Comment fiabiliser la liaison maritime entre Bonifacio et la Sardaigne ?

Rotations annulées, ratés administratifs entre la France et l'Italie... Le fonctionnement actuel de la ligne maritime entre Bonifacio et Santa Teresa di Gallura fait l'objet de nombreuses critiques. Des deux côtés du détroit, l'idée d'une gestion locale semble susciter une adhésion.

Quatre fois par jour, le navire Giraglia de la Moby Lines assure la liaison entre Bonifacio et Santa Teresa di Gallura.

Une ligne maritime qui se retrouve, depuis maintenant quelque temps, au centre des critiques. Début janvier, certains passagers se sont retrouvés bloqués plusieurs jours en Sardaigne. Par le passé, des incidents étaient déjà survenus sur la ligne, qui avait même été interrompue pendant deux semaines en février 2020...

La compagnie reconnaît avoir été contrainte, dernièrement, d’annuler des traversées et s’explique. "Sur les trois derniers mois, c'est une période un peu difficile", indique Fabien Paoli, dirigeant de la Moby Lines en Corse. Si plus de 70% des rotations ont été faites, poursuit-il, certaines n'ont pas pu être effectuées, avec pour motif principal "le mauvais temps".

Vers la mise en place d'un GECT ?

Ces dysfonctionnements font réagir la classe politique insulaire. Ce vendredi 5 février, Core in Fronte tenait une conférence de presse sur le port de Bonifacio.

Si la ligne est actuellement financée par la région Sarde, le parti indépendantiste réclame la mise en place d’un GECT, pour groupement européen de coopération territorial. Celui-ci permettrait de créer une DSP corso-sarde.

"Je pense qu'il faut établir un véritable service public maritime entre la Corse et la Sardaigne, insiste Olivier Sauli, militant de Core in Fronte. Ça, ça répond aux exigences naturelles, historiques, culturelles, géographiques, de nos deux îles qui sont avant tout des peuples et des nations de la Méditérrannée, pour lequel nous cherchons également une voie pour la souveraineté. Peut-être une confédération des îles, propose-t-il. C'est un combat à mener."

"Je pense qu'il faut établir un véritable service public maritime entre la Corse et la Sardaigne"

Dans la cité des falaises, la mise en place d’un GECT est également l’option privilégiée par la municipalité. "Tout le monde s'acccorde à dire que ce serait l'outil pour pouvoir avoir demain une ligne fluide, avec des rotations régulières. Et permettre demain d'avoir des bateaux moins vétustes, qui ne subissent plus d'avaries techniques", détaille Léo Pieracci, directeur du cabinet du maire.

Problèmes administratifs

La création du GECT a été votée en 2019 par l’assemblée régionale Sarde et par l’Assemblée de Corse.

Ne manquait plus que l’accord des Etats français et italien pour concrétiser le projet. Problème, à Paris, le gouvernement tarde à publier le décret qui intervient finalement hors délais.

"Nous avons prévu dans notre délibération du 5 juillet de pouvoir négocier directement avec l'Union européenne sur les questions de coopérations transfrontalières."

Interrogé sur le sujet lors de la dernière session de l’Assemblé de Corse, Gilles Simeoni indique qu’un nouveau dossier a été redéposé auprès de l’Union Européenne. Pour le président de l’exécutif, l’autonomie permettrait de faciliter la procédure.

"Nous avons prévu dans notre délibération du 5 juillet de pouvoir négocier directement avec l'Union européenne sur les questions de coopérations transfrontalières. Si nous avions pu le faire, nous n'aurions pas eu besoin d'attendre un agrément, qui, jusqu'à aujourd'hui, n'est jamais venu", a-t-il souligné.

En attendant la mise en place d’une réelle coopération transfrontalière entre les deux îles, les côtes sardes, à seulement 12km paraissent toujours aussi lointaines.

Le reportage de Paul Salort, Océane Da Cunha et Stephan Regoli :

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Comment fiabiliser la liaison maritime entre Bonifacio et la Sardaigne ? ©Paul Salort, Océane Da Cunha, Stephan Regoli