Un référendum à Château-Thierry pour armer la police municipale : "la démocratie, ce n'est pas seulement choisir des représentants"

Plus suivi que l'année dernière, le référendum pour l'armement de la police municipale s'est tenu ce dimanche 14 avril 2024 à Château-Thierry, dans l'Aisne. Le maire, quant à lui, a voulu laisser le choix aux habitants pour ce sujet "très concret" du quotidien.

À Château-Thierry, dans l'Aisne, une consultation citoyenne sur l'armement de la police municipale s'est tenue ce dimanche 14 avril 2024. Les bureaux ont fermé à 18 heures et les résultats sont attendus dans la soirée.

Ce n'est pas la première fois que la municipalité organise un référendum. En janvier 2023, la mairie avait soumis une question à ses administrés sur l'aménagement de la place de l'Hôtel de Ville.

"C'est une décision importante"

La mise en place de l'armement de la police municipale est une compétence du maire, et Sébastien Eugène aurait pu prendre cette décision seul dans son bureau, mais celle-ci est trop importante à ses yeux pour ne pas consulter ses administrés. "Deux tiers des polices municipales sont armées et un tiers ne l'est pas pas, preuve qu'une police peut être armée mais preuve aussi qu'elle peut ne pas l'être", explique l'édile.

Il estime qu'il y a parfois la nécessité d'avoir une arme. Mais il lui semblait essentiel "de pouvoir partager ce dilemme avec les habitants de Château-Thierry, c'est la raison pour laquelle nous avons souhaité organiser ce référendum". De plus, la municipalité a fait le choix de ne pas se prononcer en amont car "le risque, dans ce type d'exercice, c'est d'approuver ou désapprouver la politique municipale dans son ensemble".

Mais selon lui, il existe des moments "où il semble important de poser des questions et des thématiques très précises. La démocratie, ça ne doit pas être uniquement de choisir tel représentant ou tel autre, ça peut être aussi le fait de donner son opinion sur des sujets très concrets sur le quotidien des habitants", affirme-t-il.

Afin de revivifier la démocratie, Sébastien Eugène estime qu'il faut multiplier les initiatives. Le référendum est "une réponse parmi d'autres". Il croit au fait de prendre l'habitude "de le faire" et cite l'exemple de la Suisse qui le fait "très régulièrement" avec les votations populaires.

Quant aux accusations de populisme de l'opposition, le maire se veut ironique : "si demander l'opinion des habitants, c'est du populisme, arrêtons de vivre en démocratie et vive les dictatures et l'autocratisme".

Une police municipale en pleine structuration

Le sujet de l'armement de la police municipale était déjà arrivé sur la table des débats pendant l'élection municipale, en 2020. Mais "à l’époque, on avait une toute petite équipe de police municipale. Il n'y avait que deux agents en 2017 quand je suis devenu maire". La police municipale, comme on la connaît aujourd'hui, n’a été créée qu'en 2019.

C'est pourquoi, en 2020, "il nous semblait trop tôt d'organiser un référendum et prendre position sur un armement ou pas, tout simplement parce que notre police était beaucoup trop petite et il y avait nécessité de la structurer".

Château-Thierry va compter 8 policiers municipaux d'ici la fin de l'année, puis 10 à la fin du mandat de Sébastien Eugène. "Donc cette structuration s'accompagne de questionnements et notamment de l'armement dont ils peuvent ou non disposer", souligne-t-il.

Venir en appui de la Police nationale en cas d'opérations complexes

Mais quelles différences avec les agents de la Police nationale ? "Le maintien de l'ordre reste de leur compétence", insiste le maire. Néanmoins, quand la police municipale est armée, elle peut venir en appui dans le cas d'opérations plus difficiles et complexes.

Si les Castelthéodoriciens décident de ne pas armer les policiers municipaux, "elle restera une police purement de proximité et ne pourra pas intervenir dans le cas de grandes opérations". Sébastien Eugène n'exclut pas des "moyens alternatifs, notamment le taser, qui permet de ne pas avoir d'arme létale, tout en ayant le moyen de neutraliser une personne".

L'armement des policiers municipaux est d'ailleurs à la charge de la municipalité : "il y a l'achat des armes à feu mais également leur sécurisation parce que les policiers ne rentrent pas chez eux avec l'arme. Il faut pouvoir la surveiller". Autre coût, la formation car "il y a une nécessité à ce que les agents soient formés et régulièrement".

Pour le moment, le coût de l'armement n'a pas encore été estimé. "C'est un coût qui va être lissé dans le temps, et il y a peut-être des policiers municipaux qui n'auront pas le souhait de porter une arme à feu", suppose le maire.

"On ne peut quand même pas les laisser tomber"

Les habitants de Château-Thierry interrogés ont des avis convergents. "Je trouve que dans le fond, on ne peut quand même pas laisser tomber ces braves gens qui essaient de nous défendre", lance une habitante venue voter en fin de matinée. Elle espère cependant qu'ils n'aient "jamais" à s'en servir, "mais si ça arrive, si ça peut les protéger, c'est très bien".

Un autre Castelthéodoricien a voté "pour" le port d'arme, "dans la mesure où il y a une défense des agents municipaux qui n'est pas assurée actuellement". Il juge aussi nécessaire la consultation des citoyens "pour cette opération, comme d'autres d'ailleurs qui ont déjà eu lieu, et je pense que l'avis des citoyens de Château-Thierry est très important".

Dans un des huit bureaux de vote ouverts, Christian Fauvet, conseiller municipal, trouve le port d'arme "normal". Si une personne attaque les agents, "ils peuvent se défendre. C'est comme la police nationale, il y a une prévention. Ils ne sont pas obligés de s'en servir".

Avec Noélie Mesange / FTV