Après la coulée de boue qui a provoqué un décès dans l'Aisne, des habitants écrivent une lettre : "on se sent abandonnés"

Dans la nuit du 1er au 2 mai 2024, des pluies diluviennes se sont abattues sur le hameau de Vignolles, à Courmelles (Aisne). Une coulée de boue s'est déversée violemment sur cinq habitations, causant la mort d'une personne et obligeant l'évacuation des autres résidents. Deux mois plus tard, des riverains se disent inquiets et abandonnés.

Début mai, un violent épisode pluvieux et orageux a provoqué un phénomène de ruissellement et une coulée de boue importante à Courmelles, au sud de Soissons. Depuis, les habitants sont frustrés et se sentent délaissés. Ils ont écrit un courrier, cosigné par une centaine de personnes, pour tenter d'accélérer les procédures.

Cette initiative est née car "plusieurs personnes étaient dans l'insécurité" et n'avaient pas de réponse à leurs questions. "J'ai écrit un courrier purement factuel aujourd'hui pour le faire remonter à tous les élus possibles en local, en région et en département", explique Romain Svrcek, habitant de la commune. 

Le but, pour lui, est de "tous les concerter pour qu'ils puissent travailler main dans la main et surtout, que les choses bougent"

"Le quartier entier vit dans la peur"

Le courrier stipule qu'en 2021, un évènement similaire et d'une ampleur moins importante s'est produit. "Il y a eu des échanges verbaux avec les élus locaux et rien n'a changé. Aujourd'hui, on l'a remis sur le papier. Et en 2024, le quartier entier vit dans la peur et l'insécurité. Donc on demande qu’il y ait des aménagements de faits pour qu'on soit plus sereins", détaille-t-il. 

Après 2021, les habitants pensaient qu'un tel évènement n'arriverait pas avant 10 ou 20 ans. Force est de constater que désormais, il s'agit d'une "menace annuelle voire pluriannuelle". La topographie du terrain "fait qu'on est dans une cuvette, toutes les eaux s'écoulent", note Romain Svrcek. 

Comment faire alors ? "Les idées claires, je ne les ai pas. Il faut mettre ça dans un bureau d'études". C'est pourquoi le courrier est également envoyé au "bureau d'études conseiller" au pôle environnemental concerné. 

"Le délai des habitants n'est pas le délai administratif"

De son côté, le maire, Arnaud Svrcek, assure avoir tout fait pour limiter les dégâts avec les moyens qu'il avait en sa disposition. Par exemple, "on a installé en urgence, au démarrage de la coulée de boue, de gros ballots de paille avec des pieux de façon que le phénomène ne se reproduise pas"

Dès le lendemain de la catastrophe, il rapporte avoir fait le dossier de demande de classement en catastrophe naturelle. "Je me suis immédiatement rapproché de la sous-préfète pour organiser une réunion en concertation avec toutes les forces concernées par ce problème-là : le président du Grand Soissons, les services de la Préfecture, la Chambre d'agriculture..."

Trois dates lui ont été proposées et il a pris la plus proche. "Tout le monde s'est libéré, on a fait le bilan pour voir un peu ce qui allait pouvoir être fait ce qui aurait pu être fait parce que c'était la question légitime des administrés". Il précise qu'il est difficile, en tant qu'élu, d'expliquer que le délai des citoyens est différent du délai administratif. 

La naissance de la coulée de boue n’est pas dans ma commune. Je n’ai pas le pouvoir de faire des aménagements sur une commune extérieure parce que ma commune a juste servi de route pour évacuer ce trop-plein d’eau.

Arnaud Svrcek, maire de Courmelles

"Il va y avoir une étude de faite"

Lui et les autorités compétentes ont convenu qu'une étude allait être effectuée. "Il nous fallait les relevés météo pour connaître les quantités exactes de pluie". Car c'est la collecte de ce type d'informations qui permettront aux spécialistes de présenter des solutions adaptées. "On ne peut pas partir sur la création d'un bassin si ce n'est pas un bassin qu'il faut faire", avance l'édile. 

Il déclare n'être "qu'un intervenant sans les compétences". Il essaie toutefois de créer une synergie à son échelle et de relancer en permanence la préfecture pour "qu'il y ait l'état de catastrophe naturelle. Après, bien évidemment, il n'y a pas de budget pour le faire parce qu'il va falloir des fonds qui vont arriver de différents organismes".

Il faudra également des autorisations qu'il n'est pas en mesure d'avoir : "ce sont les délais administratifs, je n'ai pas le contrôle des choses". Il tient néanmoins à dire à ses administrés qu'il est "à leur côté" et fait "le maximum", d'autant plus qu'avoir une visibilité n'est pas évident. "D'expérience, quand vous dites à quelqu'un que vous trouverez des solutions dans le mois qui vient et que 6 mois après, rien n'est fait, on viendra nous dire qu'on raconte n'importe quoi"

Le maire ne veut donc pas "vendre du rêve" à ses habitants. "Je sais que sur une commune environnante, pour en avoir discuté avec l'élu, ça a mis 7 ans, je crois. Ce n'est pas entendable. Après, on a un décès, donc ça risque quand même de faire avancer les choses", conclut-il. 

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