Tant De Folie, le livre qui raconte les 50 matchs qui ont fait le Sporting Club de Bastia

50 rencontres légendaires, 50 affrontements tragiques ou épiques, racontés par Jean-Paul Cappuri, journaliste sportif et supporter des Bleus, qui arpente les travées d'Armand Cesari depuis plus d'un demi-siècle. 

La folie qui donne son titre à l'ouvrage de Jean-Paul Cappuri, c'est cette scimità turchina qui s'empare de Furiani.
La folie qui donne son titre à l'ouvrage de Jean-Paul Cappuri, c'est cette scimità turchina qui s'empare de Furiani. © EditionsColetta

"De l'Arinella, par la fenêtre de la micheline remplie de supporters, on a aperçu le halo de lumière, immense, qui crevait la nuit. J'avais une dizaine d'années, et j'étais assis à côté de mon père. On n'avait jamais vu ça. C'était extraordinaire... Le stade Armand Cesari à la pointe du progrès, c'est tellement rare que ça valait le coup de le rappeler", s'amuse Jean-Paul Cappuri, assis sur un banc de la place Saint-Nicolas.

C'était il y a plus d'un demi-siècle. Un samedi soir d'avril 1968. Pour la première fois, Farina, Vincenti, Papi, Fiawoo et leurs coéquipiers allaient jouer en nocturne, à Furiani. Alors que la plupart des équipes de D1 et D2 évoluaient encore le dimanche après-midi, à l'heure de la sieste, Bastia s'était doté de huit pylônes imposants qui éclairaient la pelouse. Et faisaient la fierté de ses supporters.

Jean-Paul Cappuri devant les Palmiers, le siège social historique du Sporting Club de Bastia.
Jean-Paul Cappuri devant les Palmiers, le siège social historique du Sporting Club de Bastia. © SBonifayFTV

Ce soir-là, les Bastiais s'étaient imposé 1 but à 0 contre Limoges, au terme d'un match quelconque. Mais cela n'a pas grande importance. Ce halo de lumière, Jean-Paul Cappuri s'en rappelle comme si c'était hier. Alors cette rencontre de 1968 a trouvé tout naturellement sa place dans Tant de folie, un ouvrage qui raconte "50 matches au stade Armand-Cesari ayant déclenché amour, haine, liesse, colère, voire hystérie".

Un club à nul autre pareil

Jugez un peu : au fil des pages, on hume le parfum si particulier du premier derby professionnel face à ACA en 1968. On revit les débuts de l'immense Dragan Dzajic sous le maillot à tête de maure, en 1975, face au Servette de Genève. On assiste à la correction infligée aux grands de l'Europe, Torino, Newcastle Zurich, durant l'épopée de 77/78... On admire la manière dans Jean-Louis "kami" Cazes, tout feu tout flamme, fait plier Lens en 1981, et envoit le Sporting en finale de Coupe de France.

Le Sporting est un club comme les autres. A ceci près qu'il est immortel. Il aurait pu disparaître à de multiples reprises. Et il s'est toujours relevé.

On frissonne au souvenir du retour des Bleus sur leur pelouse, en 1993, onze mois après la catastrophe de Furiani. On tremble pour Ousman Soumah, en finale de l'intertoto 1997 face à Halmstad. On écume de rage lors de la condamnation à la relégation en National, en 2010. Et nos oreilles résonnent encore des hurlements de joie lors de la victoire 4-2 contre le PSG en 2014, et de la bronca qui a accompagné le chaos de la réception de Lyon, en 2017...

Tant de folie, aux éditions Coletta
Tant de folie, aux éditions Coletta © DR

Un travail colossal

Ces rencontres peuplent l'inconscient collectif bastiais. Mais beaucoup, même si l'on est un supporter acharné, sont parfois floues. Elles se résument à une date, un but, un exploit, une bagarre, une polémique, une déception ou une explosion de joie...

Leur souvenir est parvenu aux plus jeunes à travers des récits où plus grand monde ne sait vraiment discerner ce qui est vrai de ce qui est fantasmé. Ce qui est le propre de toutes les légendes. 

Jean-Paul Cappuri, lui, y était. Difficile d'imaginer le banc de touche bastiais sans Jo Bonavita. Difficile d'imaginer la tribune de presse d'Armand Cesari sans Jean-Paul Cappuri. Durant quatre décennies, il a suivi le Sporting Club de Bastia pour Le Provençal-Corse, Corse-Matin, L'Equipe, France-Football, RCI et Europe 1. Et il a été de toutes les campagnes. 

50 matchs inoubliables, pour de bonnes ou mauvaises raisons, des joutes européennes aux relégations cruelles...
50 matchs inoubliables, pour de bonnes ou mauvaises raisons, des joutes européennes aux relégations cruelles... © EditionsColetta

Le Sporting, il le connaît par cœur. Alors il ne s'est pas contenté de compiler des articles et des souvenirs épars. Il fait revivre une époque entière, bien au-delà d'un simple compte-rendu de matchs :

"J'ai bien sûr épluché les archives des journaux, mais j'y ai mis également beaucoup de choses personnelles. Je ne m'étends pas sur la narration des rencontres. Ce qui m'intéressait, c'étaient les à-côtés, les anecdotes. Je voulais raconter ce que les gens ne savaient pas, ou plus."

Tout le monde a vu mille fois le but de Papi contre le Torino, ou les arrêts à répétition de Valencony lors de la séance de tirs aux buts contre Nancy en 1992.
Mais qui se rappelle exactement de ce qui, en 1989, a transformé un banal SECB-Dijon en rodéo ? De la raison pour laquelle Anto Drobnjak fut privé du titre de meilleur buteur de L1 en 1995 ? Ou de l'accueil réservé aux Bastiais par la presse roumaine en 1997 ?

Le livre est illustré par les dessins de Raphaël Poletti, (ici Johnny Rep), les photos de Gérard Koch et Gérard Baldocchi, et les dessins humoristiques de Julien Osty
Le livre est illustré par les dessins de Raphaël Poletti, (ici Johnny Rep), les photos de Gérard Koch et Gérard Baldocchi, et les dessins humoristiques de Julien Osty © EditionsColetta

De quoi faire un tome 2

Sélectionner les cinquante rencontres n'a pas été chose aisée. "J'ai d'abord fait une première sélection, celle des matchs qui me restaient en mémoire, qui m'avaient marqué. Il y en avait une vingtaine. Ensuite, j'ai plongé dans les archives, et j'ai listé les matchs d'accession, de relégation, les larges victoires et les défaites humiliantes. Sans oublier les graves blessures, comme celle de Lubomir Moravcik. Je suis arrivé à liste de 80 matchs. J'ai du élaguer, mais l'avantage c'est qu'il m'en reste une trentaine si je veux faire un tome 2", s'amuse Jean-Paul Cappuri.  

Je voulais raconter ce que les gens ne savaient pas, ou plus.

Désormais, l'ancien chef des sports du Corse-Matin a quitté le journalisme. On lui demande si, quand on est supporter, c'est pour la vie. Jean-Paul Cappuri réfléchit un moment, avant de répondre : "il y a quelques années, je suis allé voir un match à Furiani, alors que je ne travaillais pas. Et je suis parti après moins d'un quart d'heure de jeu. Je ne me reconnaissais pas dans l'équipe, certaines réactions du public ne me plaisaient pas non plus... Je me suis senti mal à l'aise, et j'ai préféré quitter le stade."

Les débuts du SECB en D1, en septembre 68.
Les débuts du SECB en D1, en septembre 68. © EditionsColetta

Il refuse, malgré notre insistance, d'en dire plus sur cette équipe. Et de livrer des noms. Mais il s'empresse de nous rassurer : "je ne me suis pas dit pour autant que c'en était fini avec le Sporting. Je me suis dit que c'était fini tant que le Sporting jouerait comme ça. Et défendrait cette vision du football. Je n'ai pas mis longtemps à revenir à Furiani !"

Quand on est supporter du Squeubeu, c'est pour la vie. La preuve, cet ouvrage, Tant de folie, la bible que tous les fans du club attendaient. 

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