Les conséquences de la surfréquentation de la réserve naturelle de Scandola sont nombreuses. Les scientifiques pointent un impact sur la reproduction des balbuzards pêcheurs et sur certains poissons et la flore marine n’est pas épargnée.
Dans la réserve de Scandola, les rappels à l’ordre sont quotidiens. Même s’ils savent qu’ils sont dans une réserve naturelle, les visiteurs portent parfois atteinte à l’environnement.
C’est le cas, notamment, avec les herbiers de posidonie. Si les bateaux de moins de 24 mètres ont le droit d’y ancrer, il s’agit d’une espèce protégée. Dans certaines régions de Méditerranée, les herbiers sont en nette régression et celui de Scandola montre aussi des signes de dégradation.
Pour les scientifiques, la situation est préoccupante et indigne de la réserve. « C’est une sorte de voyant rouge qui s’allume et qui confirme qu’il y a surfréquentation. Dans la réserve, on a une pression d’ancrage liée au succès très important de la zone auprès des touristes », soutient Charles-François Boudouresque, président du conseil scientifique de la réserve de Scandola et spécialiste des posidonies. Selon les calculs de certains scientifiques, sur la période d’avril à octobre 2018, 1.300 bateaux ont jeté dans la baie d’Elbu et 11.000 ont pu être repérés.
Poissons et Balbuzards pêcheurs en danger
Autre indicateur préoccupant : les résultats des recensements de poissons dans la réserve. Si la population de mérous est stable, les derniers comptages révèlent que le nombre de corbs a été divisé par deux depuis 2012.
Une situation alarmante que les scientifiques tentent de comprendre. Leur hypothèse : le bruit des moteurs de bateaux pourrait déranger ces poissons très sensibles au son. Des enregistreurs sous-marins ont donc été placés dans la réserve et les données sont en cours de traitement.
L’inquiétude est encore plus grande pour les balbuzards pêcheurs. Les études font craindre une disparition de l’espèce à Scandola, car des statistiques sont dramatiques concernant les poussins à l’envol. Ils étaient 15 en 2007, mais depuis 2012, c’est la dégringolade. Dans la réserve, un seul poussin arrive à prendre son envol chaque année, voire aucun.
Une situation due, selon les scientifiques à la surfréquentation qui modifie le comportement des animaux. D’après les études, au lieu de protéger leur nid, les femelles passent six fois plus de temps en vol et les mâles rapportent deux fois moins de proies. Les poussins, eux, présentent un taux trois fois plus importants d’hormones du stress.
Réussite de la zone de quiétude
En se basant sur ces données, le conseil scientifique a recommandé la mise en place d’une zone de quiétude de 250 mètres autour des nids de balbuzards.
Une mesure testée depuis juillet autour de deux nids. « Ca repose sur des études comportementales qui remontent aux années 1990. Ça a l’air de marcher puisque la zone de protection a été respectée sur les deux nids. Ils ont mené à bien leur reproduction avec un jeune chacun et on a assisté à une augmentation du nombre de proies ramenées par le mâle », souligne Olivier Duriez, ornithologue du CNRS, spécialiste du balbuzard pêcheur.
►Zone où nichent des balbuzards :
Images - Maia Graziani
Les scientifiques préconisent donc qu’une zone de quiétude soient mise en place autour de tous les nids de la réserve l’année prochaine entre mars et fin juillet.