Procès Mediator : “inconsolable”, la lanceuse d'alerte Irène Frachon livre son témoignage

La DR Irène Frachon tenant les portraits de deux victimes du Médiator. / © Bertrand GUAY / AFP
La DR Irène Frachon tenant les portraits de deux victimes du Médiator. / © Bertrand GUAY / AFP

La docteure qui avait publié en 2010 "Mediator 150mg, combien de morts ?" a témoigné à la barre contre les laboratoires Servier. 

Par Y.H avec AFP

Elle est "tombée de l'armoire" avant tous les autres. Ce mercredi 16 octobre, la Dr Irène Frachon livre son témoignage. Depuis le 23 septembre, les laboratoires Servier sont jugés à Paris, en même temps que l'Agence du médicament, dans l'affaire du Mediator, antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts. 

Irène Frachon, c'est celle par qui le scandale est arrivé, l'antéchrist des laboratoires Servier.  Pneumologue au CHU de Brest, elle raconte comment elle a découvert que la vie de ses patients était menacée par le médicament. "Cela tient à un fil, à quelques indices", affirme Irène Frachon, coiffée de son éternel chignon, pantalon beige et chemise blanche.
 

Un faisceau d'indices


Quand en février 2007, elle examine "une patiente obèse, qui souffre d'une HTAP (hypertension artérielle pulmonaire, ndlr) gravissime" et qui est "sous Mediator", le Dr Frachon, spécialiste de cette pathologie très rare, "tique".

Près de vingt ans plus tôt, quand elle était externe au centre de référence des HTAP, en région parisienne, de nombreuses "femmes jeunes" arrivaient avec "les symptômes de cette maladie". Un coupe-faim des laboratoires Servier, l'Isoméride, est soupçonné; il sera retiré du marché en 1997 comme d'autres fenfluramines, des produits dérivés de l'amphétamine.

Elle se souvient aussi des articles de la revue médicale Prescrire, alertant sur les risques du Mediator, commercialisé depuis trente ans comme un adjuvant au traitement du diabète, mais "régulièrement dénoncé comme étant un dérivé de l'amphétamine".
 

Déni inébranlable


Au début de son enquête, qui durera trois ans, Irène Frachon doute, "bute", se dit qu'elle s'est "probablement monté le ciboulot". Mais de nouvelles patientes se présentent après avoir développé des HTAP ou des valvulopathies cardiaques. Début 2009, elle a compilé "onze cas extrêmement graves".

Elle s'entoure d'une équipe d'experts et, sous le choc, comprend "ce qui était en train de se passer". Le benfluorex, molécule active du Médiator, est en fait "équivalent" aux flenfluramines, présentes dans le médicament Servier retiré du marché en 1997. Schémas et diapositives à l'appui, la Dr Frachon soutient que les molécules libèrent toutes deux un "poison puissant et mortel", la norfenfluramine, qui a atteint "le coeur de Marie-Claude", les poumons de "Joëlle", deux de ses patientes décédées.

Elle porte ces cas devant l'Agence du médicament, alors appelée l'Afssaps, avec "l'intuition que ça ne va pas bien se passer". Lors du "drame de l'Isoméride" de 97, elle dit avoir été "marquée par le déni inébranlable des laboratoires Servier", une "ambiance de menaces et de pressions absolument invraisemblable" et des autorités de santé "pétrifiées".

L'inaction, c'est d'ailleurs bien à ce titre que figure, sur le banc des accusés, l'Agence du Médicament. "Comme les victimes, je suis à ce jour inconsolable", a lâché Irène Frachon, en conclusion de son exposé. 

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