Coupe de France féminine : un match symbolique à plusieurs titres pour l'ECB

Pour son match du premier tour de Coupe de France, l'Espoir Club Bastiais reçoit l'AC Avignon, ce dimanche à 14h30 au stade d'Erbajolo. Une rencontre pleine de symboles pour un football corse féminin en développement et qui lutte pour se faire reconnaître pleinement au niveau national.

L'opportunité est belle et à ne surtout pas rater pour le football de toute une région. Si la victoire est forcément l'objectif sur le plan sportif, d'autres éléments viendront s'agréger aux Bastiaises de l'Espoir Club Bastiais (R1) en cas de succès contre l'AC Avignon (R1), dimanche 21 novembre. Historique tout d'abord car aucun club corse féminin n'est parvenu à atteindre le deuxième tour de la Coupe de France, mais aussi significatif de la montée en puissance du football féminin en Corse.

En manque de reconnaissance sur l'échiquier du football français, la voie du succès pourrait servir d'accélérateur pour accéder enfin à l'échelon des deux premières divisions nationales. Une possibilité encore refusée à l'heure actuelle par la Fédération française de football pour un manque de nombre d'équipes suffisantes au niveau régional. Une règlementation fédérale qui fragilise donc le développement de toute une base de licenciées et pose un dilemme sur la table : celui de la vie ou de la mort du football féminin en Corse à court terme .

"Le foot féminin corse est actuellement dans une situation discriminatoire"

Issue de la scission avec le Sporting Club de Bastia en 2020, la section féminine bastiaise s'est reconstituée la même année pour devenir l'ECB. Une manière pour son vice-président en charge du football féminin, Alain Mosconi, de gagner en indépendance et "continuer sur le crédo de la formation qui est la pierre angulaire de notre projet". Des joueuses cadres venues du continent comme la capitaine Sandrine Dusang, l'attaquante Sandrine Brétigny - passées toutes les deux par l'Olympique lyonnais - ou encore l'entraîneure Gwendoline Djebbar ont renforcé l'encadrement du club en Régional 1 avec l'objectif d'enseigner les contraintes du haut niveau et atteindre à terme leur objectif principal : la D2, le deuxième échelon national.

Une mission "accession" qui leur est pourtant rendue impossible par la fédération pour des problèmes de structuration, de démographie et d'un nombre insuffisant de formations rattachés à Ligue Corse de football pour ensuite intégrer le niveau national. "Neuf équipes dont quatre seulement jouent à onze et cinq autres à huit joueuses, explique le président Jean-René Moracchini. Nous sommes la seule catégorie de championnat de football à comparaison avec les hommes où l'on nous impose cette barrière fédérale. C'est inacceptable et je ne lâcherai pas ce combat auprès de la Fédération française de football."

Quoique l'on fasse et que l'on gagne sur le terrain, si le règlement reste tel qu'il est, le football féminin corse est mort

Alain Mosconi

vice-président de l'ECB en charge du football féminin

De son côté, Alain Mosconi préfère pointer du doigt les inégalités de traitement par rapport aux douze autres ligues du reste de la France métropolitaine. "De toutes les autres ligues, une seule ne peut pas accéder aux barrages qui sont le préalable pour une montée en deuxième division : la Ligue Corse de Football. [...] Quoique l'on fasse et que l'on gagne sur le terrain, si le règlement reste tel qu'il est, le football féminin corse est mort" , admet-il. "Nous demandons seulement à ce qu'il ait la possibilité de jouer au plus haut niveau national comme son homologue masculin corse. Nous sommes actuellement dans une situation discriminatoire."

Une problématique structurelle majeure sur l'île

Face aux demandes répétées de prise en compte de la réalité locale et d'un bassin de population restreint par rapport au reste de la métropole, "la FFF reste encore hésitante sur une modification sur ce point du règlement", reconnaît Jean-René Moracchini. Le risque d'une stagnation des clubs corses les plus dynamiques est donc à craindre. "Le problème actuel est que nous avançons en tant que structure ECB, mais derrière nous on ne sent pas une volonté de nous emboîter le pas, accuse Alain Mosconi. Certains clubs jouent le jeu comme l'AC Ajaccio, un club phare dans la formation, ou encore le club du village de La Casinca, alors que d'autres ne s'empressent pas de le jouer". 

Un football féminin corse à deux vitesses et un manque d'investissement global que regrette l'ECB. "Notre position qui est dominante, même si je refuse qu'elle soit hégémonique ici en Corse, doit tracter tout le monde pour davantage de moyens et de qualité, signale Alain Mosconi. "Mais il ne faut pas rêver, même dans 20 ans nous n'arriverons pas à dix équipes de onze joueuses avec une population de 300 000 habitants. Pour cela, il nous faudrait au minimum 15 joueuses par équipe, donc 150 joueuses séniors alors que nous n'avons que 300 joueuses licenciées en Corse, jeunes et débutantes comprises."

Malgré la présence de "plus en plus de soutiens dans la région et à l'extérieur", d'autres solutions temporaires ont également été étudiées. Une fusion avec la Ligue Méditerranée avait été envisagée "il y a deux ans avant d'être refusée pour des raisons économiques dues aux coûts de déplacement et d'augmentation du degré de difficulté sportive", souligne le président de la LCF. Autre alternative déjà mise en place : "l'incorporation de féminines au pôle espoir de garçons en Corse". Une volonté locale de propulser des joueuses qui "sortent du lot" et leur permettre de rêver d'une vie de joueuse professionnelle dans les plus grands clubs de l'élite sur le continent.

Un match pour marquer et forcer l'histoire

Même si la détermination à toute épreuve "de joueuses passionnées qui viennent pour certaines de Corte ou même Ghisonaccia trois fois par semaine pour les entraînements à Bastia" n'est plus à démontrer pour Alain Mosconi, leurs sacrifices résonnent "sportivement" dans le vide. Pour la seule compétition qui permet à l'ECB de jouter avec des équipes du continent, "la portée historique et symbolique de cette rencontre est évidente. C'est une série noire qu'à connu le football féminin corse jusqu'à ce jour. Nous avons donc la ferme intention d'y remédier et enfin faire gagner au football corse la place qui doit être la sienne".

À l'image de son passé de syndicaliste, une des figures du football féminin corse reste toujours prêt à repartir au combat pour défendre l'intérêt de son club et de toute une région. "Si on venait à s'imposer contre Avignon et d'aventure à passer un tour supplémentaire, qu'est ce que l'on pourrait argumenter de plus pour nous empêcher d'accéder au niveau national ? À un moment donné, on ne pourra plus nous laisser dans cet état comme si l'on était sur une voie de garage, sinon le football féminin corse ne progressera jamais, alerte-t-il. Aujourd'hui, on est à un tournant. Soit on veut faire vivre le football féminin et on créé les conditions pour qu'il se développe, soit on se moque de lui et par conséquent de la condition de la femme en Corse dans le domaine du sport."

À un moment donné, on ne pourra plus nous laisser dans cet état comme si l'on était sur une voie de garage, sinon le football féminin corse ne progressera jamais

Alain Mosconi

vice-président de l'ECB en charge du football féminin

Même si des discussions sont toujours en cours pour modifier le règlement et débloquer une situation sportive qui paraît jusqu'ici inextricable au niveau fédéral, Alain Mosconi prévient et lance un appel aux élus et à la population locale. "Je suis prêt à interroger les députes de la Corse sur cette question-là si cela n'avance pas. Il est de leur ressort de porter devant l'hémicycle cette situation unique et qui est injuste pour l'ensemble d'un territoire de la métropole." 

Au-delà d'un simple premier tour de Coupe de France, cette rencontre revêt ainsi une toute autre importance en toile de fond. Celle de l'affirmation des prétentions d'un club comme l'Espoir Club Bastiais d'accéder au plus haut niveau, mais aussi "d'un combat légitime et presque éternel", selon Jean-René Morachinni, sur la reconnaissance des singularités du football corse.

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