Le maintien des visites fait débat dans les Ehpad de Corse

Faut-il maintenir les visites dans les Ehpad ? Malgré la mise en place d'un reconfinement généralisé le 30 octobre, elles sont pour l'heure autorisées par les instances de Santé. Mais en Corse, les chefs d'établissements médico-sociaux sont divisés sur le sujet.
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ILLUSTRATION. © Guillaume BONNEFONT/IP3
Avec l'annonce d'un reconfinement généralisé, à partir du 30 octobre et jusqu'au 1er décembre à minima, Emmanuel Macron l'a assuré : "Nous avons appris de la première vague".

Les mesures de confinement dans le cadre de la lutte contre la Covid-19 ont donc été adaptées par rapport au printemps : parmi ces changements, le maintien des visites en maisons de retraites et en Ehpad.

Des visites autorisées "dans le strict respect des règles sanitaires", visant à "éviter que ne se nouent des drames humains que nous avons vécus au printemps, que des personnes seules, en fin de vie, ne se retrouvent totalement isolées" a détaillé le 28 octobre le président de la République.

Visites interdites pour quinze jours dans plusieurs établissements

Mais pour plusieurs chefs d'établissement insulaires d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, ces visites ne peuvent aujourd'hui être maintenues en toute sécurité.

"S'il y a vraiment un endroit à risque de contamination massif c'est bien dans les Ehpad. Or, le nombre de cas en Corse a considérablement progressé dans les dernières semaines" souffle ainsi François Natali, directeur de l'Ehpad Casa Serena, à Propriano.Une progression exponentielle de l'épidémie qui augmente les risques d'avoir parmi les visiteurs des personnes infectées, asymptomatiques ou non.

"Il nous est parfois difficile de faire respecter aux visiteurs tous les gestes barrières. Quand il s'agit de résidents qui ont des problèmes d'audition par exemple, ils ont tendance à enlever leur masque pour leur parler."

S'il y a vraiment un endroit à risque de contamination massif c'est bien dans les Ehpad.

François Natali, directeur de l'Ehpad Casa Serena

Résultat, par mesure de précaution, l'établissement a décidé de ne plus autoriser les visites depuis le lundi 2 novembre. La mesure devrait se prolonger au minimum jusqu'au 15 novembre inclus.

"Bien sûr, pour les cas particuliers, comme des résidents en fin de vie, nous pourrons faire des exceptions, en faisant très attention aux mesures de protection."

Dépistage du personnel et des résidents

En parallèle, une large campagne de dépistage au sein de l'Ehpad a été entamée.

"L'objectif étant de tester à trois reprises nos résidents. On l'a fait le 29 octobre, on le refera le 5 novembre, puis le 12 novembre. Ce qui correspond aux délais préconisés par l'ARS pour inclure toute la période possible de déclaration de la maladie après contamination."

Les personnels susceptibles d'avoir été contaminés ont également été testés. "Deux personnels qui étaient en congés et présentaient des symptômes ont été testés, indique François Natali.

"L'un est positif, pour l'autre, nous restons encore dans l'attente des résultats. Mais dans les deux cas, les personnels ont été testés avant de pénétrer dans l'établissement, et n'ont donc pas été en contact avec les résidents."

Une mesure "bien accueillie" par les familles

L'Ehpad Casa Serena n'est pas le seul à avoir fermé momentanément ses portes aux visiteurs.

Parmi les autres établissements ayant fait ce choix, entre autres, l'Ehpad U Serenu, à Corte. Ou encore les établissements du groupe corse l'Olivier Bleu, dirigés par François Albertini, délégué régional du syndicat national des établissements et résidences privés pour personnes âgées (Synerpa).

Tous l'assurent : cette décision d'interdire les visites est bien reçue et comprise par les familles.

"Les personnes âgées ont besoin de voir leurs proches"

Mais la mesure n'est pas suivie dans toutes les maisons de retraite de Corse. Certains, même, se dressent clairement contre. C'est le cas de Christine Gamonet, à la tête de l'Ehpad Bocognano, à Bastia.Ici, pas question d'interdire les visites. "Ni le président de la République lors de son allocution télévisée, ni le ministre, ni l'Agence régionale de santé n'ont appelé à suspendre les visites dans nos établissements" rappelle-t-elle.

Christine Gamonet n'a pas tranché seule quant au maintien des visites. "C'est une décision que nous avons prise collégialement avec les soignants, la psychologue, le coordonateur, et le président de l'établissement, le docteur Fransceschi."

Alors pour éviter une contamination des résidents, un protocole très strict est observé : les visiteurs - un par résident par jour - pénètrent dans l'établissement par une entrée dédiée, où ils sont soumis à un test antigénique.

"Les résultats sont ensuite disponibles dans les vingt minutes. S'ils sont négatifs, ils peuvent rentrer. Mais masqués, et en respectant la distanciation physique avec le résident : 1m50 au minimum."

C'est à nous de faire le nécessaire pour que les visites puissent s'organiser en toute sécurité.

Christine Gamonet, directrice de l'Ehpad Pierre Bocognano

Christine Gamonet est catégorique : sauf détection de cas de Covid-19 au sein de son établissement ou changement de préconisations émanant des autorités de santé, les résidents pourront continuer à voir leurs proches, un par par un.

"Les personnes âgées ont besoin de voir leurs proches, leur famille. Et encore plus dans des temps comme ceux-ci qui sont difficiles. C'est à nous de faire le nécessaire pour que cela puisse s'organiser en toute sécurité."
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