Justice : l'avocat Paul Sollacaro porte plainte pour "violences aggravées" après son expulsion d'un procès par la police

Deux jours après son expulsion d'une salle d'audience, l'avocat Paul Sollacaro a décidé de porter plainte pour violences aggravées, a fait savoir ce samedi 13 mars le parquet général d'Aix-en-Provence. La plainte vise les policiers et le président du tribunal correctionnel.

L'avocat Paul Sollacaro (au centre), en compagnie de sa sœur Anna Maria Sollacaro, en 2014.
L'avocat Paul Sollacaro (au centre), en compagnie de sa sœur Anna Maria Sollacaro, en 2014. © Pascal Pochard-Casabianca/AFP

Maître Paul Sollacaro, l'avocat corse expulsé de force du tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence jeudi, après un incident d'audience, a porté plainte pour "violences aggravées", a fait savoir ce samedi 13 mars le parquet général d'Aix.

Cette plainte vise le président du tribunal correctionnel lors de cette audience, Marc Rivet, ainsi que les policiers qui l'ont contraint à quitter la salle. Elle a été adressée au parquet dès vendredi, a précisé la procureure générale d'Aix-en-Provence, Marie-Suzanne Le Quéau.

Le dossier délocalisé

Cette plainte sera examinée lundi 15 mars, et, "dans un souci de bonne administration de la justice commandé par un souci d'impartialité", elle devrait être délocalisée dans un autre ressort que celui du tribunal judiciaire d'Aix-en-Provence, a précisé Mme Le Quéau.

Maître Paul Sollacaro avait été expulsé jeudi lors du procès de 11 prévenus dans un dossier de trafic de drogue. Son client ayant été testé positif au Covid-19, l'avocat inscrit au barreau de Nice avait demandé la disjonction de son cas. Une requête aussitôt rejetée par le président d'audience, qui s'est également opposé à ce que le prévenu se présente devant le tribunal.

Après de vifs échanges entre l'avocat et le magistrat, le président avait demandé l'intervention de la police pour faire sortir Maître Sollacaro. Par solidarité, tous les autres avocats présents avaient également déserté le tribunal.

"Des propos inacceptables"

Parlant d'un "incident d'audience grave", le premier président de la cour d'appel d'Aix-en-Provence, visé par la plainte, a reconnu vendredi dans un communiqué qu'ordonner l'éviction d'un avocat était "une décision rare et extrême, tout comme l'a été le comportement de l'avocat concerné". Selon le magistrat, Maître Sollacaro aurait "proféré des invectives et attaques personnelles virulentes" à l'adresse du président d'audience.

Quelques heures après les faits, Maître Paul Sollacaro s'était dit "victime d’une violence judiciaro-polière" et avait ajouté : “C’est un scandale, honteux, indigne de la justice français”.

Dénonçant "le comportement et les propos inacceptables" du président d'audience, vendredi également, le Conseil national des barreaux avait souligné que "le pouvoir de police de l'audience" d'un président de tribunal correctionnel n'était "pas un pouvoir arbitraire".

"Je pense que c'est un dérapage, mais ce n'est pas acceptable : on ne peut pas s'emparer d'un avocat en robe à une audience et le faire sortir manu militari", avait réagi le bâtonnier de Nice, Maître Thierry Troin.

Le mauvais combat, selon le syndicat de la magistrature

Le syndicat de la magistrature dénonce dans un communiqué datant du 17 mars, un dysfonctionnement général de la justice. Il pointe notamment du doigt le Garde des Sceaux Eric Dupont Moretti. Cette “affaire d’Aix-en-Provence” a alors suscité la réflexion suivante au sein du syndicat : “le politique a tout intérêt à mettre en avant la détérioration des relations entre les magistrats et les avocats [...] Pendant qu’ils s’accusent de tous les maux à intervalles plus ou moins réguliers - certains sincèrement, d’autres de manière plus opportuniste - ils ne se battent pas ensemble contre les conditions largement indignes dans lesquelles la justice, pas seulement pénale, est rendue dans notre pays”. 

 

 

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