Réforme de la 1ère année de médecine : face aux inquiétudes des étudiants, l’Université de Tours se veut rassurante

Alors que des étudiants en médecine ont formé des collectifs contre la réforme de leur cursus, l’Université de Tours, l’Agence régionale de santé et le Rectorat tentent de les rassurer. Face à la fronde, le gouvernement a par ailleurs annoncé des mesures exceptionnelles.

Faculté de médecine de Tours
Faculté de médecine de Tours © Cyril DEVILLE

Rassurer les parents et les étudiants sur la mise en place effective de cette réforme” des études de santé, tel était le but affiché par Katia Béguin, rectrice de l’académie d'Orléans-Tours, lors d’un point presse organisé ce lundi 31 mai.

Il faut dire que les élèves, et notamment ceux en première année de médecine, sont vent debout contre ces changements. Une association nationale et des antennes locales ont été créées dont à l’Université de Tours, le collectif PASS/LAS Tours. 

Ce dernier a d'ailleurs déposé un recours en justice contre l'Université de Tours qui passera devant le tribunal administratif d'Orléans le 7 juin prochain, comme l'indique ce tweet.

En quoi consiste cette réforme ?

Face au taux d’échec et au problème de réorientation des étudiants en médecine, la première année d’étude commune aux études de santé (le fameux PACES) a été supprimée à la rentrée 2020.  

Deux nouvelles filières ont été créées :

Grâce à cette dernière, il devient possible de faire une première année de licence généraliste (chimie ou économie, par exemple), et d’entrer tout de même en deuxième année de médecine grâce à une mineure santé [option qui inclue des matières comme l'anatomie, la biologie cellulaire, etc., NDLR]”, explique le collectif PASS/LAS dans une tribune sur Télérama

"Eviter le gâchis humain"

Pour Emmanuelle Blanchard-Laumonnier, responsable de la filière PASS/LAS à la faculté de médecine de Tours, et Véronique Maupoil-David, doyenne de la faculté de pharmacie de Tours, cette réforme a un intérêt majeur : “diversifier le profil des futurs professionnels de santé” qui était jusque-là très scientifique. Une intention initiale louable, d’après les étudiants eux-mêmes. 

Une des motivations fortes de la réforme, c’est d’éviter le gâchis humain de jeunes brillants”, ajoute Laurent Habert, directeur général de l’Agence régionale de santé Centre-Val de Loire (ARS). Il faut dire que “65% des redoublants de PACES échouaient”, souligne Patrice Diot, doyen de la faculté de médecine de Tours.

Katia Béguin abonde dans ce sens : “Avant, les étudiants pouvaient tenter trois fois le concours, et s’ils échouaient, ils avaient perdu trois ans. Alors que là, on leur permet de valider les années.”

Pour tenter de comprendre le nouveau cursus et les ponts existants entre la formation médicale et la licence généraliste à accès santé, voici un schéma (plus ou moins clair) publié par le Ministère de l'Enseignement supérieur.

Le premier cycle d'études en santé mis en place par la réforme.
Le premier cycle d'études en santé mis en place par la réforme. © Ministère de l'Enseignement supérieur

La fin du numerus clausus

Autre changement majeur : le redoublement est désormais impossible en fin de première année de médecine.

Enfin, est supprimé le fameux numerus clausus, c’est-à-dire ce quota qui fixait le nombre d’étudiants admis en deuxième année des études de santé.

Il est remplacé par un numerus apertus (un nombre ouvert, NDLR), déterminé par la faculté de médecine et l’ARS, en fonction de leurs besoins prévus sur plusieurs années.

But : résorber les déserts médicaux

Le premier changement visible est la répartition des étudiants. En plus de ceux inscrits à la faculté de médecine de Tours, sont désormais comptés ceux qui suivent une licence généraliste avec une mineure santé. 

A l’Université d’Orléans par exemple, environ 200 étudiants étaient en première année de LAS pour l’année 2020-2021 ; pour la rentrée 2021, ce seront 265 places en tout qui seront proposées. 55 places seront aussi ouvertes à Bourges. 

On sait que des étudiants qui viennent du territoire et font des études sur le territoire vont avoir tendance à rester sur le territoire. C’est un plus pour garder des futurs médecins”, se réjouit le directeur général de l’ARS. Et donc résorber les déserts médicaux.

Seul bémol : ces places ne sont pas ouvertes ex nihilo ; concentrées jusque-là à l’Université de Tours, elles sont désormais réparties entre Tours et Orléans.  

Des étudiants en santé plus nombreux ?

L’autre effet serait l’augmentation du nombre d’étudiants. La fin du numerus clausus a permis à l’Université de Tours et l’ARS d’augmenter de 18% le nombre de places en deuxième année de médecine, qui est passé de 255 à 300. 

Par ailleurs, “dans toutes les filières (odontologie, maïeutique, pharmacie, kinésithérapie), les places ont été augmentées”, ajoute Emmanuelle Blanchard-Laumonnier. 

Le passage en deuxième année reste cependant un des écueils principaux pointés par le collectif pour l’année 2020/2021 qui “voit cohabiter en première année des redoublants de l’ancien système et des étudiants en PASS ou en LAS, sortis du bac en juin 2020. Or les premiers se sont vu attribuer la moitié des places ouvertes en deuxième année, ce qui mathématiquement n’en laisse qu’une moitié aux seconds qui, rappelons-le, ne peuvent plus redoubler.

481 places à Tours

Fin avril, le Conseil d’Etat avait d’ailleurs aussi donné en partie raison aux étudiants et demandé au gouvernement de retoquer la réforme.

Pour niveler cette inégalité, le gouvernement a débloqué début mai 1.700 places supplémentaires en 2e année et a republié un arrêté précisant le nombre de places attribuées.  

Ainsi pour la rentrée univertaire 2021-2022, l’Université de Tours bénéficie de 481 places en deuxième année ; 232 sont données aux PASS/LAS, et 249 aux PACES.

Mesures exceptionnelles

Le Premier ministre Jean Castex a par ailleurs annoncé le 2 juin dernier "des mesures exceptionnelles", "mises en oeuvres dans les meilleurs délais pour s'appliquer dès cette année universitaire". Parmi celles-ci :

Ces changements ont été décidés après la parution mi-mai d’un rapport du Sénat. Dans ce dernier était évoquée une “mise en oeuvre très chaotique” ; “un déficit d’anticipation” ; le mauvais choix des deux ministères pilotes de maintenir la réforme en pleine crise sanitaire au lieu de la reporter d’un an.

 

Bientôt une faculté d’odontologie ?

L’Université de Tours, l’académie d'Orléans-Tours et l’ARS ont déposé, auprès des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur, une demande de création de faculté d’odontologie, c’est-à-dire pour former les dentistes.

Avec la Normandie et la Bourgogne-Franche-Comté, le Centre-Val de Loire est en effet l’une des trois régions de France à être dépourvue d’une faculté de ce type.

Or ce sont justement les trois régions où il manque le plus de dentistes, d’après Patrice Diot. “Ce déficit  peut avoir des conséquences catastrophiques pour nos concitoyens. Le fait d’avoir des dents mal soignées peut conduire par exemple à des maladies cardio-vasculaires”, alerte-t-il.

Si le gouvernement donne son feu vert au projet, le but serait de former à terme 40 chirurgiens dentistes chaque année, potentiellement à l'Université de Tours qui pourrait accueillir cette faculté. Ces derniers seraient envoyés en stage ou en internat dans les hôpitaux de la région, avec pour objectif qu’ils s’installent à proximité. 

C’est en tout cas ce qu’espèrent les institutions régionales qui ont été auditionnées récemment. Indice d’une prochaine validation du dossier ? “Nous n’avons aucune indication de calendrier”, souffle Katia Béguin. Tous espèrent cependant une validation et une ouverture de la faculté en 2022.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
université éducation société santé