Eau en Corse : Core in Fronte veut sortir de l'inertie

Tous les ans, pendant l’été, avec le bal des touristes du continent revient une problématique inhérente à la Corse : la question de l'eau. Et c’est le sujet qu’a choisi Core in Fronte pour faire sa rentrée ce jeudi 2 septembre à Bastia.
© Pascal Pochard-Casabianca / AFP

"Comment a-t’on pu en arriver là ?", lance Paul-Félix Benedetti, chef de file de Core in Fronte, aux journalistes présents ce jeudi 2 septembre à Bastia. Pour leur rentrée, le mouvement nationaliste n’a pas choisi son cheval de bataille au hasard. Comme tous les ans, les risques de pénurie d’eau ont menacé l’île tout l’été, ses habitants, ses estivants, les agriculteurs. Il y a deux semaines, un arrêté préfectoral interdisait jusqu’au 1er septembre l’irrigation des cultures dans une large partie du département.

Et le jour où il n’y aura plus d’eau… ?

Pour Paul-Félix Benedetti, le constat est sans appel : "Les ressources en eau de la Corse n’ont pas diminué, l’île a des atouts énormes mais seulement 1% de l’eau qu’elle reçoit est stockée, ce n’est pas normal, voire immoral de laisser la Corse en sous-potentialité, puis conclut, Tout est lié à l’eau ici, et notre autonomisation en dépend, notre agriculture, nos importations, la spéculation foncière, les biocarburants…en somme, notre terre et sa gestion".

Un des projets les plus immédiats pour le mouvement : sécuriser l’alimentation en eau du sud-est en utilisant le barrage de l’Ortolo et le relier par un conduit de 20 km à Figari, "il faut être rationnel" pour Paul-Félix Benedetti.

Les changements climatiques, oui, mais et après ?

"Il faut arrêter de se cacher derrière la sécheresse et l’inévitable changement climatique", martèle Paul-Félix Benedetti alors qu’Acqua Nostra, schéma d’aménagement hydraulique de la Corse à l’horizon 2050 voté à l’unanimité par la précédente mandature, entend répondre à cette préoccupation brûlante depuis des années.

Du côté de l’Office d’équipement hydraulique de Corse (OEHC) justement, son président Gilles Giovannangeli assure sa "volonté d’agir en termes d’infrastructures et de nouveaux barrages mais aussi de retenues collinaires". Selon lui, cela passera par "une agriculture de production", les infrastructures mais pas seulement : "On doit aussi changer les comportements. L’eau est un enjeu stratégique transversal pour la Corse et il doit être traité collectivement".

Les préconisations du mouvement nationaliste s’énoncent simplement : passer des paroles aux actes et investir, "demander un crédit d’1 milliard d’euros à la banque européenne de développement" par exemple. Jacques Filippi, agriculteur bovin à Linguizzetta dans le Cap-Corse, abonde dans ce sens : "Personne ne prend le taureau par les cornes. Tous les ans, c’est la même histoire, on arrive à une certaine date et on nous demande d’arrêter l’eau, à un moment ou à un autre. Quand il n’y aura plus d’eau, ça ne retombera pas sur les villes, ça retombera sur nous".

La Sardaigne, sa réussite en miroir du retard corse

Une île permet de rendre concrètes les critiques de Core in Fronte : la Sardaigne. Et Paul-Félix Benedetti connaît bien la situation : "Il y a 30 ans, quand j’étais jeune ingénieur hydraulique, on vendait de l’eau à nos amis sardes, aujourd’hui, après des années de projets, c’est eux qui pourraient nous en vendre. A superficie égale, même si nous avons des différences notables, ils ont fait ce que l’on aurait dû faire".

Le mouvement, son chef de file et élu à l’exécutif en tête, espère, en cette rentrée, que la 2ème mandature nationaliste fera bouger les lignes. Car, pour le moment, le Plan de transformation et d’investissement en Corse ou PTIC ne mentionne pas de projets à grande échelle d’aménagement hydraulique sur le court terme. La feuille de route promise par l'OEHC dans les 100 jours est sur ce point très attendue. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
assemblée de corse politique