Ajaccio : un audit financier voté pour "sauver" la société Muvitarra

Syndicats et direction de la société publique locale Muvitarra se sont réunis en conseil économique et social extraordinaire, ce jeudi 28 mars. Un rendez-vous au cours duquel la question d'une refonte du contrat tripartite entre l'entreprise et ses deux actionnaires publics, la Capa et la ville d'Ajaccio, a été abordée.

Quel avenir pour la société de transports en commun de l'agglomération ajaccienne Muvitarra ? Réunis hier, les membres du comité social et économique ont voté à la majorité un droit d'alerte économique.

Depuis plusieurs mois, la direction et les salariés alertent ainsi sur la situation plus que préoccupante des comptes. En cause, notamment, le million d'euros de pertes enregistré par l'entreprise l'an dernier, et plus largement des dépenses non inscrites dans son budget.

Une problématique qui remonterait, selon la CGT - syndicat majoritaire au sein de l'entreprise - à la création même de la SPL (société publique locale) Muvitarra, en 2016. La SPL compte ainsi deux actionnaires publics, la Capa (communauté d'agglomération du pays ajaccien), à hauteur de 60%, et la ville d'Ajaccio, à hauteur de 40%.

Un contrat tripartite qui aurait dès le début été "mal ficelé", estime Marie-Blanche Nicolai, représentante CGT : "A la création de la SPL, il manquait déjà un million d'euros sur le contrat", déplore-t-elle. Un mauvais calcul ne prendrait selon les syndicats pas en compte les frais inhérents au bon fonctionnement de l'entreprise... Et qui se serait d'autant plus aggravé avec l'inflation, et la hausse, entre autres, du coût du carburant, ou encore à la suite de création de postes non-budgetés. Tout ceci entraînant un déficit structurel, et la perte mensuelle d'une somme considérable par la société.

Motion d'alerte économique

Ce point-là a été abordé, souligne la syndicaliste, hier, jeudi 28 mars, à l'occasion d'un comité social et économique (CSE) extraordinaire. Un rendez-vous auquel la direction de la SPL et les syndicats ont assisté, mais pas Stéphane Vannuci, adjoint au maire d'Ajaccio et également président de la SPL.

"Plusieurs documents et des réponses à des questions que nous avions précédemment posées nous ont été présentés, indique Marie-Blanche Nicolai. Nous demandions notamment quel plan d'action entendait mettre en place la Capa pour sauver la SPL. Les réponses ne nous conviennent pas, nous avons donc voté à la majorité une motion d'alerte économique, et nous avons désigné un cabinet d'experts pour nous assister dans la procédure."

Le syndicat appelle ainsi à une renégociation du contrat entre la société, la Capa et la ville, en tenant compte de l'ensemble des postes de dépenses et des frais qui se sont depuis ajoutés.

"Aujourd'hui, poursuit la représentante syndicale, nous n'avons toujours pas de réponses, et les salariés sont très stressés de savoir s'ils vont perdre leur emploi ou pas. Ce que nous souhaitons, c'est que la Capa nous rende l'argent qu'elle nous doit, c'est-à-dire qu'elle nous paye les lignes qui ne sont aujourd'hui pas payées, et tout l'équipement, comme les moteurs, boîtes de vitesses qui sont à la charge de la SPL et qui ne devraient pas l'être. Nous voulons aussi que la promesse qui nous avait été faite à l'époque par les élus de nous rendre l'argent des départs en retraite, qui n'étaient pas budgétisés, soit réalisée."

Des réunions attendues avec le maire d'Ajaccio

La mise en œuvre d'un audit financier en vue d'un nouveau contrat a été approuvée à la majorité lors de la réunion. Présent dans la salle des discussions, le STC a préféré s'abstenir de voter. "Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'avenir de la société", glisse Sébastien Cerati, délégué syndical STC. Nous avons été reçus par le maire il y a environ un mois, et il s'est engagé à faire en sorte que la société soit pérennisée. Maintenant, ce que nous attendons, ce sont plus réunions avec le maire d'Ajaccio, et le président de la Capa, évidemment."

Des réunions qui devront se faire dans un calendrier serré, rappelle-t-il : "Le risque pour les salariés, si ça continue ainsi, c'est que la société soit en cessation de paiement, que l'entreprise ferme et qu'ils perdent leur emploi."

Un scénario du pire que les syndicats espèrent bien pouvoir éviter, alors que Muvitarra compte 120 employés.