Territoriales 2021 en Corse : le Padduc, une histoire sans fin...

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Le Padduc devait réguler l'urbanisation de la Corse, après des années d'errements. Six ans après son adoption, il a plongé nombre d'élus dans la confusion, et n'a pas vraiment atteint ses objectifs. Sa révision sera l'un des chantiers importants de la prochaine mandature. 

Le Plan d'Aménagement et de Développement de la Corse. Plus connu sous le nom de Padduc. 

Un sujet qui fait régulièrement les gros titres des médias, qui mobilise régulièrement des armées d'avocats, et qui est un sacré caillou dans la chaussure de la Collectivité de Corse. Depuis des décennies. 

Le Padduc est l'héritier de ce que l'on appelait le schéma d'aménagement de la Corse, qui était l'un des dossiers principaux de la première assemblée de Corse, en 1982. Il doit définir la stratégie du développement durable de la Corse. Et proposer un cadre réglementaire à l'aménagement du territoire. 

Il faudra attendre le 2 octobre 2015, soit 33 ans, pour qu'il voit enfin le jour dans l'hémicycle. Après avoir l'objet de débats sans fin, et avoir croulé sous les amendements. La Corse était en droit d'estimer qu'elle s'était, enfin, doté du document de référence qu'elle espérait depuis si longtemps. 

Le rural, grand perdant du Padduc

Et pourtant. Presqu'immédiatement, des voix s'élèvent. Le texte est trop contraignant. Pas assez précis. Injuste. Incompréhensible. (faites-vous votre idée vous-même en le consultant ici). Les contestations viennent principalement des maires, qui doivent doter leur commune de Plans Locaux d'Urbanisme en conformité avec le Padduc. Sans oublier la loi Littoral. Et la loi Montagne. Et la loi ELAN. Et les Espaces Remarquables. Et les Espaces Stratégiques Agricoles. 

"Une fois tout cela empilé, les zones constructibles sont réduites à portion congrue", confie François-Xavier Ceccoli, le maire de San-Giuliano, dans la Costa Verde. Un point de vue confirmé par Jean-Jacques Ciccolini, le président de l'association des maires de Corse-du-Sud : "quand un jeune arrive et qu'il veut s'installer, s'il y a la moindre difficulté, il s'échappe et repart vivre dans la périphérie d'une des principales villes de l'île". Un sale coup pour la revitalisation de l'intérieur, l'un des chevaux de bataille de l'actuelle majorité...

Le Padduc est tellement contraignant que l'immense majorité des communes n'a toujours pas de PLU. En Haute-Corse, seules 40 d'entre elles, sur 236, en sont dotées... Certaines assurent y travailler. D'autres reconnaissent qu'elles préfèrent s'en remettre à l'arbitrage de l'Etat. 

Rappelons que le Padduc, à l'origine, avait parmi ses objectifs une maîtrise de la construction, et de la spéculation immobilière. Le paradoxe, aujourd'hui, c'est que beaucoup de maires du rural voient les permis de construire de leurs administrés être refusés à tour de bras, alors que, sur le littoral, et dans les régions les plus touristiques de l'île, les résidences continuent de pousser comme des champignons.

Parfois en faisant fi des règles. Malgré les procès intentés par les associations de défense de l'environnement, soutenues à plusieurs reprises par la Collectivité de Corse. 

Réviser, oui, mais comment ?

Certains maires sont plus mesurés. Ils ne rejettent pas l'idée du Padduc, à l'image de Francis Marcantei, l'élu du Talasani : "il faut le défendre, bien sûr. Mais pas comme quelque chose d'immuable. Plutôt comme un cadre nécessaire, mais évolutif. Qui peut être aménagé, corrigé, amendé". 

Le Padduc, en l'état, ne convient pas à la situation. Et sur cela, tout le monde est plus ou moins d'accord. Même celles et ceux qui avaient voté pour, il y a six ans à peine, alors que Paul Giacobbi était président de l'exécutif. 

Aujourd'hui, parmi les candidats aux Territoriales, tous, ou presque, demandent sa révision. Seule Agnès Simonpietri, la tête de liste écologiste, est contre. 

Sur la question de l'orientation à lui donner, c'est plus contrasté. Difficile, en campagne, de se mettre à dos le secteur économique qui bénéficierait d'une plus grande tolérance, mais également de contrarier les tenants d'une défense de l'environnement. 
Alors, à la question "plus de protection, ou plus de développement ?", la réponse est souvent : "les deux, mon général". Seuls Paul-Félix Benedetti et les deux candidats marqués à l'extrême-droite, Jean-Antoine Giacomi et François Filoni, optent pour plus de sévérité. 

Enfin, en ce qui concerne un possible contrôle de légalité auquel la CdC serait associée, l'idée séduit le plus grand nombre des candidats. Seuls Michel Stefani et Laurent Marcangeli y sont opposés. (Nous rappelons que Gilles Simeoni n'a pas souhaité répondre à notre questionnaire). 

Ne reste plus qu'à espérer désormais que la révision du Padduc prendra moins de temps que son élaboration...