Covid-19 - Lille, Compiègne, Douai : le difficile retour à la normale dans les blocs opératoires

Dans les Hauts-de-France, si certains hôpitaux restent encore sous tension, d’autres commencent à retrouver un fonctionnement normal concernant l'activité des blocs opératoires. En cause, deux variables : le nombre de malades encore en réanimation et la taille de l’hôpital. 

Service de réanimation de l'hôpital de Compiègne
Service de réanimation de l'hôpital de Compiègne © FTV

Depuis plus d'un an, les hôpitaux sont tout entiers tournés vers la prise en charge des patients atteints du Covid-19. Déprogrammation d'opérations, report voire annulation sans nouvelle date, la crise sanitaire a été un véritable casse-tête pour les chefs de service des établissements hospitaliers. À l'heure du déconfinement et d'une baisse des patients hospitalisés, le retour à un fonctionnement normal se profile dans beaucoup d'hôpitaux. D'autres ne font qu'entrevoir le bout du tunnel.

L’hôpital de Compiègne encore sous tension

Dans l’Oise et à Compiègne particulièrement, le centre hospitalier est toujours à ce jour en grande difficulté avec des services de réanimation en surcapacité. Les lits supplémentaires déployés depuis de nombreux mois dans le cadre de la montée en charge de l’épidémie, sont encore occupés par les patients touchés par le Covid 19.

"Dans le contexte actuel, explique Catherine Latger, directrice de l’hôpital Compiègne/Noyon, on ne peut pas pour l’instant, avoir de reprogrammation des interventions parce que nos personnels, notamment les infirmières-anesthésistes sont occupés à assurer ces lits supplémentaires de réanimation et comme le marché de l’intérim est saturé, on n’arrive pas à retrouver les pleines capacités pour augmenter au-delà du plancher où on était".

Les services de réanimation affichent complet

Actuellement dans l’Oise, 99% des lits de réanimation sont occupés. Sur 21 lits, il y a encore 11 patients Covid. Le désarmement des lits de réanimation n’est donc pas d’actualité. "On ne pourra savoir qu’à la condition qu’on puisse réduire au moins de 3 lits la réanimation. Parce que pour une prise en charge de 3 lits, c’est un infirmier, un aide-soignant 12h de jour, 12h de nuit. Dans ce contexte, on n’a pas de visibilité".

Depuis le mois d’octobre, même si l’hôpital de Compiègne/Noyon a connu une petite embellie entre le cluster de janvier et la troisième vague, il fonctionne avec 3 salles opératoires sur 8 plus une salle d’urgence. Et si le nombre d’entrées a diminué, 1 tous les 2 jours, ce n’est pas suffisant pour envisager la reprogrammation des opérations reportées.

La priorité est bien évidemment donnée soit aux urgences vitales soit à la perte de chance soit à la cancérologie ou en orthopédie, des traumatismes importants, des interventions chez les enfants qui ne peuvent pas être reportées.

Catherine Latger, directrice de l'hôpital de Noyon/Compiègne (Oise)

En attendant, les plus urgentes sont maintenues, avec un allongement des plages horaires des blocs opératoires. "La priorité est bien évidemment donnée soit aux urgences vitales soit à la perte de chance soit à la cancérologie ou en orthopédie, des traumatismes importants, des interventions chez les enfants qui ne peuvent pas être reportées".

Et après ? La direction est dans l’expectative. "Faire autrement, je ne vois pas bien comment mais ça nous que sans doute nous allons devoir redimensionner de manière définitive le périmètre de réanimation. En routine le bassin du compiégnois doit avoir 15 lits de réa sans doute que la hauteur des besoins va être supérieure mais du coup ça veut dire qu’il va falloir trouver des ressorts d’attractivité pour pouvoir intéresser des soignants à venir chez nous et ça, ce n’est pas du tout évident".

À l'hôpital de Douai, les soignants ont appris à adapter le planning des opérations

Au Centre hospitalier de Douai, les praticiens ont remis en cause le fonctionnement de leur établissement après chaque vague pour améliorer l’accueil des patients. Résultat : beaucoup moins de patients ont vu leurs opérations reportées lors de ce dernier confinement. "Pendant cette troisième vague, notre stratégie a été différente des deux premières", explique le docteur Ali Al Lazkani, chef de service à l’hôpital de Douai. On a déprogrammé le moins possible, presqu’au compte-goutte." À chaque fois qu’un patient a vu son opération déprogrammer, une nouvelle date lui était donnée tout de suite. Une décision, fruit de l’expérience des deux vagues précédentes.

Pendant de la deuxième vague, les opérations d’un millier de malades ont été déprogrammées, soit, beaucoup moins qu’en mars-avril 2020.

Ali Al Lazkani, chef de service au centre hospitalier de Douai (Nord)

"La première vague, il y a eu une déprogrammation massive", se souvient le chef anesthésiste. Normalement, le CH de Douai dispose de neuf blocs opératoires ouverts chaque jour : huit pour des opérations programmées et une, pour les urgences. "Lors de cette première vague, 3 salles seulement continuaient à fonctionner normalement." À cause des équipes occupées par les patients nombreux dont la santé exigeait des soins en réanimation. 

Pendant la troisième vague, notre stratégie a été différente. (...) On a déprogrammé le moins possible. Aucun patient atteint d’un cancer à notre connaissance n’a souffert d’une perte de chance : c’était notre priorité.

Ali Al Lazkani, chef de service au centre hospitalier de Douai (Nord)

"Pendant de la deuxième vague, les opérations d’un millier de malades ont été déprogrammées, soit, beaucoup moins qu’en mars-avril 2020", souligne le docteur. "Nous avons mis en place une stratégie de reprogrammation pour les mois de janvier et février et tous ces patients ont été pris en charge." Et de féliciter médecins et soignants : "l’équipe du bloc opératoire a fait un travail formidable en augmentant ses horaires de travail, en travaillant le samedi matin." Avec la priorité aux patients dont l’état nécessitait au plus vite une intervention.

"Pendant la troisième vague, notre stratégie a été différente. Nous avons maintenu quatre à six blocs opératoires ouverts par jour. On a déprogrammé le moins possible. Aucun patient atteint d’un cancer à notre connaissance n’a souffert d’une perte de chance : c’était notre priorité. Et nous avons par ailleurs aussi maintenu une activité assez intense de dépistage du cancer et de sa prise en charge."

Actuellement, 15 lits sont encore occupés en réanimation. Contre un capacitaire de 10 en temps normal. L’activité est proche de la normale avec huit à neuf blocs opératoires qui fonctionnent par jour. 200 malades qui auraient dû être opéré pendant cette troisième vague, ils le seront cet été et à la rentrée.  

Retour à la normale prévue mi-juillet à Lille

"À midi, il ne restait que 50 personnes hospitalisées pour Covid dans nos services", annonce le Pr Jean-René Pruvost, chef du service de chirurgie digestive au CHU de Lille, à qui a été confié aussi la charge des reprogrammations d’opérations. "32 patients sont encore en soins critiques et en réanimation," détaille-t-il . La situation sanitaire s’est améliorée progressivement ces dernières semaines, mais les patients malades du Covid continuent d’affluer : le CHU conserve son statut d’établissement de référence pour la région.

Chaque opération est reprogrammée selon les services : c’est du cousu main.

Pr Jean-René Pruvost, chef du service de chirurgie digestive au CHU de Lille

"Dès qu’un patient a besoin de réanimation, explique le Pr Pruvost, les autres établissements hospitaliers de la métropole, préfèrent nous l’adresser. Mais si on a toujours un flux permanent de patients, on n’est plus débordé, comme il y a quelques semaines."

L’activité a chuté de 20 % pendant la troisième vague. "On est monté jusqu’à 40 % de déprogrammation, déclare le Pr Pruvost. Chaque opération est reprogrammée selon les services : c’est du cousu main". La réaffectation du personnel soignant se fait au cas par cas sur leurs postes d’avant Covid. "Si on réaffecte deux infirmiers anesthésistes par exemple dans un service, on peut ouvrir deux blocs, mais à un autre endroit, on ne peut ouvrir qu’une seule salle opératoire. La réaffectation du personnel n’obéit pas toujours à une logique militaire."

On voudrait rouvrir en chirurgie cardiaque ou en chirurgie digestive mais on n’y arrive pas

Pr Jean-René Pruvost, chef du service de chirurgie digestive au CHU de Lille

Ainsi si certains services ont repris un fonctionnement quasi normal, d’autres n’ont pas encore redémarré : "on voudrait rouvrir en chirurgie cardiaque ou en chirurgie digestive mais on n’y arrive pas, regrette le Pr Pruvost. Le plateau technique de chirurgie à Huriez est encore touché et fonctionne en rythme de vacances c’est-à-dire avec moins de personnel. Par contre, l’orthopédie qui avait beaucoup souffert de la déprogrammation - sur huit blocs opératoires, il ne leur en restait plus que trois - sont remontés à cinq, presque six."

Un retour à une activité normale de l’hôpital est attendu à la mi-juillet. Si la situation sanitaire continue de s’améliorer.

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