Rogliano : face au manque d'eau, l'usine de dessalement mise en service

C'est un outil devenu vital dans un Cap Corse frappé par la sécheresse et le manque d'eau. L'unité de dessalement d'eau de mer de Rogliano a été mise en service ce lundi 22 avril. Elle devrait permettre de remplir les réservoirs communaux de la commune et de sa voisine Tomino, aujourd'hui à sec.

À Rogliano, l'eau de mer peut être consommée pour se désaltérer comme de l'eau de table. Il s'agit d'un cas unique en Corse : la commune dispose d'une unité de dessalement.

"On a plusieurs étapes de traitements : d'abord, on a des filtres à sable qui permettent d'enlever toutes les matières en suspension qu'on a dans l'eau de mer. Il peut y avoir des algues, des micro-organismes..., explique Karim Kenzo, directeur technique de l'entreprise "Nomado", spécialisée dans le traitement des eaux compactes.

"Ensuite, cette eau est stockée dans une bâche, et de là, on a la deuxième étape, qui est le traitement d'osmose inverse, où on va passer l'eau sous haute pression, à travers des membranes, de manière à enlever le sel qui est dissous dans l'eau", poursuit-il.

Un investissement stratégique

Depuis ce lundi 22 avril, l'unité tourne à plein régime. Avec un objectif : alimenter les communes de Rogliano et Tominu, dont les réservoirs sont désespérément vides. Et il y avait urgence. "L'unité de dessalement est aujourd'hui indispensable pour la commune, assure Patrice Quilici, le maire de Rogliano. Cela fait deux ans que nous nous battons pour avoir l'autorisation, désormais nous l'avons, et là nous sommes en train de jeter dans le réseau communal, car nous n'avons plus d'eau."

Plus d’eau, comme chaque année dans cette partie du Cap Corse. Faute d’autre solution, l’unité de dessalement s’est imposée comme un investissement stratégique. Un investissement qui a un coût : 1,3 million d'euros, financés à 30 % par les communes de Roglianu et Tominu, à 35% par l’Etat. Les 35% restant proviennent enfin de la Collectivité de Corse.

La question du rejet de saumures

Son seul défaut : le rejet de saumures, une eau très concentrée en sel qui peut impacter les herbiers de posidonies. Grâce à des travaux, le rejet se fait cette année dans le port et plus directement en mer comme l’an dernier…

Une façon de préserver les herbiers, confirme Gérard Pergent, professeur émérite à l'Université de Corse : "À partir du moment où ces saumures ne se rejettent plus à l'extérieur, directement sur les herbiers, mais à l'intérieur du port, cela permet une bonne dilution des saumures dans l'eau, et donc il n'y a plus cet impact potentiel qu'on avait pu imaginer l'année dernière."

Une étude a également été menée pour mesurer l’impact des rejets de saumures. Il serait négligeable. "La Méditerranée a une composition de 38 g/L de sel à l'entrée de la station, à la sortie de la station elle est à 44 g/L, deux mètres plus loin à 40 g/L, et deux mètres plus loin encore, la dilution est totale, assure François Orlandi, maire de Tomino. Donc l'impact est véritablement nul."

Chaque jour, l’unité de dessalement de Rogliano produira 500 m3. Elle restera en marche pendant un mois et demi, le temps de remplir les réservoirs communaux. 

Le reportage de Paul Salort, Guillaume Leonetti et Christophe Gineste :

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Rogliano : face au manque d'eau, l'usine de dessalement mise en service ©Paul Salort, Guillaume Leonetti, Christophe Gineste