L'Arcusgi, 40 ans sur les "chants de bataille"...

Le groupe mythique fête ses 40 années d'existence avec une tournée qui a débuté par 2 concerts à Bastia en mars dernier. ViaStella vous propose de vivre ou de revivre une de ces soirées, demain samedi à 21h25, et de revenir sur l'histoire du groupe dans cet article...

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En exclusivité, une version "live" d'un des plus grands succès du groupe, "Sò elli"... • ©France 3 Corse ViaStella / Novita Prod
Né avec le Riacquistu, "l'Arcusgi" chante la Corse, son peuple, son engagement, sa langue et son "droit à l’autodétermination". Ses créations donnent une large place aux autres peuples engagés dans un combat militant : les Basques, les Catalans, les Bretons et même certains un peu plus éloignés comme les Écossais…
Pour célébrer ces 4 décennies passées, le groupe, qui a récemment enregistré à Lucciana son 9ème album, a donné 2 concerts exceptionnels à Biguglia, dans le cadre de l'espace Carlu Rocchi, les 8 et 9 mars 2024. Les prémices d'une tournée qui va l'emmener cette année à travers toute l’île, l'occasion de revenir sur les succès qui ont jalonné une longue carrière et de présenter également "la relève", et quelques nouveautés...

Le Riacquistu, une époque charnière pour la chanson corse
Les années 70 marquent une époque charnière pour la Corse, dans tous les domaines.
L'affaire des boues rouges de la société italienne Montedison, en 1972, puis les événements d'Aleria en 1975, sont des exemples marquants d'une réelle prise de conscience pour les Corses... Il en résulte un désir d'émancipation et de réappropriation d'un patrimoine culturel riche, en opposition à un désir "d'assimilation culturelle" souhaité par le gouvernement français de l'époque. Au niveau musical, c'est aussi une période de transition, ou l'on passe d'un chant corse essentiellement constitué de ballades ou de chansons d'amour nostalgiques, à des textes plus engagés, expression d'une revendication nationaliste.
La nouvelle génération de chanteurs, qui reprend en compte la tradition orale, s’éloigne des chansons marquées par des figures comme Tino Rossi, Charles Rocchi et bien d’autres "stars" de l'époque... Le "Riacquistu" marque une véritable rupture, une révolution de la tradition orale en quelque sorte... 

La fin des années 70 et le début des années 80 sont particulièrement féconds pour ce renouveau musical. On assiste à l'émergence de nouveaux styles et de nouveaux artistes. Des groupes comme "I Muvrini", "I Chjama Aghjalesi" et "Canta U Populu Corsu" ont été des pionniers de cette "renaissance", mêlant des éléments de musique traditionnelle corse avec des influences contemporaines, parfois venues d'autres régions françaises ou même de pays lointains. Ils abordent principalement des thèmes liés à l'identité, à la culture et à l'histoire de l'île. Ces années sont marquées par la sortie de nombreux albums, et par des concerts qui ont contribué à populariser la musique corse au-delà de la région, sur le Continent et même à l'international. 

Dans ce contexte, un groupe au nom d'une ancienne arme insulaire va naître, et marquer plusieurs générations...

L'Arcusgi, histoire d'un groupe "politico-culturel"
Le groupe naît en 1983 dans la région de Marana-Casinca. Tout débute par des réunions, plutôt informelles, entre un groupe d'amis, sur les champs de foire, puis dans une cellule de l'ancienne gendarmerie de Campile, qui servait alors de... cave à vin !

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Louis Franceschi raconte la formation du groupe dans "U Live", il y a presque 10 ans... ©France 3 Corse ViaStella
Alors que des formations comme "Canta" ont déjà impulsé un "mouvement", Louis Franceschi, qui écrit déjà des textes en français et "in lingua nustrale" rencontre Petru Lorenzi, et a l'idée de la création d'une formation "politico-culturelle"...
Elle tire son nom de celui donné aux petites arquebuses dont étaient armés les soldats de Pasquale Paoli pour combattre les armées du roi de France, signe évident d'une volonté de faire passer un message politique des plus engagés... 
Les 2 "leaders", accompagnés de Salvadore Dellapina, Ghjuvan-Marcu Camurati, Ghjuliu Filippi, Filippu Guerrini et Dumenicu Renucci, abordent principalement dans leurs chansons des thèmes liés à l'histoire, à la culture et à l'identité régionale, reflétant ainsi les préoccupations et les aspirations du peuple corse à cette époque. Mais le groupe est également reconnu pour la qualité de ses performances vocales et instrumentales, mettant en valeur le riche patrimoine musical de l'île.

Le succès est au rendez-vous, avec un public de plus en plus nombreux. Il atteint son apogée en 1988, avec un album au titre évocateur, "Resistenza", titre resté dans toutes les mémoires. Les albums se succèdent de Sò Elli (1993) (chanson "éternelle", reprise depuis des années à chaque match du Sporting à Furiani, et depuis peu à Timizzolu pour l'AC Ajaccio) à l’Arcusgi di Pasquale (2005), puis Cantu, passioni, spartera en 2014.
Les années passant, le groupe s'est ouvert à d'autres sonorités (notamment le jazz-manouche et la musique latino-américaine), différentes cultures, et même d'autres langues, gardant toutefois une "cohérence" en privilégiant les collaborations avec les peuples qu'ils qualifient d'opprimés. L'Arcusgi a ainsi écrit de nombreuses chansons pour marquer sa solidarité envers les ceux qui luttent pour leur émancipation (Askatasunera, A tè surella...). Le Pays-Basque est devenu pour ainsi dire leur "terre d'adoption", et ils y multiplient les concerts.
La formation a évolué au fil des ans, avec le départ de certains membres, et l'arrivée de nouveaux, notamment des jeunes. Il s'est structuré, pour compter aujourd'hui 5 musiciens et 9 chanteurs.
Si la démarche actuelle est toujours fidèle aux idées originales, elle a mûri et évolué au fil du temps, tout comme la société corse, et, comme le dit Louis Franceschi, "on peut même dire qu'elle s'est bonifiée, en étant plus réfléchie".
Le dernier album, "Eterna lotta", 9e opus, en est l'illustration parfaite, avec une musique qu'on pourrait qualifier de moderne, mais des revendications toujours bien ancrées, des liens toujours étroits entretenus avec les "cousins" bretons ou catalans, et un hommage émouvant à Yvan Colonna, assassiné en 2022.

Par sa voix, sa musique et le message véhiculé, la contribution à la renaissance culturelle corse des "arquebusiers" a été des plus significatives. Cette tournée des 40 ans, très attendue, a déjà les faveurs d'un public qui répond toujours présent à l'appel d'un groupe qui conserve une aura immense, laissant une empreinte indélébile sur "l'histoire musicale" de la Corse contemporaine.

3 questions à Louis Franceschi, chanteur du groupe

Comment vous est venue l'idée de cette "tournée anniversaire", et comment se "présente-t-elle" au niveau de l'engouement du public ?

L’idée d’une tournée anniversaire nous est venue naturellement, on a toujours marqué les décennies du groupe par un événement plus ou moins majeur... Mais il est vrai que, pour ces 40 ans, ont tenait vraiment à faire quelques dates clés pour partager l’événement avec un public plus nombreux, pour retrouver cette chaleur humaine qui nous apporte énormément de baume au cœur, et qui nous réconforte dans notre démarche militante..

Une des spécificités du groupe réside dans les liens et les collaborations avec les peuples et les musiciens d'autres régions, françaises ou étrangères, "en quête d'auto-détermination", comment se manifestent ces liens ?

Notre tournée anniversaire, nous voulions qu’elle soit axée sur les revendications que l’on porte depuis la création du groupe, avec toutefois l’envie d’exprimer solennellement notre solidarité entière et fraternelle avec tous les peuples du monde entier qui luttent pour la reconnaissance de leurs droits nationaux. Notre dernier album « Eterna lotta », sorti récemment, en est le reflet avec, entre autres, des chansons de soutien aux peuples Écossais, Bretons, Catalans et Basques évidemment…

40 ans, c'est encore jeune ! Quels sont les projets de l'Arcusgi, et comment voyez-vous le groupe dans 10 ans, pour son demi-siècle ?

40 ans, ça peut paraître jeune en effet, mais pour un groupe qui, de surcroît, s’affirme comme étant à vocation « politico-culturelle », cette longévité n’est vraiment pas évidente. Nous tenons donc, dès que nous en avons l’occasion, à saluer tous les maillons de cette chaîne (chanteurs, musiciens, techniciens et autres…) qui ont fait, avec leurs moyens, que les fondations établies à la création du groupe soient aujourd’hui toujours intactes, présentes et portées avec foi et détermination sur scène.
Nous avons quelques projets qui germent, et nous espérons les voir aboutir et les partager au plus tôt, mais pour l’instant la priorité est notre tournée anniversaire, que nous souhaitons placer sous le signe de « gioia,spartera è sulidarità » !

Il est clair qu’au vu de l’évolution de la société actuelle nous sommes en perpétuel questionnement, mais les réponses ont toujours un leitmotiv : « Eterna lotta è riacquistu »… Car le socle du groupe est fondamental dans son évolution et, malgré quelques balbutiements, nous continuerons à semer sur le sillon de notre terre, en espérant un avenir plus serein pour notre peuple et comme dit la chanson : "rendez-vous dans 10 ans" !

"L'Arcusgi : 40 anni, eterna lotta", un concert exceptionnel à découvrir en exclusivité sur ViaStella ce samedi 1er juin à 21h25.

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