Chasse : 6 accidents mortels recensés en Corse au cours des dix dernières années, les conseils pour chasser en sécurité

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Écrit par A.B

Bien qu'en baisse au cours des vingt dernières années, en Corse comme partout en France, les accidents de chasse restent toujours trop nombreux. Pour les prévenir, une formation de sécurité décennale a été rendue obligatoire pour les chasseurs par la loi du 24 juillet 2019.

Tirs sans identification, trop proches des routes ou des habitations, non-respect des zones autorisées ou mauvaise manipulation des armes... Pour que les parties de chasse ne tournent pas au drame, un rappel des règles de sécurité dans l'exercice cynégétique peut être nécessaire.

Depuis le 24 juillet 2019, et la promulgation d'une loi portant sur la pratique, les chasseurs sont dans l'obligation de suivre une formation de sécurité décennale, sous peine de se voir invalider leur permis. Une remise à niveau théorique, sans manipulation d'armes, axée sur la prise en compte de l'environnement et du comportement du chasseur. Cela à travers la mise en situation via des vidéos reconstituant des accidents survenus par le passé, et montrant les comportements à adopter en cas de rencontre d'un usager de la nature non-chasseur.

Ce samedi 2 juillet, une de ces formations de sécurité s'est tenue à Folelli. Ils sont une centaine de chasseurs à y avoir pris part. En Corse, avec autour de 17.000 détenteurs d'un permis - 1,2 million en France -, la pratique est pour certains une institution. Et les accidents, s'ils restent relativement peu nombreux, n'en appellent pas moins à une plus grande prudence. 

9 accidents mortels en onze ans en Corse

Sur l'île, le dernier accident mortel lié à la pratique de la chasse remonte au 17 janvier 2021, avec le décès d'un septuagénaire, atteint par un tir accidentel lors d'une battue au sanglier organisée sur la commune de Sollacaro. Deux ans plus tôt, le 13 janvier 2019, c'est un homme de 82 ans qui décédait dans une partie de chasse à Carpineto. En 2017, deux morts dans des accidents de chasse ont été comptabilisés sur l'île, un en 2016 - un jeune homme de 23 ans à Sartène -, un autre en 2014, deux en 2011 et un en 2010.

Au total, sur les onze dernières années (2010-2021), on déplore donc 9 accidents mortels liés à la pratique de la chasse sur l'île. Plus encore, on répertorie sur la même période 15 blessés. 

À l'échelle de la France entière, les accidents de chasse ont diminué de façon conséquente et continue au cours des deux dernières décennies. La saison 1999/2000 comptait ainsi 232 accidents, dont 39 mortels. C'est près du double de la saison 2010/2011 : 131 accidents de chasse dont 18 mortels. La saison 2020-2021 enregistre elle une baisse record : 80 accidents de chasse recensés, dont 7 mortels concernant 6 chasseurs (dont 3 auto-accidents) et 1 non-chasseur, indique l'Office français de la biodiversité (OFB), établissement en charge de la délivrance des permis de chasser.

Soit 56 accidents de moins que l'année précédente, avec une précision néanmoins importante à prendre en compte : l'activité cynégétique a été impactée par la crise sanitaire, avec notamment des interdictions de chasse durant le confinement [avec quelques autorisations préfectorales accordées dans le cadre d'actions de régulations, mais qui restaient à la marge, ndlr], ce qui explique en partie ces chiffres exceptionnellement bas.

Une tendance baissière sur les 20 dernières années qui relève de la hausse actions de contrôles, de prévention et de formations menées auprès des chasseurs par les services de l'Etat les fédérations de chasseurs, estime le ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires. "Mais les efforts doivent se poursuivre", reprend dans un rapport publié en novembre 2021 le ministère. Car, souligne-t-il "un accident de chasse est toujours un accident de trop".

Comment éviter les accidents ?

En parallèle du suivi de ces formations, plusieurs bonnes attitudes peuvent limiter le risque d'accident de chasse. Sur son site internet, la fédération nationale des chasseurs de France les liste ainsi :

  • Tenir compte de l'environnement : une personne totalement ou partiellement soustraite à la vue du tireur peut se trouver derrière une haie, un coin du bois, ou autre buisson. "Il est évident qu’on ne tire que vers un gibier clairement identifié, pas une simple forme. Tenir compte de l’environnement, c’est aussi tout simplement ne pas se laisser aveugler par le gibier et, cela paraît évident, ne pas tirer un gibier en direction des habitations et des routes."
  • Généraliser le port du gilet fluorescent : une façon de se rendre visible de loin, même à travers un écran de végétation.

  • Respecter la règle des 30° : "le chasseur ventre au bois, ne doit pas tirer dans la traque, mais seulement lorsque le gibier aura sauté l’allée, au-delà d’un angle de 30° qui garantit la sécurité des voisins." Pour matérialiser un angle de 30° vers la droite, indique la fédération des chasseurs, "le chasseur effectue 5 pas vers la droite puis 3 pas perpendiculairement et la même chose côté gauche. A la fin du troisième pas, il plante un repère (bâton ou autre). Le gibier sortant de l’enceinte traquée ne pourra être épaulé et tiré qu’après avoir franchi l’angle des 30°. En cas d’accident, la responsabilité du chasseur ayant tiré dans l’angle des 30° est systématiquement engagée !

  • Bien fixer les consignes de sécurité et de tir lors du rond : le rond, rituel qui précède la chasse, doit permettre à tous les participants de recevoir des consignes verbales, parfois doublées de consignes écrites, et s'engager à les respecter en signant le registre de battue. "En cas d’accident, la responsabilité du responsable de chasse n’ayant pas donné les consignes est systématiquement engagée."

L'Office français de la biodiversité rajoute plusieurs recommandations et axes de travail pour prévenir les accidents de chasses. À savoir, notamment :

  • Une utilisation des armes par les rabatteurs mieux encadrée par les responsables de battue et limitées à des traqueurs spécialement formés.
  • Le resserrement des chasseurs postés afin de limiter les tirs à grande distance, avec l'interdiction des tirs en chasse collective à plus de 50 mètres, en rappelant "sans cesse les portées des projectiles utilisés pouvant aller jusqu’à 4 à 5 kilomètres."
  • L'interdiction des tirs en direction d’habitations ou de routes ouvertes à la circulation, en aménageant les postes "pour empêcher tous tirs dans les directions dangereuses".
  • L'utilisation de moyen de communication par les chasseurs pour signaler leur présence de personnes extérieures à la chasse, et l'arrêt de toute action de charge (armes ouvertes et déchargées) "tant que d’autres usagers de la nature sont présents sur les territoires ou dans les zones de tir."
  • La mise en place plus étendue de panneaux d'informations temporaires pour signaler les zones chassées.