Venise, Écosse, Colorado... Les résidents d'un Ehpad de Soissons voyagent grâce à une capsule multisensorielle

Développée par la start-up Virtysens basée dans le Nord, une capsule immersive multisensorielle est testée à l'Ehpad Jeanne d'Arc de Soissons. L'occasion pour les résidents de cet établissement médicalisé d'oublier les douleurs et de prendre un moment pour s'évader.
Un résident de l'Ehpad Jeanne d'Arc de Soissons teste la capsule multisensorielle sous l’œil de l'animatrice de l'établissement
Un résident de l'Ehpad Jeanne d'Arc de Soissons teste la capsule multisensorielle sous l’œil de l'animatrice de l'établissement © Gontran Giraudeau / FTV
"Oh que c'est joli, ça fait mieux qu'à la télévision, on voit plus grand, on croirait que c'est là." Assise dans son fauteuil, Marie, paraplégique âgée de 91 ans, ne peut pas s'empêcher de commenter tout ce qu'elle voit. 

"Oh la musique elle est bien, j'ai un peu de vent là, mais pas beaucoup ça va." Marie est en train d'explorer les glaciers. Virtuellement du moins. "Ça fait un peu peur quand même aussi, c'est très haut."

Depuis un peu plus d'une semaine, un drôle d'appareil a fait son apparition à l'Ehpad ORPEA Jeanne d'Arc à Soissons dans l'Aisne. Une capsule immersive multisensorielle composée d'un casque de réalité virtuelle et d'un anneau qui projette des odeurs, de la chaleur ou du froid. "Que la personne soit assise ou complètement allongée dans son lit, on peut lui mettre le casque sans problème, c'est conçu pour ça", explique Xavier Melin, créateur de l'appareil et fondateur de la start-up Virtysens. 
 
Marie, résidente de l'Ehpad Jeanne d'Arc à Soissons essaye pour la première fois le casque de réalité virtuelle
Marie, résidente de l'Ehpad Jeanne d'Arc à Soissons essaye pour la première fois le casque de réalité virtuelle © Gontran Giraudeau / FTV

Une dizaine de destinations

"Ah c'est tout noir là, je ne vois plus rien." L'expérience est terminée pour Marie. Après les glaciers, elle a fait un tour à Venise. "Vous vous sentez bien ? Vous n'avez pas de vertige ?", lui demande Valérie Closset, l'animatrice de l'Ehpad. "Non pas du tout, je me sens très bien. C'était beau tous ces bateaux, cela m'a fait plaisir, c'était très romantique. Je pars loin aujourd'hui", sourit-elle.

Un aperçu de ce que l'on peut voir dans le casque de réalité virtuelle : ici les gondoles de Venise
Un aperçu de ce que l'on peut voir dans le casque de réalité virtuelle : ici les gondoles de Venise © Virtysens

Marie pourra recommencer puisque dix expériences sont déjà intégrées à l'appareil. Les résidents peuvent ainsi partir à la plage, à la montagne, en Écosse... Ou encore au Colorado comme Jean, résident lui aussi à l'Ehpad et qui n'a pas souhaité nous donner son âge. "Oui je vois bien la rivière en bas, un peu de montagnes, mais bon je suis un peu insensible à la nature", lance-t-il. Il aurait préféré New-York. "J'y retournerais avec plaisir pour voir des choses que je n'ai pas vues."

Sortir de son quotidien, parcourir de nouveaux horizons sans se déplacer, c'est tout l'objectif de l'expérience. "On est en pleine période des vacances, ils vont entendre leurs enfants en parler. Et eux à leur façon vont pouvoir aussi partir en vacances, sans fatigue de voyage, dans des endroits très variés. C'est un moment d'évasion pour eux surtout après cette période de confinement où ils n'ont pas pu sortir de l'établissement", souligne Valérie Closset.

Visée thérapeutique

Mais au-delà de l'expérience sensorielle, l'appareil a aussi une visée thérapeutique. "On est ici dans une résidence médicalisée, les résidents ont des problèmes physiques, mais aussi cognitifs, on a beaucoup de patients atteints de la maladie d'Alzheimer, et ils réagissent très bien, confirme l'animatrice de l'Ehpad. L'appareil a été conçu avec des sophrologues et neurologues donc adaptés à plusieurs pathologies."

Au départ, il y a 6 ans, Xavier Melin décide de créer cette machine pour sa fille Lilou qui est autiste. "Depuis qu'elle est toute petite, elle ne va plus à l'école, elle est chez nous. Et il fallait quelque chose pour la transporter ailleurs, parce qu'elle ne voit personne", confie l'entrepreneur originaire de Reims. 

Xavier Melin l'assure : "Quels que soient les troubles cognitifs de la personne, quelles que soient ses capacités de compréhension, qu'elle soit sourde, aveugle, qu'elle ne puisse pas marcher, qu'elle soit paralysée... Quel que soit son handicap, on arrive à lui faire ressentir quelque chose." Et les résultats selon lui sont probants. "Je travaille avec une sophrologue à Reims qui a installé la machine dans son cabinet, elle me fait des comptes-rendus chaque jour." Il attrape ses notes. "Elle a marqué aujourd'hui : effet physique de relaxation important, respiration ample, baisse des palpitations, beaux résultats."

Ce que confirme aussi l'animatrice de l'Ehpad Jeanne d'Arc. "La musique diffusée est une musique binaurale qui va permettre de générer des ondes alpha dans le cerveau, comme pour la méditation, détaille-t-elle. L'immersion totale fait que l'on va déconnecter totalement de la réalité. On va oublier que l'on a des douleurs puisque tous les sens sont sollicités donc c'est vraiment un bénéfice à 100%."

Des commandes dans d'autres établissements

L'appareil s'adresse ainsi aux résidents d'Ehpad, mais aussi aux maisons d'accueil spécialisées (MAS), aux instituts médico-éducatif (IME), aux foyers pour handicapés ou pour personnes âgées. "On s'est rendu compte qu'il y avait un véritable besoin", affirme Xavier Melin. 

Depuis la commercialisation de l'appareil en février, entrecoupée par la crise sanitaire, la start-up Virtysens, basée à Pécancourt dans le Nord, a reçu six commandes. Les appareils sont loués pour 499 euros par mois (offre de lancement). "Il y a une machine qui part en Belgique à vie car les résultats sont complètement dingues sur des ados avec autisme sévère. Il s'est passé quelque chose avec chaque personne, le staff a été impressionné du résultat", confie son créateur. 

Avec ses associés, Xavier Melin ne compte pas s'arrêter là. "Il y a un sujet qui est encore très tabou, c'est la sexualité des handicapés et on aimerait bien travailler sur ce sujet-là. On a plein de projets. L'appareil va donc pouvoir évoluer."
 
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