Angoisse ou incompréhension : des patients divisés quant à la suspension du vaccin AstraZeneca

Le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé lundi 15 mars la suspension par mesure de précaution du vaccin AstraZeneca, suspecté de provoquer des problèmes sanguins chez certaines personnes vaccinées. Certains patients, déjà injectés, sont inquiets.

La mesure n’est pour l’heure que temporaire et à titre préventif. Mais depuis l’annonce de la suspension du vaccin AstraZeneca, le temps pour l’Agence européenne des médicaments (EMA) d’enquêter sur des cas de thrombose – des caillots sanguins – constatés chez des personnes vaccinées, Danielle a bien du mal à calmer ses angoisses.

Âgée de 64 ans, cette retraitée a reçu sa première dose la semaine dernière chez son généraliste. "Je ne suis pas très portée sur les vaccins, mais étant diabétique et donc plus à risque, il m’a conseillé de le faire, donc j’ai suivi son avis. Aujourd’hui, je ne sais plus trop quoi en penser. Je lui ai déjà dit que la seconde injection, il ne fallait pas compter sur moi."

Doutes et inquiétudes

Des inquiétudes partagée par Sonia*, 53 ans. Cette habitante de Mezzavia, à Ajaccio, a reçu sa première injection le 9 mars dernier des mains de son médecin traitant. Une vaccination à sa demande, elle qui souffre d’insuffisance respiratoire. Et si elle ne ressent "aucun symptôme particulier", Sonia admet ne pas être très rassurée. "Forcément, quand on voit que le vaccin est suspendu une fois qu’on a déjà été piqué, ça fait un peu peur. On se pose des questions."

Quand le chef de l'Etat a acté hier, lundi 15 mars, l’arrêt momentané des injections AstraZeneca - une décision dans le sillage d'autres pays européens -, Sonia s’est tournée vers son généraliste. "Je l’ai appelé et il m’a dit de ne pas m’en faire, qu’il avait lui reçu les deux doses et que tout allait bien.

Ma seconde injection est prévue en mai, mais je ne suis pas sûre, à ce stade, de vouloir la faire.

Des paroles qui n’ont pour l’heure pas réussi à apaiser les doutes de la quinquagénaire : "Ma seconde injection est prévue en mai, mais je ne suis pas sûre, à ce stade, de vouloir la faire." Sonia entend désormais "attendre les avis des agences de santé", et discuter de la suite lors d’une prochaine visite chez son médecin traitant.

"Un non-sens complet"

Plus loin, du côté de Cargèse, Hubert, 62 ans, se dit à l’inverse "très détendu". Vacciné pour la première fois avec AstraZeneca le 11 mars, il espère bien pouvoir honorer sa seconde injection début juin. "Arrêter le vaccin AstraZeneca comme ça, simplement parce que d’autres pays européens l’ont fait avant nous sur la base de quelques rares complications – qu’on ne peut même pas encore attribuer au vaccin – c’est un non-sens complet", tranche-t-il.

Si les gens ont si peur de possibles effets secondaires, ce n’est pas que le vaccin qu’il faut arrêter. La pilule par exemple expose à des risques de complications bien plus élevés.

La vaccination, estime-t-il, "c’est une chance de pouvoir enfin nous sortir de cette situation, notre seul moyen d’aller de l’avant." D’autant plus que "si les gens ont si peur de possibles effets secondaires, ce n’est pas que le vaccin qu’il faut arrêter. La pilule par exemple expose à des risques de complications bien plus élevés. Mais là, on laisse faire et on encourage même les femmes à le faire. Où est la logique ?"

Les vaccinés "pas en danger"

En déplacement dans une école du Val d’Oise, ce mardi 16 mars, en compagnie du ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer, le ministre de la Santé Olivier Véran, a tenu à rassurer les Français déjà vaccinés avec AstraZeneca. Ces derniers, a-t-il assuré auprès de l’AFP, ne sont "pas en danger". Le ministre a lui-même reçu une première injection le 8 février dernier.  

"Le verdict" de la part de la communauté scientifique européenne quant à la sécurité du vaccin AstraZeneca est attendu jeudi, a renchérit Olivier Véran.

Un "premier élément de réponse" devrait néanmoins être apporté ce mardi 16 mars. Des indications qui pourraient permettre de "reprendre la campagne vaccinale" avec la formule, a clarifié le ministre, qui précise "souhaiter ardemment" cette remise en marche.

En Corse, selon l'Agence régionale de santé, 5.300 personnes ont été vaccinées avec la formule AstraZeneca. Aucun cas de thrombose n'a à ce stade été relevé après injection parmi les patients insulaires.

* le prénom a été modifié