Chien des Salines : entre mobilisation et chasse à l'homme

L'appel à témoins affiché dans le quartier des Salines / © Sylvie Tristani
L'appel à témoins affiché dans le quartier des Salines / © Sylvie Tristani

La mort d'un chien qui semble avoir été torturé dans la nuit du 31 juillet au 1er août à Ajaccio a soulevé un émoi considérable. Plusieurs centaines de personnes se mobilisent, sur les réseaux sociaux comme dans les rues corses, pour retrouver le coupable.

Par Romain Jeanticou

Ce mardi 6 août à 18 heures, le groupe Facebook "Le Chien Des Salines" comptait 2 376 membres, moins de trois jours à peine après sa création. Et cinq jours après que l'on ait découvert le cadavre de l'animal sur un parking des Salines, à Ajaccio.

"J'ai créé cette page samedi soir car je trouvais cette histoire immonde et me retrouver aujourd'hui avec 2 300 personnes, c'est vraiment incroyable !", s'enthousiasme non sans une certaine surprise Carole Santoni-Collet, une secrétaire comptable ajaccienne de 40 ans, qui travaille aujourd'hui sur le continent.

C'est Michou Gambarelli, Ajaccienne elle aussi, qui en parle à Carole après avoir eu vent de l'affaire sur Facebook. Lorsque son amie lui raconte qu'un chien a été retrouvé le ventre ouvert, vraisemblablement traîné sur plusieurs centaines de mètres au moins, dans le quartier des Salines, Carole est horrifiée. "On s'est vraiment dit qu'il y avait des fous !"

Sensibilisée à la cause des droits des animaux et collaboratrice du refuge de Caldaniccia, elle crée samedi avec son amie un groupe Facebook dont l'objectif est de faire parler du drame pour que le coupable ne reste pas impuni. 

L'émoi est immense. Et immédiat : en quelques heures, des centaines d'internautes, majoritairement corses mais pas que, diffusent les détails de l'acte, en utilisant notamment une photographie prise jeudi matin par la fille d'une habitante du quartier des Salines et postée dans le groupe Disparition De Chiens Sur La Corse"J'ai eu les tripes à l'envers en voyant la photo, je ne pouvais pas laisser cet acte atroce impuni", explique Michou Gambarelli, qui affirme par ailleurs que le chien se prénommait Whisky.

La photo du chien mort, prise d'un immeuble des Salines, le jeudi 1er août / © Tina Carboni
La photo du chien mort, prise d'un immeuble des Salines, le jeudi 1er août / © Tina Carboni


Des circonstances encore floues

Les détails de l'affaire sont encore inconnus. Le chien a été retrouvé jeudi 1er août au matin, sur le parking de l'ancien Carrefour, rue Jean Lluis, dans le quartier ajaccien des Salines. 

"Cela nous a dans un premier temps paru normal de prévenir la police pour que l'on récupère le chien et dans un second temps d'avertir tout le monde de ce qu'il se passait, déclare Tina Carboni, qui a pris la photographie. Si vous aviez vu le nombre de personnes qui passaient près de lui sans un regard, je n'en revenais pas !"

D'après les premiers indices, le chien aurait été traîné, vivant ou déjà mort, par un véhicule entre minuit et trois heures du matin, sur une distance d'environ un kilomètre, entre le rond-point du Lazaret et la rue Jean Lluis. Du sang séché a été retrouvé sur la route menant au parking. Lorsqu'il est récupéré par les employés de la mairie d'Ajaccio, le chien a le ventre ouvert, le corps recouvert d'éraflures.
 

Photo de Whisky diffusée par son maître / ©
Photo de Whisky diffusée par son maître / ©



Le maître du chien, un homme ayant recueilli plusieurs bêtes chez lui, a été reconnu comme n'étant pas l'auteur des faits. Parti sur le continent lors du drame, il a déposé plainte mardi 6 août.

Plusieurs dépôts de plainte ont aussi été effectués par des associations de défense des animaux. Les enquêteurs poursuivent leur travail et ont notamment visionné les différentes caméras de surveillance du quartier, sans communiquer sur leur contenu.

 

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Émoi autour du chien des Salines
Marie-Blanche Stefani - Association de protection des animaux Stéphane Lamart / Claude Gobillot - Association "Sans colliers Corse


 

Mais une indignation unanime

L'information propagée, commentée et partagée sur les réseaux sociaux, avant même qu'elle ne soit traitée dans les médias, entraîne une avalanche de réactions, venues d'aussi loin que le Canada. L'indignation est unanime : la plupart des internautes parlent d'acte "barbare" qui doit être "puni". 

Certains militants en profitent pour rappeler le travail effectué par les refuges et les associations de défense des animaux, dans la lumière lors de telles affaires mais dont le travail continu s'effectue à l'année.

Même les politiques s'emparent de l'affaire : Jean-François Baccarelli, candidat écologiste à la mairie de Bastia, a réagi via plusieurs communiqués.


L'action fait suite aux réactions

L'indignation a désormais laissé place à la mobilisation. Appel à témoins, affichage public, propositions de réunions et de manifestations, banderole à déployer durant un match de foot : les Ajacciens ne manquent pas d'idées et multiplient les efforts pour faire avancer l'enquête.


L'émotion est telle que plusieurs débordements ont rapidement éclaboussé la mobilisation : nombreux sont les individus qui, lancés dans une véritable chasse à l'homme, s'imaginaient remplacer la justice. Des déclarations extrêmement violentes, condamnables pénalement, ont été postées sur les réseaux sociaux.

"Beaucoup de personnes choquées ont eu des réactions très violentes, s'inquiète Carole Santoni-Collet, qui modère désormais les posts et les commentaires de son groupe Facebook devenu privé (raison pour laquelle les noms ont été effacés des photos). Notre but est que la justice punisse le massacre de cet animal, peut-être aussi de faire bouger les lois pour les animaux. Mais si le nom de la personne est rendu public et que certains veulent s'en prendre à l'individu en question, ce n'est plus notre cause."

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