Covid-19 : le confinement des plaisanciers corses, entre terre et mer

Depuis le 3 avril, pour tenter d'endiguer la pandémie de Covid, l'ensemble du territoire métropolitain est soumis à un nouveau confinement. Les déplacements - hors motif impérieux - sont restreints à un périmètre de 10 km autour du domicile. Une mesure qui s'applique sur terre... mais pas sur mer. 

Olivier Durif (gauche) et Marc Austrem (droite), plaisanciers au Vieux-Port de Bastia.
Olivier Durif (gauche) et Marc Austrem (droite), plaisanciers au Vieux-Port de Bastia. © Axelle Bouschon / FTV

Teint hâlé et chemise bleue océan, Marc Austrem a tout du parfait marin. Ce lundi 5 avril, lundi de Pâques, et comme tous les matins depuis plus de 10 ans, il s'est reveillé en douceur sur son voilier, stationné au Vieux-Port de Bastia, avant de rejoindre ses amis plaisanciers sur le quai autour d'un bon café.

Pour lui, les journées ne se vivent jamais bien loin de son bateau : bricolage, sieste, lecture, cuisine, sortie pêche avec des amis ou promenade en mer, le jeune retraité passe le plus clair de son temps dans la dizaine de mètres carrés de son habitation.

Un quotidien pas tout à fait comme les autres qu'il n'échangerait pour rien au monde. "Plutôt que de rester enfermé entre quatre murs, on vit dehors, on profite des sorties en mers, et même quand on est à quai, il y a peu d'endroits aussi agréable pour passer son temps que le Vieux-Port. C'est une vraie liberté qui me plaît."

La vie à bord d'un voilier

Pas de périmètre restreint en mer

Cette liberté, il la chérit d'autant plus depuis la mise en place d'un nouveau confinement, le 3 avril. Des mesures de restrictions appliquées en Corse comme sur l'ensemble de la Métropole pour faire face à la propagation du Covid-19 et de ses variants.

S'il est lui aussi soumis au couvre-feu entre 19h et 6h, horaires durant lesquels il est contraint de ne pas quitter son bateau, l'interdiction de déplacement au-delà de 10 km de son domicile ne l'affecte pas de la même manière qu'une grande partie de la population : la mesure s'applique ainsi sur terre... mais pas sur mer.

Le ministère de la mer l'a indiqué début avril, et la préfecture maritime de la Méditérrannée l'a précisé dans un arrêté : les activités de plaisance et les loisirs nautiques sont autorisés pendant le confinement.

Seules contraintes : l'embarcation - ou le lieu d'activité nautique - doit se trouver dans un rayon de 10 km du domicile principal, et les plaisanciers ne peuvent pas débarquer sans accord dans un autre port d'arrivée. Les marins qui remplissent ces conditions peuvent donc circuler sans limite de distance sur les eaux et le long des côtes, munis de la même attestation de déplacement que sur terre.

"Ma vie de tous les jours n'a pas été très impactée"

"Au premier confinement, les règles étaient moins claires, se souvient Marc Austrem. On avait à priori l'autorisation de sortir en mer du préfet maritime, mais l'interdiction de sortir du port du préfet terrestre. Maintenant, mis à part les eaux italiennes où la réglementation n'est pas la même, on peut naviguer librement, même mouiller dans une petite crique toute la journée si on le souhaite, tant qu'on respecte bien le couvre-feu."

"Ma vie de tous les jours n'a pas été très impactée... Mis à part les bars fermés, sourit-il. Du coup, on boit nos cafés et nos apéritifs dans nos bateaux en respectant les mesures sanitaires."

Marc Austrem s'estime "privilégié" de vivre sur son voilier par temps de pandémie.
Marc Austrem s'estime "privilégié" de vivre sur son voilier par temps de pandémie. © Axelle Bouschon / FTV

Sur le voilier voisin, Olivier Durif, le propriétaire, est moins enthousiaste. Lui n'a pas fait le choix de vivre à l'année sur son bateau, et réside avec son épouse dans la plaine orientale.

Problème, son logement se situe à plus de 20 kilomètres du Vieux-Port de Bastia. Le retraité n'a donc techniquement pas le droit de se rendre à son embarcation, et s'expose en cas de contrôle à une amende de 135 euros.

Un bateau, on doit le vérifier fréquemment, c'est un gage de sécurité.

Un risque qu'Olivier Durif a choisi de prendre malgré tout. Et ce, depuis le premier confinement décrété en mars 2020. "J'essaie de descendre toutes les semaines. Un bateau, on doit le vérifier fréquemment, c'est un gage de sécurité. On ne sait jamais ce qui peut arriver."

Le plaisancier raconte ainsi un matin de Noël, "il y a des années", où son embarcation a commencé à prendre l'eau sans qu'il ne se trouve à bord. "Si personne n'avait été là pour s'en apercevoir, le voilier aurait coulé."

Peu de contrôles au Vieux-Port

Olivier Durif n'a à ce jour jamais été verbalisé pour non-respect du confinement. Mais même si cela venait à se produire - "on touche du bois que ce ne soit pas le cas" -, il continuerait tout de même à venir au Vieux-Port de Bastia. "C'est soit ça, soit je fais le choix de rester tout le mois sur mon bateau. Mais dans ce cas-là, je doute que ma femme soit très contente", plaisante-t-il.

"De toute façon, glisse Marc Austrem, les forces de l'ordre ne contrôlent pas ici, ou très peu. En un an de confinement, je ne l'ai jamais été."

Olivier Durif est propriétaire de son navire depuis presque 18 ans. "Mais avant, j'en ai eu d'autres."
Olivier Durif est propriétaire de son navire depuis presque 18 ans. "Mais avant, j'en ai eu d'autres." © Axelle Bouschon / FTV

Deux pontons plus loin, Edouardo et José profitent du beau temps matinal. Les deux jeunes homme, tous nouveaux propriétaires d'un voilier, se familiarisent encore avec l'engin. "On habite à moins de 10 km, donc on peut venir quand on veut. C'est très pratique." Assis autour du cockpit, ils partagent un café avec Cyrille Lorenzi.

Ce dernier est à la tête de l'association Nacomed, spécialisée dans la formation maritime durable et la recherche scientifique marine collaborative en Méditerranée, et d'un voilier du même nom. "En temps normal, on fait voiliers école, et on mène en parallèle des missions scientifiques pour collecter des données sur le milieu marin".

Même pendant les périodes où nous étions autorisés à reprendre les activités en groupe, on a choisi de ne pas le faire.

Cyrille Lorenzi, association Nacomed

Mais depuis le début de la pandémie, les expéditions se font plus rares : "Même pendant les périodes où nous étions autorisés à reprendre les activités en groupe, on a choisi de ne pas le faire, pour participer à l'effort commun et éviter la propagation de la pandémie."

Pas de quoi décourager pour autant le marin : à défaut de sorties maritimes, l'association travaille sur de futurs projets qu'elle entend mettre en oeuvre dès que la situation sanitaire le permettra.

Cyrille Lorenzi, José, et Edouardo sur le voilier des deux derniers.
Cyrille Lorenzi, José, et Edouardo sur le voilier des deux derniers. © Axelle Bouschon / FTV

"Les Corses ne sont pas un peuple de marins"

Le Vieux-Port de Bastia accueille à l'année une cinquantaine de plaisanciers. Sur les quais, on devine une certaine envie dans le regard des passants les observant lézarder au soleil sur leurs navires.

Les confinements successifs donneront-ils des nouvelles envies maritimes à des insulaires ? Marc Austrem et Olivier Durif n'en sont pas convaincus. "C'est un mode de vie très particulier, et un loisir assez coûteux (la place de stationnement à l'année au Vieux-Port de Bastia pour un navire d'une dizaine de mètres est de 2000 euros, sans prendre en compte les éventuels frais de réparation et d'entretien; ndlr). Et puis les Corses ne sont pas un peuple de marins comme c'est le cas pour les Bretons ou les Italiens, par exemple. Ce n'est pas dans leur histoire."

Dommage, car l'un comme l'autre le répètent : en période de pandémie, comme dans la vie de tous les jours, avoir un bateau "c'est un vrai plaisir, et un sacré privilège".

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