Coronavirus - Vente de masques en grandes surfaces : les pharmaciens des Hauts-de-France se disent "écoeurés"

Dans les Hauts-de-France, les pharmaciens ne comprennent pas la mise en vente prochaine de centaines de millions de masques par la grande distribution, après avoir été démunis tout au long de la crise. Explications.
 

© France Télévisions
"On est écœurés", confie David Alapini, président du Conseil régional de l’ordre des pharmaciens des Hauts-de-France. Ce jeudi 30 avril, il a appris la mise en vente prochaine de centaines de millions de masques destinés au grand public par les grandes enseignes.

Antoine Darras, président du syndicat des pharmaciens de l’Oise, ne s’en cache pas : "La gestion des masques pendant la crise a été catastrophique du début à la fin. Cette distribution est une mascarade, les règles n’arrêtent pas de changer."

Aujourd’hui, son confrère David Alapini ne comprend pas comment des centaines de millions de masques vont pouvoir se retrouver sur le marché après que les pharmacies ont été démunies tout au long de la crise. "Nous n’en avons toujours pas, les professionnels de santé non plus. On a priorisé la distribution des masques sanitaires par la grande distribution."

Un constat amer pour les pharmaciens, qui ont dû faire avec des dotations de l’Etat reçues au compte-goutte depuis mi-mars, et à qui il était conseillé de ne pas acheter de masques afin de conserver les stocks pour les professionnels de santé.

Depuis le 25 avril, un décret autorise de nouveau les officines à en vendre, après avoir dû refuser de les distribuer à de nombreux patients pendant près de deux mois. Deux longs mois pendant lesquels "des malades sous chimiothérapie porteurs d’ordonnances ou des personnes atteintes du Covid-19 ne pouvaient même pas en bénéficier", déplore David Alapini.


Des centaines de millions de masques en grandes surfaces

Dès le 4 mai, ce sera au tour des grandes enseignes de faire leur entrée sur le marché de la vente de masques. Selon un cadre de la grande distribution qui souhaite rester anonyme : "170 millions de masques vont nous arriver progressivement à partir de la semaine prochaine."

"C’est une bonne chose que les patients puissent trouver des masques dans leurs supermarchés. Le problème, c’est que pendant ce temps et en l’absence de masques, combien de soignants ont été contaminés ?", questionne le président du syndicat des pharmaciens de l’Oise.

Si le cadre de la grande distribution comprend la colère des pharmaciens, il précise néanmoins : "Les masques que l’on achète sont des masques chirurgicaux. Or, les soignants ont surtout besoin de masques FFP2. On n’est pas sur le même degré de protection."

Au début de la crise comme pour tous, le grandes enseignes affirment que leurs masques ont bien été réquisitionnés. Pourtant, l’arrivée soudaine de centaines de millions de masques questionne David Alapini : "Où ont-ils pu trouver tous ces masques ?"


La force de frappe des grandes enseignes

Comment expliquer l’afflux soudain d’au moins 500 millions de masques dans les grandes enseignes françaises ? Cette capacité d’achat, le cadre de la grande distribution l’explique par une présence préalable sur le marché asiatique : "D’habitude on achète des jouets ou du textile. Pour cela, on a des bureaux en Asie que l’on a désormais orientés vers l’achat de masques."

Même constat chez le groupe Carrefour, qui affirme que "ces masques ont été commandés en Asie une fois la réquisition levée. Nous n’en avons pas stocké pendant la crise."

Comment expliquer, alors, que les autorités peinent autant à se procurer des masques quand les grandes enseignes en achètent des centaines de millions ? Selon le cadre de la grande distribution : "On a une administration qui n’est pas capable d’être aussi agressive. Par rapport à l’urgence d’approvisionnement, on n’y est pas du tout et je suis surpris qu’on dise avoir du mal à trouver des masques et autres matériels de protection."

A partir du 11 mai, date prévue du déconfinement progressif, toutes les enseignes seront autorisées à vendre des masques au grand public.
 
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