Déconfinement : le grand retour des touristes en Corse

Avec l'arrivée des beaux jours et la fin de la règle des 10km, les touristes réapparaissent dans les rues de Corse, en ce début de mois de mai. Un retour qui fait la joie des uns, et engendre bien des inquiétudes pour d'autres.

Illustration. Des touristes sur une plage en Corse, à l'été 2020.
Illustration. Des touristes sur une plage en Corse, à l'été 2020. © Vanessa MEYER / MaxPPP

Casquette sur le crâne, sandales aux pieds et guide du routard à la main, on les repère même de loin. Après de longs mois sans possibilité de déplacement, les touristes reviennent enfin profiter de la beauté du paysage insulaire.

Place du Diamant, à Ajaccio, ce lundi 10 mai, ils sont plusieurs à pouvoir en attester. "On en voit passer un certain nombre depuis ce week-end, assure Palmyre Renucci, gérante de la Brasserie du Diamant. On les voit prendre en photo la statue de Napoléon, et plusieurs sont venus me demander si le petit train fonctionnait ou non."

Une bonne nouvelle pour le chiffre d'affaires de la guinguette, qui, en saison estivale, tourne pour bonne partie grâce au tourisme.

Carton plein pour les appartements en location

Quelques mètres plus loin, Laurent, propriétaire de plusieurs appartements en location Airbnb dans la vieille ville, se frotte lui aussi les mains. Après de longues semaines "sans aucune réservation, ou juste quelques jours par-ci et là", tous ses logements ont trouvé preneurs jusqu'à la fin du mois d'août.

Le début d'année a été tout bonnement catastrophique, donc on prévoyait le pire. Là, c'est carton plein. On fait même mieux qu'il y a deux ans.

"Les demandes ont bondi à la fin du mois d'avril, et pour des durées de séjours plus longues qu'à l'habitude, deux à trois semaines", sourit le quadragénaire. À 70 euros par jour en moyenne pour le mois de mai, et jusqu'à 135 euros la nuitée de la mi-juillet à la mi-août, Laurent a de quoi se réjouir. "Le début d'année a été tout bonnement catastrophique, donc on prévoyait le pire. Là, c'est carton plein. On fait même mieux qu'il y a deux ans."

Les plages ajacciennes commencent timidement à se remplir, en ce début de mois de mai.
Les plages ajacciennes commencent timidement à se remplir, en ce début de mois de mai. © Axelle Bouschon / FTV

Un enthousiasme qui n'atteint visiblement pas tout le monde : assises sur un banc à l'abri du soleil, face à la plage du Trottel, Paule et Nadine redoutent plutôt qu'elles ne célèbrent le retour des "Continentaux et des étrangers". Les deux amies, retraitées, craignent un boom de la pandémie de Covid-19 sur l'île durant la saison estivale. 

Tout le monde n'a pas encore été vacciné, cela risque d'entraîner une nouvelle pression importance sur nos hôpitaux.

"Que les touristes reviennent, c'est une bonne chose pour nos commerçants, mais il aurait fallu attendre encore un peu, argue Paule, soutenue par les hochements de tête entendus de Nadine. Pour le moment, c'est trop tôt : tout le monde n'a pas encore été vacciné, cela risque d'entraîner une nouvelle pression importance sur nos hôpitaux... Une de mes voisines travaille au centre hospitalier d'Ajaccio, et m'a dit qu'ils étaient tous à bout. C'est égoïste de leur imposer ça."

La crainte d'une reprise de la pandémie

D'autant que selon Paule, les touristes auraient tendance à être moins respectueux des consignes sanitaires. Elle pointe du doigt trois jeunes, allongés sur le sable, un peu plus bas. "Eux, par exemple, ce sont clairement des touristes, il suffit de les entendre parler. On les a vu arriver ce matin, passer s'acheter à boire et à manger et se promener, sans jamais porter leur masque. Quand ils sont sur la plage, dans leur coin, je ne dis pas. Mais quand ils se promènent au milieu des autres..."

Un avis partagé, au moins en partie, par cette boulangère, qui travaille sur le cours Napoléon. Elle indique ainsi avoir reçu dans sa boutique "une vingtaine de touristes" au cours du dernier week-end, et avoir noté un certain relâchement dans les attitudes. "On en a eu quelques uns qui sont rentrés sans masques, et quand on leur a demandé de le porter, ont commencé à souffler, et à faire mine de le mettre en laissant le nez dehors et en râlant tout du long. C'est peut-être parce qu'ils sont en vacances, et se sentent plus détendus à tous points de vue", suggère-t-elle.

On n'a pas l'intention de faire différemment ici de chez nous : c'est masque dans la rue et les magasins et distanciation physique en attendant que tout s'arrange.

Des comportements et une étiquette de "mauvais élèves" que regrettent ces touristes qui font tant parler. Comme Maéva et Yannick, la trentaine. Bretons d'origine, le couple a posé ses valises en Corse pour quelques jours pour célébrer ses deux ans de mariage. "On adore la Corse, on y vient aussi souvent que possible. On n'a pas l'intention de faire différemment ici de chez nous : c'est masque dans la rue et les magasins et distanciation physique en attendant que tout s'arrange."

Les visiteurs n'ont en tout cas pas laissé l'obligation de réaliser un test PCR avant de débarquer, par voie aérienne ou maritime, les décourager. "C'était juste une formalité", confirme Jean-Luc, en vacances en Corse-du-Sud avec son épouse, sa fille, et un couple d'amis avec leurs enfants pour la semaine. 

Eux habitent Bruxelles et sont des habitués de l'île de Beauté, mais pour leurs amis italiens, c'est une grande première. "On loge à Ajaccio, mais on a prévu de bouger un peu. Évidemment, on aurait préféré que les restaurants, les bars et les magasins soient ouverts, mais ce n'est pas grave. On prend la nourriture en take away, et on profite de notre temps ici. Il fait beau, et cela nous fait beaucoup de bien."

De gauche à droite : Margot, Hortense, Jean-Luc, Françoise, Titiana, Malika et Sergio, en vacances en Corse pour la semaine.
De gauche à droite : Margot, Hortense, Jean-Luc, Françoise, Titiana, Malika et Sergio, en vacances en Corse pour la semaine. © Axelle Bouschon / FTV

L'an passé, la Corse a accusé un manque à gagner de 1,5 milliards d'euros dans le secteur du tourisme. Une somme d'autant plus alarmante que le secteur s'est imposé comme le poumon économique de l'île (31 % du PIB, contre 7 % pour l'ensemble de la France, selon l'Insee). L'île de beauté, qui compte 340.000 habitants, accueille habituellement près de 3,5 millions de visiteurs par an, et le tourisme représente 17 % des emplois de l'île, sans compter les saisonniers.

Une mane économique dont dépend, de plus, l'ensemble du secteur tertiaire. Les professionnels espèrent donc une belle reprise pour cet été 2021, avec peut-être, l'arrivée plus importante de touristes français qu'étrangers.

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