Assassinat d'Yvan Colonna : entretien avec Laurent Marcangeli, rapporteur de la commission parlementaire

La commission parlementaire chargée d'enquêter sur les conditions ayant mené à l'assassinat d'Yvan Colonna à la prison d'Arles a rendu son rapport ce mardi 30 mai. 29 recommandations sont notamment avancées par les députés. Laurent Marcangeli, rapporteur de cette commission, nous a accordé un entretien.

Au-delà de l'aspect général et administratif de ce rapport, il y avait une quête de vérité et de justice forte autour du cas d'Yvan Colonna. Quel est l'apport, aujourd'hui, de ce document ?

Laurent Marcangeli : Ce rapport va au fond des choses, avec un triple objectif que j'ai voulu déterminer. Le premier c'est éclairer, essayer d'apprendre à nos concitoyens ce qui s'est passé, sur le suivi de l'incarcération d'Yvan Colonna, sur le suivi de l'incarcération de Franck Elong Abé, sur les défaillances....

C'est également apaiser, parce que vous le savez, ce crime a suscité une vague d'émotions très forte et des violences chez nous, et je crois que la Corse a besoin d'apaisement.

Et c'est surtout avancer, parce qu'il y a l'avenir devant nous. Il y a eu ce drame du 6 février 1998, avec l'assassinat d'un préfet de la République. Aujourd'hui, les deux autres détenus, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi, sont presque libérables. Yvan Colonna, malheureusement ne sera jamais libre. Mais je crois que nous devons aller de l'avant, pour l'avenir de nos enfants et l'avenir de la Corse.

Beaucoup attendaient des réponses sur les questions autour du mobile. Le rapport n'en présente pas...

Laurent Marcangeli : Nous ne sommes pas des magistrats, nous sommes des parlementaires. Nous sommes là également pour apporter des réponses aux questions que se posent des millions de gens dans notre pays : est-ce-que notre système carcéral produit les effets recherchés ? Est-ce-qu'ils permettent de protéger ceux qui sont détenus ou ceux qui travaillent en détention ? Est-ce-que notre système carcéral permet de réhabiliter les gens, notamment ceux qui sont radicalisés, islamistes ?

C'est cela, les questions, aussi, que nous posons. Car au-delà du drame qui nous a fortement frappé en Corse, il y a également les défaillances d'un système carcéral qui ne remplit pas directement son office.

La thèse de l'acte commandité avec préméditation dans l'assassinat d'Yvan Colonna est-elle aujourd'hui écartée ? 

Laurent Marcangeli : En ce qui me concerne, je préfère le dire de suite, je ne vois pas quelqu'un dans un bureau sombre appuyer sur un bouton pour que cela se produise.

Je ne demande qu'à être convaincu par rapport aux zones d'ombres que nous avons évoqué du fait que ça n'ait pas existé. Ceci étant dit, il y a des défaillances, il y a également une volonté de traiter particulièrement la détention des détenus du commando Erignac et donc d'Yvan Colonna qui est écrite noir sur blanc dans ce rapport. Cela doit nous éclairer, parce que ce que je recherche, comme tous les élus corses, quelle que soit leur coloration politique, c'est que les choses soient traitées de manières équitables et éthiques.

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Entretien avec le rapporteur de la commission parlementaire, Laurent Marcangeli. ©Pierrick Nannini, Christian Giugliano / FTV

Jean-Félix Acquaviva, le président de la commission parlementaire, ne cache pas sa volonté d'effectuer un article 40 par rapport à des faits qui seraient survenus peu de temps avant l'assassinat d'Yvan Colonna. Concrètement, cela apporterait quoi ?

Laurent Marcangeli : D'abord, c'est une possibilité que nous avons à notre disposition, mais ce que j'appelle de mes voeux, c'est que la juge d'instruction en charge de l'enquête criminelle s'intéresse à ce que nous avons écrit noir sur blanc, notamment le fait qu'un certain nombre de choses n'apparaissaient pas dans le logiciel chargé de faire le compte-rendu de la détention de Franck Elong Abé, et comme quoi la veille de ce crime il aurait dit qu'il allait tuer quelqu'un, ou du moins quelqu'un dans une conversation auquel il participait aurait dit "Je vais le tuer". 

Cela n'apparaissait pas dans le logiciel. Cela nous interpelle, et nous avons voulu le mettre à disposition notamment de la justice qui en fera, je l'espère, bon usage.

Un élément fait beaucoup parler : les échanges versés en annexes. Jean-Félix Acquaviva les attribue à des préfets, pour autant il n'y a pas de noms, il n'y a pas de sources non plus. Comment réagissez-vous sur ce point ?

Laurent Marcangeli : Je me suis déjà exprimé. Je n'ai pas de raisons aujourd'hui de penser que le président de la commission aurait versé cela alors que ce serait faux.

Certains propos qui auraient été tenus sont très graves...

Laurent Marcangeli : Oui, ce sont des propos graves qui n'ont pas leur place dans des discussions entre des serviteurs de l'Etat.

Ils appelent à des sanctions ?

Laurent Marcangeli : C'est à celles et ceux qui sont en ligne hiérarchique de le décider. Le président de la commission a pris ses responsabilités, a souhaité mettre en annexe cette discussion tenue sur une boucle de messagerie en ligne. Ensuite, il y a une hiérarchie, un ministère, et il lui appartient de faire la lumière sur ces faits.

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