne devrait pas s’arrêter là, les parents envisagent de contacter le défenseur des droits.

Quelques chiffres

une centaine d’élèves dans l’école
11 enfants concernés / 6 familles concernées
un impayé de 2 000 euros, soit 660 repas
1048 habitants au recensement de 2017

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