Assassinat de Gilles Saoli : "j'ai tué, déplacé le corps et nettoyé"

Ce mardi 10 octobre, au second jour du procès de quatre personnes pour l’assassinat de Gilles Saoli en février 2021 à Ajaccio et/ou modification d’une scène de crime, la cour d’Assises de Corse-du-Sud s’est penchée sur les faits. L’accusé principal a, comme en garde à vue, raconté.

Kévin Auzéric a passé la journée à écouter. En fonction des déclarations, le principal accusé a secoué la tête, regardé ses pieds, pleuré.

Mardi 10 octobre, la cour d’assises de Corse-du-Sud a cherché à éclaircir les faits. À comprendre comment et pourquoi le 21 février 2021, Gilles Saoli, 44 ans, est mort, le corps traversé par trois balles.

À la barre, le commandant de police en charge de l’enquête explique que le jour des faits, une altercation éclate entre Gilles Saoli, 44 ans, et Kévin Auzéric, 18 ans, sur la place Diamant à Ajaccio. "Gilles Saoli lui demandait de quitter le logement sans délai sans quoi, il le tuerait", indique-t-il.

Depuis quelques mois, le jeune homme occupe un appartement mis à disposition par le quarantenaire, Rue Saint-Charles, à quelques pas de la cathédrale.

"Au début je ne payais rien, mais quand il a vu que de l’argent rentrait avec la drogue, il m’a demandé 400 euros et puis il a voulu augmenter. J’ai refusé, il a voulu que je parte", se remémore le principal accusé. 

"Ne le voyez pas comme un monstre"

Les deux hommes sont à la dérive. Gilles Saoli est toxicomane, décrit comme "violent", "bagarreur", et défavorablement connu des services de police. Son casier judiciaire présente 17 condamnations dont une de 8 ans d’emprisonnement pour violence volontaire avec arme.

Entendue, sa mère dépeint un enfant "aimant", "prévenant", dont la vie a basculé à 18 ans avec "l’expérience de la drogue". "Ne le voyez pas comme un monstre. Je suis consciente que l’on fait un peu son procès, mais ce n’est pas le garçon que l’on connaissait en famille", implore-t-elle. 

Kévin Auzéric, lui, a connu les foyers. Sa scolarité est marquée par des "problèmes de comportement". Il a été condamné à deux reprises : pour viols et agressions sexuelles et pour trafic de stupéfiant. Si sa mère, militaire, a cherché à l’aider un temps, la "souffrance" du jeune homme n’a "jamais été identifiée".

"On ne parle pas de ces choses là dehors"

Comme lors de sa seconde garde à vue, à la barre, Kévin Auzéric raconte. Après l’altercation publique, il cherche à parler en tête à tête avec son logeur. Ce n’est pas la première fois qu’il le menace de mort et l’intime de partir. "À chaque fois, on parlait et ça s’arrangeait."

L’accusé promet 10 euros et un cadeau au quarantenaire qui l’accompagne dans son appartement. Une fois à l’intérieur, "je lui ai demandé s’il était sérieux avec ses menaces de mort, s’il voulait vraiment me tuer. Il m’a regardé droit dans les yeux et il a dit : oui, un jour ou l’autre, ce sera toi ou moi, mais ça va se passer". 

"Paniqué", le jeune homme sort le pistolet qu’il dissimulait derrière son dos et tire. La balle se loge dans l’arrière du crâne de son interlocuteur. "Paniqué", Kévin Auzéric tire une deuxième fois, dans la tête. Puis une troisième fois, dans le cœur. L’accusé assure ne jamais "avoir eu l’idée" de tuer Gilles Saoli avant son acte.

Mais le procédé interroge. "Pourquoi voulez-vous parler dans l’appartement alors que vous vous trouvez dans un endroit isolé dans la rue ?", questionne la présidente du tribunal. "On ne parle pas de ces choses là dehors. Pour moi c’était plus logique de parler de ça calmement dans l’appartement", répond l’accusé. Des témoignages, rapportés par l’enquêteur, attestent que deux semaines avant les faits l’accusé aurait déclaré : "Un jour, je vais le tuer".

"Que reconnaissez-vous ?", lui demande un assesseur. "J’ai tué, déplacé le corps et nettoyé", réplique Kévin Auzéric. 

"Je l’ai jeté sur la route de Lava"

Après avoir tiré sur Gilles Saoli, le jeune homme rejoint un groupe "d’amis et de connaissances" et les prévient. Trois d’entre eux partagent avec lui le banc des accusés, poursuivis pour modification d’une scène de crime et/ou non-dénonciation d’un crime, Marc-Antoine Remiti, Jean-Pascal Mileo et Hugo Gris-Thomas. 

Néanmoins, le principal accusé assure qu’il est seul à déplacer le corps de Gilles Saoli, le lendemain. "J’ai enfilé des sacs poubelles par la tête et par les pieds, je l’ai enroulé dans une couverture, j’ai nettoyé, je l’ai placé dans une voiture et je l’ai jeté sur la route de Lava, à Alata."

Assise au dernier rang du public depuis l’ouverture de l’audience, la mère de Kévin Auzéric pleure.

Le corps de Gilles Saoli ne sera retrouvé que trois semaine plus tard, le 17 mars 2021. Kévin Auzéric encourt la réclusion criminelle à perpétuité, ses trois co-accusés jusqu’à trois ans de prison.