Au lendemain du confinement, à Bastia, rien n'est vraiment comme avant...

A Bastia, ce lundi, le premier après deux mois de confinement, ne ressemble pas vraiment à un lundi normal. Le calme règne encore, et dans les rues de la ville, le soulagement des insulaires est mêlé de prudence. 
Revitaliser le centre-ville, le but avoué de la municipalité
Revitaliser le centre-ville, le but avoué de la municipalité © Sébastien Bonifay/FTV
Ca ressemble à un lendemain de fête. 
Une fête pas vraiment réussie...

Bastia, ce matin, s'est réveillé avec la gueule de bois. 
Pas assommée par les excès de la veille.
Juste groggy. 

Ankylosée par deux mois d'enfermement

Pas d'embouteillage, pas de concert de klaxons, pas de parkings complets. 
Et sur les trottoirs, ce n'est pas la grande foule.

Le jour d'après ne ressemble pas vraiment aux jours d'avant. 
 
Déconfinement ou pas, les règles restent les mêmes, et pour acheter son journal ou son paquet de cigarette, il faut encore faire la queue. Dehors. Et à distance respectable.
Déconfinement ou pas, les règles restent les mêmes, et pour acheter son journal ou son paquet de cigarette, il faut encore faire la queue. Dehors. Et à distance respectable. © Sébastien Bonifay


Reprendre ses marques

Deux changements majeurs :
Le premier, c'est l'autorisation d'ouvrir tous les commerces, et pas uniquement ceux considérés comme absolument nécessaires.
Alors les magasins, ce matin, sont ouverts, rue César Campinchi ou boulevard Paoli.

Mais ce n'est pas pour autant la ruée. 
Hervé, vendeur dans une boutique de bijoux, n'est pas vraiment étonné.
"On s'y attendait, franchement. On imagine bien que la première chose que les gens vont faire, ce n'est pas se ruer pour acheter une montre ou un bracelet... Depuis l'ouverture, on a eu personne, mais l'idée, c'est avant tout de relancer la machine. C'était le plus important. Et les gens vont reprendre petit à petit leurs habitudes. Il va falloir du temps".
 
Ce ne sont pas encore les embouteillages traditionnels, mais le boulevard Paoli n'est plus désert, ce matin
Ce ne sont pas encore les embouteillages traditionnels, mais le boulevard Paoli n'est plus désert, ce matin © Sébastien Bonifay


Stéphane, lui, attend sur le palier de sa boutique. Il ne guette pas le chaland, mais les livraisons. 

Durant deux mois, plus aucun colis n'est arrivé, évidemment, puisqu'il était fermé. 
Mais pour autant, en reprenant contact avec ses fournisseurs, ce matin, il a eu confirmation de ce qu'il redoutait. 

Depuis l'ouverture, on a eu personne - Hervé

Pas mal sont partis quand même, durant les premières semaines, et ont été stockés chez les transporteurs.
"Je ne sais pas ce que je préférerais, en fait... Que je reçoive tout en même temps, ou que ça s'étale sur une ou deux semaines. Les livreurs ont été clairs. C'est la panique chez eux aussi, alors ça va pas être à la carte. On prendra ce qu'on nous amène, et on s'adaptera. Mais ça ne va pas être de la tarte..."
 
Les colis commencent à arriver, alors même que les rideaux ne sont pas encore levés
Les colis commencent à arriver, alors même que les rideaux ne sont pas encore levés © Sébastien Bonifay

Ceux qui, en revanche, ne s'inquiétent ni du retour des clients, ni de colis accumulés, ce sont les coiffeurs. 
Eux, leur principal souci, c'est le planning. 
Dans ce salon du centre-ville, c'est le branle-bas de combat. 

Sur les étagères de bois où reposent habituellement séche-cheveux et ciseaux, les cahiers et des stabilos. 
Pour tenter de trouver de la place pour tout le monde. 

On est complets pour les trois semaines à venir - Cécile

"On est complets pour au moins trois semaines, voire plus. On a prévenu il y a quelques jours qu'on allait rouvrir, et les demandes de rendez-vous affluent... C'est compliqué de dire à des gens qui peuvent sortir de nouveau, après deux mois sans coiffeur, qu'ils devront attendre encore trois ou quatre semaines pour être présentables de nouveau". 

Cécile tente de dédramatiser, mais avec ses collègues, elle a passé le week-end enfermé dans le salon, à essayer de faire en sorte que tout soit en ordre de marche pour l'ouverture, demain...
"On voulait ouvrir en lundi, exceptionnellement, mais on a vite renoncé. On n'était pas prêtes". 
 
Comme les bars, les restaurants et les hôtels, la plupart des secteurs de l'économie insulaires ont été contraints à stopper leur activité, provoquant une forte hausse des chiffres du chômage en avril
Comme les bars, les restaurants et les hôtels, la plupart des secteurs de l'économie insulaires ont été contraints à stopper leur activité, provoquant une forte hausse des chiffres du chômage en avril © Sébastien Bonifay


Finies les dérogations

Le deuxième changement, c'est celui de qui concerne l'ensemble des Corses, et plus largement l'ensemble du pays. 
Plus d'attestations dérogatoires, cette feuille de papier dont tout le monde se souviendra pendant longtemps. 
Et plus de limitation de temps. 
Une heure, deux ou cinq heures, peu importe. 

Mais pour autant, les Bastiais ne se sont rués dehors comme un détenu retrouvant la liberté après des années d'enfermement. 
Toussaint sort d'une boulangerie, une baguette sous le bras, et résume bien le sentiment général :
"Je vais aller où ? Je ne peux pas aller au bureau, je suis en télétravail, je ne peux pas boire un verre sur la place St Nicolas, on sait pas si on peut aller à la plage... Je vais faire quoi ? Monter et descendre le boulevard toute la journée ? Je n'ai plus 17 ans, hein ! Alors je prends un peu le soleil, et puis je rentre à la maison !"
 
Les magasins de souvenirs, comme tous les autres, ont rouvert leurs portes lors du déconfinement, mais la clientèle visée n'est pas vraiment au rendez-vous...
Les magasins de souvenirs, comme tous les autres, ont rouvert leurs portes lors du déconfinement, mais la clientèle visée n'est pas vraiment au rendez-vous... © Sébastien Bonifay

Je vais faire quoi ? Monter et descendre le boulevard tout le journée ??? - Toussaint

Audrey, qui patiente dans la file d'attente pour acheter, elle aussi, son pain, prend part à la conversation, et ne dit pas autre chose que Toussaint. 
"On peut sortir mais on peut rien faire. A mon avis, la bonne nouvelle, c'est pour les grands magasins et les commerçants ! Déjà qu'on passe notre temps dans les centres commerciaux, en Corse, maintenant qu'il y a plus que ça à faire, les chiffres d'affaires vont exploser !"

Et effectivement, à l'entrée de la ville, où se trouvent les principales grandes surfaces, les embouteillages ont refait leur apparition. Moins longs, et moins denses, mais ils sont bien là. 
 

Reste à savoir si ça suffira pour leur permettre d'absorber les pertes énormes des deux derniers mois...
 

Masques ou pas masques ?

Pas obligatoire, mais très fortement conseillé, le port du masque est une question qui fait polémique. Il n'est pas toujours facile, malgré les effets d'annonce, d'être équipé. 
Et sur les trottoirs de Bastia, tout le monde n'en a pas un sur le visage. 
Pierre veut acheter une paire de baskets, et arpente la rue César Campinchi. 
A découvert. 

Mais il l'assure, ce n'est pas de la négligence :
"J'ai essayé d'en trouver, dans la pharmacie en bas de chez moi, puis dans celles aux alentours. Et rien... Ma mère m'a dit qu'il y en avait dans les supermarchés, mais là aussi, il y avait une pancarte "Rupture de stock". Ils m'ont dit qu'ils seraient vite réapprovisionnés, mais ça change rien. Aujourd'hui, je n'en ai pas..."
 
A Bastia, il faudra conserver le masque, dans toutes les rues, jusqu'au 1er novembre. Au moins.
A Bastia, il faudra conserver le masque, dans toutes les rues, jusqu'au 1er novembre. Au moins. © Sébastien Bonifay/FTV

Pas une seule fois, durant la matinée, nos interlocuteurs ne nous ont parlé du risque, encore présent, d'attraper le Covid-19.
Mais l'insouciance n'est pas de retour pour autant...
Après avoir appris à vivre avec le confinement, de toute évidence, il va falloir apprendre, désormais, à vivre avec le déconfinement. 
 
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