"Pour beaucoup d'autres catastrophes, ce doit être étonnant de voir encore autant de monde avec nous", 32 ans après, la mémoire toujours aussi vive de la tragédie de Furiani

Plusieurs centaines de personnes ont pris part, ce dimanche 5 mai, aux commémorations de la catastrophe de Furiani. Un moment de souvenir important, alors que le Collectif des victimes souhaite continuer à sensibiliser, notamment les plus jeunes, au drame qui a causé la mort de 19 personnes.

32 ans ont passé, mais pour Karine Grimaldi, "c'est comme si c'était hier". Tétraplégique depuis l'effondrement d'une tribune au stade Armand Cesari, le 5 mai 1992, elle était présente, cette année encore, aux commémorations de la catastrophe.

Un anniversaire lourd émotionnellement pour les victimes et leurs proches. "Au quotidien, c'est toujours dur. Mais aujourd'hui, ça l'est encore plus parce qu'on se remémore la soirée", glisse Paul Calassi. Également grièvement blessé ce soir-là, et très ému, il le reconnaît : "Le fait d'avoir d'autres personnes qui se joignent à nous en rappel, c'est positif. On voit que la bonté du cœur est encore là."

Car si plus de trois décennies se sont écoulées, ils sont encore nombreux à faire le déplacement, année après année, pour honorer le souvenir des 19 morts et 2357 blessés de la catastrophe de Furiani. Ce dimanche, ils sont plusieurs centaines à s'être rendus au traditionnel dépôt de gerbes sur la stèle, avant la messe à la cathédrale Santa Maria Assunta, célébrée par le cardinal François-Xavier Bustillo.

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"Pour beaucoup d'autres catastrophes, ce doit être étonnant de voir encore autant de monde avec nous", 32 ans après, la mémoire toujours aussi vive de la tragédie de Furiani ©FTV

"C'est bien d'être là pour se souvenir"

Aux côtés de victimes, de leurs proches, de supporters, religieux ou encore personnalités politiques, s'est recueillie une délégation de l'Olympique de Marseille, comprenant notamment le président du club, Pablo Longoria, mais également d'anciens joueurs, présents le soir du match, tels que Basile Boli et Jean-Pierre Papin.

Un retour difficile, témoigne ce dernier. "Ce sont des souvenirs qui remontent à la surface. Ce n'est pas forcément très agréable, mais c'était normal qu'on soit là."

Interpellé, en marge de la cérémonie autour de la stèle, par un homme venu lui indiquer qu'il avait toujours la parka que le sportif lui avait laissée, ce soir-là, alors que les victimes attendaient d'être traitées sur la pelouse du stade, Jean-Pierre Papin se souvient : "J'avais déposé ma parka, comme ma veste de survêtement, comme pas mal d'autres choses avec mes coéquipiers. Il y avait tellement de gens qui souffraient ce jour-là, et nous sommes humains, c'était la moindre des choses d'aider au moins les autres."

L'ancien footballeur poursuit : "C'est beaucoup d'émotion, parce que quand on fait un métier comme le football, à aucun moment on ne peut penser un jour trouver ce qu'on a trouvé. Maintenant, c'est bien d'être là pour se souvenir. Que ça n'arrive plus jamais."

Devoir de mémoire

Faire perdurer le souvenir dans le temps, et éviter que le nom de ceux qui sont partis ne tombe dans l'oubli. "Je pense que pour beaucoup d'autres catastrophes, ce doit être étonnant de voir autant de monde avec nous, encore aujourd'hui", souligne Karine Grimaldi.

Un souvenir toujours brûlant, notamment du fait des actions du Collectif du 5 mai. "Toute l'année, nous nous attelons à réaliser diverses actions pour sensibiliser à la tragédie de Furiani", indique Josepha Guidicelli, sa présidente.

Avec désormais des actions centrées particulièrement sur la jeunesse, détaille-t-elle, "qui seront notre relais et vont raconter notre histoire. Et pour ne pas oublier le 5 mai 1992, il faut échanger et témoigner avec eux. Cette année, c'est ce qu'on a fait, et on a accueilli près de 200 enfants. On leur raconte ce qu'il s'est passé, mais aussi les valeurs que doit inculquer le sport."

Près de trois ans après la sacralisation du 5 mai - plus aucune rencontre de Ligue 1, Ligue 2 et de Coupe de France ne peut se tenir à cette date -, et alors que certains laissaient entendre que la mesure pourrait faire tomber le tragique anniversaire dans l'oubli, Josepha Guidicelli reste convaincue du contraire. "Les instances du football nous disaient que ne pas jouer le 5 mai, c'était fermer portes et fenêtres. Je pense que maintenant, depuis plusieurs années, nous leur démontrons le contraire, que le Collectif ne s'arrête pas."

Avec peut-être, l'année prochaine, des actions en souvenir de la tragédie également déployées sur le continent. C'est en tout cas l'espoir porté par le Collectif.