Ferracci : “ Si j’avais appliqué le permis j’aurais atteint l’environnement de façon déplorable ”

Ferracci : " Si j’avais appliqué le permis j’aurais atteint l’environnement de façon déplorable "
Intervenants : Pierre Ferracci, propriétaire // Jean-Charles Orsucci, Maire de Bonifacio // Vincente Cucchi, présidente de l'association ABCDE Reportage : Florence Antomarchi / Stéphane Lapéra

Associations, citoyens, politiques… Ils sont nombreux, en Corse, à mettre en cause la construction des villas appartenant à Pierre Ferracci, bâties sans respect du permis de construire, dans la baie de Rondinara.

Par P.S.

C’est un espace classé « remarquable ». La pointe nord de la baie de la Rondinara est inconstructible, et c’est en théorie, un havre de paix bercé par les vagues et le chant des cigales.

Mais arrivant par la mer, on y voit s’élever deux villas avec piscine.

Permis tacite

En 1996, quand Pierre Ferracci dépose pour cinq villas une demande de permis de construire, la zone est constructible, selon un plan d’occupation des sols qui sera ensuite jugé illégal.

La demande de permis est rejetée par le maire de Bonifacio de l’époque, Jean-Baptiste Lantieri, mais ce refus est hors délai.

En 2006, après une longue procédure judiciaire, la Cour administrative d’appel de Marseille valide le permis de construire de la SCI de Pierre Ferracci.

Paysage

Mais l’homme d’affaires décide de ne pas respecter ce permis. Alors qu’il avait l’autorisation de bâtir cinq maisons sur un ensemble rocheux dans les hauteurs du terrain, il fait construire deux villas en contrebas, près du littoral.

En 2016, le tribunal correctionnel d’Ajaccio reconnaîtra : « les constructions s’insèrent mieux dans le paysage ». La justice n’ordonnera pas la démolition que réclament les associations.

 Il aurait fallu, si je suis les uns et les autres, que j’applique le permis en l’état ,

estime Pierre Ferracci, le propriétaire.

"Je n’aurais eu aucun problème, je n’aurais pas payé un million d’euros d’amende à l’Etat, la prise juridique des associations aurait été faible. Mais en tout cas j’aurais bâti sur la crête des maisons visibles de la baie de Rondinara, visibles quasiment de la Sardaigne, tout en haut. Si j’avais fait ça je pense que j’aurais atteint l’environnement de façon absolument déplorable. Il y avait une erreur de positionnement des maisons, j’ai essayé de la corriger mais je reconnais qu’effectivement j’ai pris ce risque-là parce que le permis modificatif ne serait pas passé du tout et on m’aurait obligé à respecter le permis en l’état." 

Politique

Aujourd’hui, la mairie de Bonifacio est mise en cause pour ne pas avoir interrompu les travaux à temps.

« Nous délivrons des permis de construire et les communes vont, à la fin, à moins d’avoir été alerté par un tiers, constater la réalisation des travaux pour donner une conformité. C’est ce qu’on fait pour tous les permis de la commune de Bonifacio », se défend Jean-Charles Orsucci, le maire de la ville.

La justice parle de  droits acquis à Pierre Ferracci dans l'histoire complexe de l'urbanisme bonifacien. Mais pour les défenseurs de l'environnement c'est encore un recul.

Environnement

« On voit bien que le cas Ferracci va servir de jurisprudence. A l’avenir on pourra invoquer le fait que la démolition n’ait pas été obtenue. Même si une amende très conséquente réclamée, ça ne pourra jamais compenser l’atteinte irrémédiable et définitive au site », regrette Vincente Cucchi, présidente de l'association ABCDE.

L'association U Levante a décidé de déposer un recours devant la Cour de cassation. Celui-ci est en cours de rédaction.

Les maisons Ferracci ne sont pas les seules à faire parler d'elles. Juste à côté, les terrasses de Rondinara, 54 logements, sont sous le coup, eux aussi, d'une procédure judiciaire.

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