Tourisme : la région Centre-Val de Loire a bu la tasse, mais redoute une seconde vague

Le confinement et la crise sanitaire du coronavirus ont pesé lourdement sur le secteur du tourisme, enjeu économique majeur en Centre-Val de Loire. Même si la saison reprend doucement, certains acteurs du secteur ne cachent pas leur frustration.

Le château de Villandry, dans l'Indre-et-Loire, a réouvert l'accès à ses jardins le 16 mai dernier, après trois mois de fermeture.
Le château de Villandry, dans l'Indre-et-Loire, a réouvert l'accès à ses jardins le 16 mai dernier, après trois mois de fermeture. © F3 / C.D.
"Ce ne sera pas une grande année c'est sûr", soupire Damien Laurent. "Mais ce ne sera pas si catastrophique que ça." Le propriétaire et directeur de l'hôtel du Blason, à Amboise, a été comme le reste de la profession obligé de sacrifier les mois habituellement rentables de mars, avril et mai à cause de la pandémie de covid-19. "Ça nous a torpillé notre année", ajoute-t-il, mais avec le retour progressif des touristes, "nous sauvons les meubles".

S'il va devoir se passer d'une grande partie de sa clientèle anglaise, Damien Laurent a cependant vu revenir quelques touristes en provenance d'Europe, comme des Belges, des Allemands et quelques Italiens. "C'est plutôt un bon signal", espère-t-il. L'autre espoir du secteur repose sur le fait que la région puisse être épargnée par une éventuelle seconde vague du covid-19, au moins jusqu'à la fin de la saison, sans quoi une situation précaire deviendra vite intenable.

"La meilleure aide qu'on ait reçue, c'est le prêt garanti pour l'Etat", poursuit le directeur. "Avec le chômage partiel, ça a été une sécurité, ça nous permet de ne pas être démunis sur les six mois suivants." A titre individuel, en revanche, il s'est senti un peu "laissé de côté" par l'État et les collectivités.
 

"Si nous arrivons à 50% du chiffre annuel, ce sera formidable !"

"Les trois mois qu'on a perdu sont irrécupérables" cingle quant à elle Sabine Ferrand, présidente régionale de l'Union des métiers de l'industrie hôtelière (UMIH). "Si nous arrivons à 50% de notre chiffre d'affaires annuel, ce sera formidable !"

Les professionnels du tourisme se désolent également de sentir abandonnés par les assurances, dont certaines ont refusé de compenser la perte d'exploitation induite par le confinement. En effet, certains contrats précisent que cette perte n'est pas couverte par la clause sur les catastrophes naturelles, et d'autres considèrent simplement qu'il est impossible de compenser une perte d'exploitation alors que l'appareil de production n'a pas subi de dommages.

Même avec quelques signes de reprise en juin et juillet, Sabine Ferrand prévoit d'ores et déjà que beaucoup d'entre elles disparaissent, tout en déplorant que le plan de relance nationale ne soit pas en place. Et elle ne s'estime pas du tout convaincue par le plan d'avances remboursables proposé par la région. "Nous avions des entreprises parfaitement saines avant la crise, qui désormais vont se retrouver sur-endettées", déplore-t-elle.
 

"Depuis trois, quatre mois parfois on ne se verse plus de salaire, et maintenant on doit encore s'endetter ! Combien de temps va-t-on enfiler les avances remboursables et les prêts comme des perles ?"

Sabine Ferrand, présidente régionale de l'UMIH


Le secteur du tourisme, un enjeu régional majeur

La région Centre-Val de Loire recense plus de deux mille lieux d'hébergement, dont la survie dépend en grande partie du tourisme. Il s'agit d'hôtels comme celui de Damien Laurent, mais aussi de gîtes, de chambres d'hôtes et d'aires de camping. Pour se faire une idée de l'ampleur du secteur, il faut encore leur ajouter 645 monuments, sites patrimoniaux et musées, ainsi que l'ensemble des commerces et services qui profitent chaque année du passage des voyageurs.


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Et depuis plusieurs années, le nombre de ces touristes ne fait qu'augmenter : au cours de l'année passée, la fréquentation des hôtels de la région "s’élève en 2019 de 1,9 % à un niveau record de 3 800 000 nuitées" selon l'Insee. Celle des camping atteint "2 178 000 nuitées" la même année, en hausse de 6%. En tout, 11 millions de touristes auraient fréquenté la région en 2019, un chiffre qui progresse plus nettement que la moyenne nationale. Ce tourisme, dont la région tente d'allonger la période de fréquentation jusqu'en hiver, emploie 33 000 personnes et génère 3,4 milliards d’euros de retombées en termes de consommation touristique.

"Nous avons une dynamique très forte", confirme François Bonneau, le président de la région Centre-Val de Loire. Une dynamique qui ne se confirmera pas cette année, mais qui a convaincu la région d'investir 800 000 euros dans une campagne de communication pour séduire à nouveau les touristes Français (et notamment en provenance de région parisienne), qui constituent 80% de la fréquentation régionale et favoriser la reprise.

En outre, les investissements dédiés au tourisme dans le budget annuel, comme les aménagements des véloroutes ou le soutien de 8,4 millions d'euros aux spectacles vivants, ont été maintenus, tout comme la stratégie consistant à favoriser un "slow tourisme" fondé sur l'hospitalité et la proximité plutôt que la consommation.
 


Des efforts importants pour soutenir le secteur touristique

Plus significatif encore, un fonds "Renaissance" doté de 12 millions d'euros et financé publiquement doit permettre de "soutenir les entreprises de moins de 20 salariés pour le redémarrage de leurs activités". Si les entreprises de tous les secteurs sont concernées, ce sont bien les "commerces, hôtellerie, restauration, tourisme [...]" qui sont explicitement visés par le texte sous la forme d'avances remboursables d'un montant de "5 000 € à 20 000 €" sans intérêts.

Face à "l'endettement" excessif redouté par l'UMIH, François Bonneau préfère noter que "37% des structures qui font une demande viennent précisément de ce secteur de l'hôtellerie", et que "les aides entre 0 et 5000 euros" n'auront pas à être remboursées."
 

"La région passe d'une capacité de désendettement de trois ans à neuf ans. Nous avons mis 16,4 millions d'euros sur la table pour le fonds de solidarité nationale pour aider les entreprises. On va jusqu'au bout de nos capacités d'emprunt et de l'effort qu'il est possible de fournir !"

François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire

 

En cas de seconde vague, "on boira tous la tasse"

Reste pour les professionnels la crainte d'une seconde vague de la pandémie de covid-19, et un second confinement qui pourrait s'avérer fatal. Certains, comme Damien Laurent, s'y sont déjà en partie résignés, espérant toutefois qu'un second confinement n'interviendra pas avant l'automne, de façon à terminer au moins la saison et sauvegarder l'activité.

Sur la question, les pouvoirs publics n'ont eu de cesse ces dernières semaines de rappeler les gestes barrières comme le port du masque, qui restent la seule solution à l'heure actuelle pour concilier une existence à peu près normale et l'omniprésence du virus. "Vous imaginez, s'il faut à nouveau confiner ?", lâche Sabine Ferrand. "Là on boira tous la tasse, c'est sûr."
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