Décret sur la Covid comme maladie professionnelle: "En gros, il faudrait en mourir pour être respecté"

Le décret paru mardi 15 septembre relatif à la reconnaissance en maladie professionnelle de certaines pathologies du Covid-19 indigne les soignants et les syndicats. Pour Mélanie, aide-soignante à l'hôpital d'Ajaccio, touchée par des symptômes "long Covid", c'est l'incompréhension. 

ILLUSTRATION. Un personnel hospitalier s'équipe dans une unité Covid, pendant la crise sanitaire du nouveau coronavirus en France.
ILLUSTRATION. Un personnel hospitalier s'équipe dans une unité Covid, pendant la crise sanitaire du nouveau coronavirus en France. © Adrien Vautier / Le Pictorium/MAXPPP
C'était une promesse faite par Olivier Véran, le ministre de la Santé, depuis le mois de juillet : la reconnaissance du Covid-19 comme une maladie professionnelle pour les soignants.

Mais, finalement publié au journal officiel ce mardi 15 septembre, le décret est vivement critiqué par les soignants qui voient dans ses conditions restrictives un profond manque de reconnaissance.

Mélanie Serpaggi, aide-soignante dont nous avons déjà partagé le témoignage, fait partie de ceux que le décret ne concerne pas alors qu'elle subit les conséquences et les symptômes du virus depuis six mois.  

Des conditions trop restrictives

L'article 1 du décret n° 2020-1131 mentionne que cette qualification en maladie professionnelle ne concerne que les cas "ayant nécessité une oxygénothérapie ou toute autre forme d'assistance ventilatoire, attestée par des comptes rendus médicaux, ou ayant entraîné le décès".

En gros, il faudrait en mourir pour être respecté. D'autant que le décret ne prend pas en compte les symptômes autres que respiratoires : cardiaque, neurologique, vasculaire etc...

Mélanie Serpaggi, soignante ayant contracté le virus

Cette aide-soignante à l’hôpital de la Miséricorde d’Ajaccio est en arrêt maladie après avoir été testée positive au coronavirus le 9 mars dernier.

Six mois après les symptômes sont toujours persistants : entre 37,8°C  et  38,2°C de fièvre quotidiennement, une fatigue constante et des douleurs articulaires qui s'aggravent au niveau des membres inférieurs. 

Même si elle note une amélioration ces dix derniers jours, les symptômes du "long Covid" ont profondément bousculé la vie de cette femme de 41 ans, sans antécédents médicaux, qui ne peut plus faire d'effort physique sans boiter, ni être essoufflée.

Mélanie Serpaggi espérait beaucoup de ce décret promis par le ministre et attendait plus de considération, une protection sur le long terme, face à "un virus dont on ne connaît pas l'avenir ni les rechutes".

Il ne fait aucun doute à ses yeux que les conditions mises en place sont avant tout "une mesure économique et discriminatoire pour réduire le nombre des bénéficiaires".

Dans son hôpital, sur les 60 soignants contaminés, un seul a dû subir une oxygénothérapie et il serait donc le seul à cocher les cases du statut de maladie professionnelle.

Une procédure fastidieuse

Lorsqu'elle fait le calcul, l'aide-soignante se rend compte que sans cette reconnaissance par la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), elle perd près de 400 euros par mois depuis mai. 

En raison des restrictions des conditions du statut de maladie professionnelle, elle doit désormais prouver le lien entre sa contamination et son travail à l'hôpital face à une commission CPAM puis face au comité régional des maladies professionnelles. Si son cas est refusé, elle est prête à aller jusqu'au tribunal. 

Une procédure fastidieuse alors même que l'hôpital reconnaît, dans le certificat qui lui a été donné, le lien de causalité évident. Les syndicats s'indignent justement parce que les décisions du gouvernement aboutissent à ces complications.

Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI, se dit "extrêmement choqué face à un décret abject" après la promesse du ministère de la Santé que tous les concernés seraient pris en charge.

Nous on a fait le job, on a donné sans compter avec la peur au ventre, la peur de contaminer nos proches. Ils nous ont envoyé au casse-pipe sans matériel et voilà comment ils nous remercient.

Thierry Amouroux, porte-parole du SNPI

Selon lui, ces inégalités de traitement sont apparues dès la prime versée au printemps : entre 500 et 1.500 euros selon les cas avec des variables au sein même des établissements.

Selon Santé publique France à la fin du mois de juin, 31.000 soignants ont été contaminés avec 29% d'infirmiers et 24% d'aide-soignants.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus/covid-19 santé société