"Surtout, ne pas toucher aux amis corses de Bernard Squarcini" : ce que révèle l’enquête sur l’ex-espion

L’ancien patron du renseignement intérieur Bernard Squarcini, est mis en examen notamment pour « entrave aux investigations », « compromission », « faux en écriture publique » et « détournement de fonds publics ». Le Monde a eu accès à l’enquête.

©France 3 Corse ViaStella

Révélations

Même après avoir quitté la direction centrale des renseignements intérieurs (DCRI), Bernard Squarcini a su s’intéresser de très près aux affaires concernant ses proches. C’est ce que révèle le journal Le Monde, qui a eu accès  à l’enquête des juges ayant mis en examen l’ancien patron du renseignement intérieur.

Bernard Squarcini, proche de Nicolas Sarkozy, a été écarté de la direction du renseignement intérieuren 2012, à l’arrivée de François Hollande à la présidence de la République.  Il est aujourd’hui visé par plusieurs enquêtes qui ébranlent nombre de proches de l’ancien chef de l’Etat.

Les amis corses

« Surtout, ne pas toucher aux amis corses de Bernard Squarcini », préviennent les journalistes du Monde.  L’ancien haut fonctionnaire reconverti dans le privé est originaire de Cuttoli-Corticchiato en Corse-du-Sud, il a su conserver et aider ses réseaux.

En 2011, quand la justice enquête sur le dossier Wagram, du nom d’un cercle de jeux détenu par le grand banditisme corse, certaines cibles sont introuvables au moment des arrestations.  Le jour même de leur intervention au domicile de la responsable du bar, Marie-Claire Giacomini, les policiers sont interrompus à 6 heures, sur ordre de la hiérarchie. Et tandis que l’enquête sur le cercle Wagram est en cours, le major Franck Alioui, qui en a la charge, est placé sur écoute pendant cinq jours, en juin 2011. Les motifs qui justifient ces écoutes sont "sciemment erronés", selon une source proche du dossier.
Derrière toutes ces interventions, semblent sous-entendre les journalistes du Monde, la marque de Bernard Squarcini, alors patron de la DCRI, surnommé « mon tonton »  par Marie-Claire Giacomini.

Antoine Sollacaro

Cette tendance à intervenir en dehors du cadre de ses fonctions, Bernard Squarcini l’aurait gardée après son départ de la DCRI, montre l’enquête du Monde. Celui que l’on surnomme le « Squale »  fait marcher son réseau, en tant que préfet hors cadre en 2013, pour connaître l’avancée de l’enquête sur le meurtre d’Antoine Sollacaro. Objectifs, perquisitions à venir, dans un sms, il informe la compagne d’un des gardés à vue, Patrick Bernardini, que celui-ci va être transféré par hélicoptère sur le continent.

Hors du territoire corse, Le Monde révèle un système d’influence qui croise les milieux économiques, politiques et policiers. Même après avoir quitté son poste à la DCRI, il semble être intervenu pour Nicolas Sarkozy afin d’obtenir des notes sur l’affaire Cahuzac… et mettre en difficulté le gouvernement socialiste.

De la DCRI à la DGSI

« M. Squarcini a gardé tant d’amis au siège de la DGSI [Direction générale de la sécurité intérieure, qui a remplacé la DCRI en 2014, ndlr] que l’on croirait qu’il n’en est jamais parti », s’étonne Le Monde. Des secrétaires à son propre successeur, tous semblent lui accorder des faveurs. Des avantages qui coûterait encore à l’Etat 8000 € par an, selon les enquêteurs. Et qui permettent surtout à Bernard Squarcini de renseigner et d’aider ses amis : Claude Guéant, devenu avocat, souhaite-t-il obtenir des informations sur l’un de ses clients potentiels ? Le « Squale » appelle directement Patrick Calvar, le nouveau patron du renseignement intérieur. Bernard Arnault, patron du groupe de luxe LVMH, est en procès contre Hermès ? Bernard Squarcini, qui travaille désormais pour LVMH part « à la pêche aux infos » : il a accès au dossier et au contenu de la plainte. L’ancien espion semble même avoir réussi à supprimer l’inscription d’un milliardaire russe au fameux fichier « S ».

La DGSI a eu beau changer de nom et de cadres, son ancien patron, lui, a conservé ses méthodes.
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