Saison estivale 2023 en Corse : vers une régulation de la fréquentation touristique des plages du Lotu et de Saleccia

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Les plages des Agriates sont parmi les plus belles de Haute-Corse. Et les plus célèbres. Leur fréquentation, durant l'été, inquiète le conseil de gestion du parc marin, qui a décidé de tout faire pour la réguler dès l'été prochain.

Chaque jour, durant l'été, les touristes, mais également de très nombreux insulaires, se massent sur le quai du port de plaisance de Saint-Florent, glacière et parasol en main. Prêts à prendre place sur l'une des embarcations qui les mènera, en une poignée de minutes, jusqu'à la magnifique plage du Lotu, ou à celle, tout aussi belle, de Saleccia, un peu plus loin. Une fois là-bas, à perte de vue, l'eau turquoise, le sable blanc, et le maquis. Et les dizaines de bateaux de plaisance et de yachts, amarrés au large. 

Ces endroits paradisiaques font le bonheur des vacanciers et des comptes Instragram. Mais, lovés au milieu du désert des Agriates, ils se méritent. Pour y accéder, Il n'y a guère que le bateau, ou un très bon 4 X 4.

Des rotations quotidiennes multipliées par deux

Et pourtant. Si l'on est encore loin des foules amassées sur la même serviette à Palombaggia ou Santa Giulia, la fréquentation, année après année, ne cesse de croître. Une étude commandée par le Parc marin du Cap Corse et de l'Agriate va en tout cas de ce sens. En 2020, jusqu'à 76 rotations de bateaux étaient effectuées, au cours d'une même journée, entre le port de Saint-Florent, le Lotu et Saleccia. En 2021, c'était 110. Et en 2022, les rotations quotidiennes ont atteint le chiffre de 145.

Une progression spectaculaire, de près de 100 %...

Il y a deux types d'embarcations qui font ces rotations. Les navettes, qui peuvent transporter une centaine de personnes, et les taxi-boats, plus petits, plus rapides, et plus chers. 

Ce sont les taxi-boats qui ont connu la croissance la plus importante au cours des dernières années. Au Lotu, en 2020, elles emmenaient à peine 35 personnes par jour en moyenne. En 2022, c'est 235. Soit une augmentation de près de 700 %. 

En comparaison, l'augmentation du nombre de vacanciers transportés quotidiennement par les navettes, de l'ordre de 15 % environ (735 en 2020, 823 en 2022), bien que réelle, est sensiblement plus modeste. 

La destination Saleccia, elle, est plus stable. Le nombre moyen de personnes débarquées sur la plage la plus éloignée, chaque jour, en taxi-boat, était de 495 en 2020. Il est de 556 en 2022...

Réguler pour préserver

Cette étude ne fait que conforter le Parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate, et l'exécutif, dans leur volonté de réguler la fréquentation, pour préserver les sites, et "la multitude d'écosystèmes côtiers et océaniques" qui s'y trouvent, indispensables au "développement de la plupart des espèces patrimoniales présentes". 

Côté terre, des mesures ont déjà été prises, qui seront mises en place lors de la saison prochaine, telle que la réhabilitation d'un ancien sentier communal de 13 km, qui permettra de séparer les véhicules et les piétons, et pour lequel il faudra s'acquitter d'un droit de péage, ainsi qu'un numerus clausus pour les véhicules autorisés. 

Côté mer, des mesures du même genre ne devraient pas tarder. Le 28 novembre dernier, le conseil de gestion du parc a signé une motion déposée par Anne-Laure Santucci, sa vice-présidente.

Elle y affirme "sa volonté de mettre en œuvre une politique touristique et de gestion des espaces naturels cohérente et durable", et a décidé, "à l'unanimité d'engager toute procédure utile afin de permettre la mise en application de propositions de régulation sur certaines plages du Parc Marin du Cap Corse et de l'Agriate, et ce, avant la saison estivale 2023"

En matière de surfréquentation, partout où il y a un moyen d'action réglementaire, on va y aller !

Gilles Simeoni

La Collectivité de Corse est l'autorité gestionnaire du Parc. Nous avons demandé à Gilles Simeoni, le président de l'exécutif, quelles sont, concrètement, les solutions qui existent pour réguler l'accès par la mer, par des compagnies privées, même si le DPM du Lotu et de Saleccia est placé sous la responsabilité du Conservatoire du littoral. 

"Nous, nous avons initié la concertation. Et il existe un pouvoir de police réglementaire, du maire sur terre, et du préfet maritime sur mer. Nous allons prochainement en discuter avec le préfet maritime, qui peut très bien décider de dire qu'il ne sera pas possible d'effectuer plus de quinze rotations par jour, par exemple".

Pour Gilles Simeoni, le message est clair. En matière de régulation de la surfréquentation, la CdC entend passer à la vitesse supérieure, après une saison 2022 qui a déjà été l'occasion de marquer son territoire. "Partout où il y a un moyen d'action réglementaire on va y aller ! On empruntera tous les chemins juridiques qui permettront de faire baisser la surfréquentation"

Dès 2023

On l'a compris, ce sont les sociétés de taxi-boats qui sont principalement en ligne de mire. Chaque année, de nouvelles enseignes apparaissent sur le port de Saint-Florent, et on en dénombre aujourd'hui près d'une dizaine. Nous avons tenté de les joindre, en vain, l'activité étant mise entre parenthèses jusqu'au printemps prochain. 

Soit on régule, soit dans quelques années, on sera devenu la Thaïlande !

Hervé Pagni, paillotier

Hervé Pagni, lui, n'a pas hésité à faire connaître son avis sur la question. Il est l'un des rares professionnels qui possèdent un établissement sur l'une des deux plages. Il a ouvert sa paillote en 2014. Et contrairement à ce que l'on aurait pu croire, il est clairement partisan d'une régulation : "soit on régule, soit dans quelques années, on sera devenu la Thaïlande ! Il faut réfléchir à un développement pérenne, pensé sur le long terme. Pour le bien du littoral, pour prendre en compte les questions écologiques, et même pour notre activité. A une époque pas si lointaine, l'endroit avait un charme fou. Quand les gens arrivaient au Lotu, ils avaient l'impression de débarquer sur une île déserte... Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas. Avec le développement touristique sans cohérence qu'on constate depuis quelques années, la clientèle a changé, elle ne se comporte plus de la même manière. C'est l'esprit du site, autant que l'environnement, qui est menacé. Et quand on l'aura perdu complètement, c'est tout l'intérêt de l'endroit qui sera parti en fumée". 

Patrick, un habitant de Saint-Florent, croisé sur le quai du village, ne dit pas autre chose : "certains veulent faire de l'argent à tout prix, mais ils sont en train de scier la branche sur laquelle ils se sont assis". 

Les mesures de régulation devraient être mises en place dès la prochaine période estivale. 

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