"Si ça continue, je n'aurais plus les moyens de rouler", la flambée des prix du carburant en Corse

Publié le Mis à jour le

Plus d'1,80 € le litre de sans plomb : en Corse, le prix des carburants à la pompe continue de flamber. La faute à l'envol du prix des barils sur les marchés pétroliers internationaux. Une situation particulièrement préoccupante, estime le collectif régional contre la cherté des carburants.

Les yeux rivés sur le compteur de la pompe à carburant, Frédérique fait la moue. 1,83 € le litre pour du sans plomb 95 dans cette station de Bastia, "un nouveau record", soupire-t-elle. "Un plein à ce prix, ça me revient bien à 90 euros, grince cette quinquagénaire. Forcément, c'est un trou conséquent dans notre budget familial, et on est contraint de se serrer un peu plus la ceinture. Le restaurant du samedi soir, on l'oublie."

Frédérique est d'autant plus consternée qu'elle assure se souvenir "parfaitement" d'un temps "pas si ancien", cinq ou six ans plus tôt, quand elle ne payait "qu'une soixantaine d'euros" pour le même volume d'essence. Désormais, les tarifs ont changé, mais pas ses déplacements en voiture : "Je suis aide à domicile, et je me déplace beaucoup, parfois à 20,30,40 kilomètres tous les jours. Il m'est arrivé de devoir descendre jusqu'à Corte ou en plaine orientale. Le télétravail, ce n'est pas possible dans mon secteur."

Jusqu'à 1,85 € le litre de sans-plomb

Depuis plusieurs semaines, comme Frédérique, les Corses effectuent un bien triste constat : les prix du carburant n'en finissent pas de flamber. L'essence à 1,81 € le litre à Bonifacio, 1,83 à Bastia et Ajaccio, 1,84 à Sartène et Pianottoli-Caldarello, 1,85 à Porto-Vecchio, le diesel à partir d'1,70 € le litre et jusqu'à 1,76 €, "jusqu'où ira la facture ?", raille, dépité, ce jeune conducteur. "Je viens d'acheter la voiture, mais si ça continue, je n'aurais plus les moyens de la faire rouler."

Pour Frédéric Poletti, porte-parole du collectif Agissons contre la cherté des carburants en Corse, la situation est préoccupante. "Dans une région qui est la plus pauvre de France [métropolitaine, ndlr], où 26% des ménages pourraient basculer dans la pauvreté à la moindre réduction même infime de leurs revenus, c'est particulièrement inquiétant, d'un point de vue social et économique."

La hausse des prix au compteur n'est pas limitée à l'île : en région parisienne, des tarifs excédant 2 € le litre de sans plomb ont récemment été relevés. Mais pour Frédéric Poletti, les conséquences ne sont pas comparables, compte-tenu des spécificités de la région. "À Paris, la voiture n'est qu'un des moyens de transport. Il y a le réseau de transport en commun qui est sans doute le plus développé du pays. Alors qu'en Corse, il n'y a aucune alternative à l'usage de la voiture."

Flambée des prix du pétrole

Comment expliquer cette escalade nationale des factures pour faire le plein ? La faute incombe principalement à la flambée des prix sur les marchés pétroliers. Depuis le 1er janvier, les coûts des barils de Brent et des barils de West Texas Intermediate ont ainsi connu une hausse conséquente, grimpant respectivement à 87,51 dollars (+1,19%) et 85,74 dollars (+1,92%) le 18 janvier, une première depuis octobre 2014.

Une explosion qui a des répercussions directes sur le coût du carburant. En France, environ 30% du prix du carburant sans plomb ou diesel dépend du prix du pétrole et du coût de raffinage, nécessaire pour transformer le brut en carburant. Le reste du prix est déterminé par des taxes perçues par l'Etat, qui représentent environ 60% du montant d'un litre (taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques et taxe sur la valeur ajoutée), les coûts d'acheminement et de distribution, et la marge nette des distributeurs.

"On laisse un peu plus la voiture au garage"

En Corse, ce gérant de station contacté l'assure : sa marge nette n'a pas augmenté, plutôt au contraire. "On essaie de répercuter un peu de la hausse sur nos propres bénéfices. Mais là, ça fait des mois que ça monte, et il faut aussi faire tourner la boutique..."

Budget limité oblige, Sarah a elle choisi une autre solution : "On laisse un peu plus la voiture au garage, et on favorise la marche à pied ou le vélo." Des moyens de transports qui en plus d'être moins coûteux, ont aussi le mérite d'être plus écologiques.