Omicron : "Tout mon cercle proche est tombé du Covid. Tous, sauf moi", les "rescapés" de la pandémie

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Écrit par Axelle Bouschon
Illustration. Un test antigénique.
Illustration. Un test antigénique. © LIONEL VADAM / MAXPPP

Alors que le Covid-19 circule activement sur tout le territoire français, près de deux ans après le début de la crise sanitaire, ils sont encore un certain nombre à pouvoir revendiquer une non-infection à la maladie. Vigilance, groupe sanguin ou chance, les pistes d'explication sont multiples.

Paul ne se sent pas invincible, mais presque : depuis l’année dernière, petite-amie, parents, frère et sœur, amis, "tout mon cercle proche est tombé du Covid. Tous, sauf moi."

Pas faute, pourtant, d’avoir essayé, avoue-t-il, penaud : "Je travaille dans la grande distribution, et comme on croise beaucoup de monde, même si ce n’est pas imposé, c’est plutôt bien vu d’avoir toutes ses doses de vaccin. J’ai fait les deux premières, mais ça m’aurait plutôt arrangé d’attraper le Covid pour couper à la troisième de rappel…"

Si les contaminations au Covid-19 se font de plus en plus nombreuses depuis la fin décembre – jusqu’à 332 252 cas recensés en 24h en France le 5 janvier, un record depuis le début de la pandémie -, ils sont comme Paul encore quelque irréductibles à résister à l’infection au coronavirus.

 

Les irréductibles non-contaminés

Pour certains, cette "protection" est en grande partie due à une vigilance particulièrement renforcée. Comme Thérèse, Bastiaise de 62 ans, qui indique continuer à appliquer à la lettre les recommandations de la Haute autorité de santé, et même au-delà : "Je lave toujours mes courses, et j’ai créé un petit sas de désinfection juste à l’entrée de mon appartement, que seuls moi et mon mari utilisons, puisque nous n’invitons plus personne depuis début 2020."

Pour d’autres, cette non-contamination tient plus volontiers à de la chance. "Au début, je faisais attention et je sortais moins, comme tout le monde… Sans trop avoir le choix de toute façon avec le confinement, souffle Enzo, la vingtaine et étudiant à Corte. Mais ça fait plus d’un an que j’ai repris ma vie d’avant, avec les sorties, les fêtes, et le port du masque seulement quand c’est absolument obligé."

Une stratégie certes plus risquée, mais payante : le jeune homme n’a jamais été testé positif au Covid. "Pourtant des tests, j’en ai fait un paquet ! Au moins une vingtaine, assure-t-il. Parce que si je n’ai pas peur pour moi, je fais attention avant de retrouver mes grands-parents ou des gens que je sais plus fragile."

Peut-être l’ai-je eu en étant asymptomatique… Mais comme j’ai toujours réussi à éviter l’écouvillon dans le nez, qui sait ?

 

Sarah, également étudiante, n'a elle au contraire jamais été testée. Un choix délibéré, pour cette jeune femme qui redoute qu'on "touche au fond de ses narines". Elle s’estime de fait "ni Covidée, ni non-Covidée, impossible de savoir exactement. Peut-être l’ai-je eu en étant asymptomatique… Mais comme j’ai toujours réussi à éviter l’écouvillon dans le nez, qui sait ?"

Covid et groupe sanguin

Vigilance, bon métabolisme, test ou pas test, depuis le début de la crise sanitaire, plusieurs études ont tenté de mettre en lumière d’autres facteurs déterminants de notre résistance face à la maladie.

Parmi ces dernières, notamment, la possibilité d’une corrélation entre le groupe sanguin et une plus forte ou plus faible immunité face au Covid-19. En mars 2020, des scientifiques chinois le pointent dans une étude menée sur 2.713 patients : les personnes de groupe A seraient plus susceptibles d’être contaminées, quand les personnes de groupe O verraient leur risque de contracter la maladie amoindrie. 

Une piste depuis approfondie, revue ou désavouée dans divers travaux scientifiques. Début janvier 2022, des chercheurs de l’Université du Kent, en Grande-Bretagne, ont corrélé la transmission de la maladie au groupe sanguin des patients, indiquant que l’infection "se comporte de la même manière qu’une transfusion sanguine : les patients infectés sont 2 à 3 fois plus susceptibles de transmettre le virus à une personne pour laquelle ils sont un donneur de sang compatible."

Ce sont uniquement les membres de la famille de mon mari, qui sont tous de groupe A, qui sont tombés malades. Mes parents et moi sommes O, et nous n’avons rien eu du tout.

 

Cette explication, Victoria, 37 ans, y croit dur comme fer : "On a passé Noël avec ma famille et celle de mon mari, raconte cette Ajaccienne. Au total, on était une trentaine, et même si on avait bien demandé à tout le monde de faire un autotest, ça n’a pas manqué : un des cousins avait le Covid et ne s’en est rendu compte qu’après."

Résultat, un beau cluster familial avec une vingtaine de contaminations. Mais, détail qui a son importance pour la trentenaire : "Ce sont uniquement les membres de la famille de mon mari, qui sont tous de groupe A, qui sont tombés malades. Mes parents et moi sommes O, et nous n’avons rien eu du tout. Pourtant nous étions aussi à table avec eux et avons partagé le même repas. Et même après, en restant dans la même maison que mon mari qui était positif, en partageant le même lit, le même espace sans vraiment faire attention, je n’ai jamais été contaminée."

Pas de symptômes ne veut pas dire pas de contamination

Une hypothèse qui reste pour l’heure encore difficile à vérifier, selon le docteur Antoine Grisoni, président de l’union régionale des professionnels de santé. "En ville, c’est compliqué à apprécier : les patients que nous avons ne constituent pas de groupes assez importants pour que chaque médecin puisse déterminer s’il existe une corrélation avec le groupe sanguin. Mais ce qu’il émerge de nos patientèles, c’est que les personnes qui avaient des formes symptomatiques avaient des groupes sanguins différents. Nous n’avons pas vu émerger de groupes sanguins en particulier."

S’il ne rejette pour autant pas complètement la possibilité, "on aura peut-être des éléments qui remonteront par la suite", il avertit néanmoins : même si c’était le cas, "ça ne permettra pas d’en tirer une stratégie d’action particulière. Parce que même si les personnes ne contractent pas de forme symptomatique, cela ne les empêche pas d’être contaminants."

Définir des profils types, je pense qu’aujourd’hui, ce n’est pas tout à fait possible.

Antoine Grisoni, médecin et président de l'URPS

 

Pour le docteur Antoine Grisoni, il existe bien aujourd’hui une réflexion "sur ses personnes qui, dans des clusters familiaux, n’attrapent pas le Covid. C’est une constante des maladies virales : même pendant la grande peste, tout le monde n’est pas décédé, alors on peut sans doute imaginer une immunité individuelle particulière. Mais de là à aller définir des profils types, je pense qu’aujourd’hui, ce n’est pas tout à fait possible."

Contaminé ou pas par le coronavirus, les professionnels de santé appellent à ne pas relâcher les gestes barrières : en Corse, le virus circule toujours très activement. Sur la semaine du 27 décembre au 2 janvier, huit décès et 7.758 nouveaux cas ont été confirmés, pour un taux d’incidence de 2.444 pour 100.000 habitants.

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