Accusation de viol contre Gérald Darmanin : la justice ordonne la reprise de l'enquête

Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, est accusée de viols par une femme depuis plusieurs années. 
Gérald Darmanin, le 10 juin 2020
Gérald Darmanin, le 10 juin 2020 © Anne-Christine POUJOULAT / AFP

On pensait l'affaire classée. Mais elle va revenir dans l'actualité. La cour d'appel de Paris a ordonné mardi la reprise des investigations concernant une accusation de viol en 2009 visant le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, a appris l'AFP jeudi de sources concordantes.

La Cour de cassation avait ordonné en novembre 2019 à la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris de réexaminer la validité du non-lieu dont avait bénéficié en 2018 M. Darmanin, accusé par une femme, Sophie Patterson-Spatz, de viol, harcèlement sexuel et abus de confiance.

La chambre de l'instruction n'a pas suivi les réquisitions du parquet général et estimé, selon une source judiciaire, que la magistrate instructrice "ne pouvait se fonder uniquement sur les résultats de l'enquête préliminaire" pour refuser de relancer les investigations dans cette affaire.

 

Le 16 août 2018, la juge avait rendu "une ordonnance de non-lieu à informer", estimant qu'au vu de ces investigations, les faits reprochés n'étaient pas constitués et qu'il n'y avait pas lieu d'enquêter plus sur le sujet. La décision de la chambre de l'instruction n'exprime "pas une divergence  d'appréciation sur les charges", a souligné jeudi la source judiciaire.

Gérald Darmanin, 37 ans, est accusé par cette femme de l'avoir violée en 2009. A l'époque, elle s'était adressée à lui, alors chargé de mission au service des affaires juridiques de l'UMP, pour tenter de faire annuler une condamnation de 2004 pour chantage et appels malveillants contre un ex-compagnon.

Selon elle, M. Darmanin lui aurait fait miroiter son appui auprès de la Chancellerie en échange de faveurs sexuelles.  Entendu en audition libre, M. Darmanin a confirmé avoir eu une relation sexuelle avec Mme Patterson-Spatz, mais selon lui librement consentie et à l'initiative de la plaignante.

"Le défaut de consentement ne suffit pas à caractériser le viol. Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d'imposer un acte sexuel par violence, menace, contrainte ou surprise", avait expliqué le juge dans son ordonnance de non-lieu en 2018. La plaignante avait immédiatement fait appel : "J'ai l'impression très nette qu'on crache sur ma cliente depuis le début de cette affaire, c'est une parodie de justice", avait dénoncé Me Elodie Tuaillon-Hibon, son avocate.

Quand on sait l'effort qu'il m'a fallu" pour avoir une relation sexuelle "avec toi !!!


Selon des éléments du dossier dont l'AFP a pris connaissance, Mme Patterson-Spatz a continué après les faits supposés à échanger avec M. Darmanin,
lui indiquant notamment dans un sms : "Abuser de sa position ! Pour ma part, c'est être un sale con !!! (...) Quand on sait l'effort qu'il m'a fallu" pour avoir une relation sexuelle "avec toi !!! Pour t'occuper de mon dossier". 

"Tu as raison, je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner ?" avait répondu M. Darmanin.
    

Mes Elodie Tuaillon-Hibon et Marjolaine Vignola, avocates de Mme Patterson-Spatz, se sont réjouies jeudi de la décision de la cour d'appel : "Nous espérons avoir désormais une vraie information judiciaire, qui examinera sérieusement les éléments du dossier". Les deux avocates dénoncent l'absence de confrontation entre leur cliente et le ministre lors de l'enquête préliminaire.

"L'arrêt de la cour d'appel de Paris rendu ce jour, pour lequel Gérald Darmanin n'était pas partie, n'est lié qu'à une question de recevabilité de pure forme. Par ailleurs, Gérald Darmanin a déposé plainte en dénonciation calomnieuse", ont de leur côté réagi les avocats du ministre, Me Pierre-Olivier
Sur et Mathias Chichportich.

Une deuxième accusatrice, une habitante de Tourcoing (Nord), ville dont le ministre fut maire de 2014 à 2017 et où il a été réélu le 23 mai dernier, avait porté plainte pour "abus de faiblesse", affirmant que l'élu lui avait demandé des faveurs sexuelles en échange d'un logement. Cette procédure a
également été classée sans suite par le parquet de Paris au printemps 2018.  Gérald Darmanin avait affirmé en février 2018 "les yeux dans les yeux", n'avoir "jamais abusé d'aucune femme" ni de son "pouvoir".
 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice société gérald darmanin politique