Covid-19 : A la rentrée, les collèges et lycées se retrouvent face à des mesures sanitaires difficilement applicables

Mesures sanitaires renforcées, hommage à Samuel Paty dans les écoles... Cette rentrée scolaire s'est déroulée dans un contexte inédit. Mais force est de constater que le protocole sanitaire renforcé est très difficile, voire impossible, à appliquer dans de nombreux établissements de la région.
Le collège Jean Rostand à Armentières.
Le collège Jean Rostand à Armentières. © France 3
C'est une rentrée particulière qui a débuté en ce lundi 2 novembre. Alors qu'un reconfinement "allégé" a pris place depuis vendredi, plus de 12 millions d'élèves ont repris, aujourd'hui en France, le chemin de l'école. 

Dans le Nord Pas-de-Calais, les mesures sanitaires renforcées en cette rentrée ont toutefois du mal à être mises en place, car les moyens et les solutions proposées par l'Education nationale sont faibles. Professeurs et élèves se sont retrouvés démunis en cette première journée de reprise. 

Une rentrée dans les mêmes conditions que celles de septembre 

Arrivées, départs et récréations décalés, une salle attitrée par classe, distanciation sociale, masque pour les plus petits... Laurie Rohart, déléguée syndicale SNES Nord (Syndicat national des enseignements de second degré), reste pessimiste quant à la faisabilité de ces mesures sanitaires.

"C'est bien que les écoles restent ouvertes, mais rien n'a changé, cette rentrée se fait dans les mêmes conditions que celles de septembre, regrette-t-elle. Tous les établissements ne sont pas égaux en terme d'application des mesures sanitaires", en fonction notamment de l'espace et du nombre de personnes par salle.  
 
Elle souligne également le manque de moyens, la suppression de certains postes dans son établissement et l'absence de recrutement de personnel, comme les surveillants. "On demande plus de professeurs et de personnels encadrant depuis juin. Le gouvernement veut renforcer les mesures sanitaires, mais on nous donne ni moyens supplémentaires, ni de réelles solutions pour y arriver", s'indigne la déléguée syndicale, contrainte de faire cours à des classes de plus de 30 élèves, sans distanciation sociale ni dédoublement des effectifs. 

Même constat pour Jean-François Caremel, secrétaire académique du SNES-FSU à Lille. "Certains lycées dans le Nord ne peuvent pas mettre en place de distanciation sociale, les effectifs sont moins nombreux du côté du personnel", explique-t-il. Au lycée Raymond Queneaud de Villeneuve-d'Ascq, les professeurs ont même exercé leur droit de retrait, à cause du protocole sanitaire impossible à faire respecter, à l'absence de personnel d'entretien, et au manque de temps pour préparer l'hommage à Samuel Paty". 
 

Dans l'état des choses, on ne peut pas et assurer la sécurité sanitaire et la qualité des enseignements dispensés par les professeurs en même temps, il faut choisir.

Jean-François Caremel, secrétaire académique du SNES-FSU

"Ce protocole sanitaire n'est pas applicable"

Dans les établissements du secondaire où certaines classes dépassent les 30 élèves, il est difficile, voire impossible dans certains cas, de mettre en place un protocole sanitaire. "On a supprimé le dédoublement des effectifs dans des collèges et lycées pour permettre à chaque classe d'avoir une salle attitrée, explique Laurie Rohart. Une classe attitrée, c'est quand même une trentaine d'élèves regroupés dans une même pièce sans distanciation sociale."

Cette situation est partagée par de nombreux établissements de la région. "Ce protocole sanitaire n'est pas applicable : soit on rend impossible l'aspect sécurité, soit on rend impossible le travail des professeurs, analyse Jean-François Caremel. Dans l'état des choses on ne peut pas, et assurer la sécurité sanitaire, et la qualité des enseignements dispensés par les professeurs en même temps, il faut choisir."

Au lycée Mariette de Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, des photos de lycéens entassés dans le hall du refectoire ont prouvé que de nombreux établissements n'étaient pas en capacité de faire respecter des mesures sanitaires renforcées, surtout en l'absence de moyens supplémentaires de la part du gouvernement. 
 
Au lycée-collège Baudelaire à Roubaix, des professeurs du lycée ont déposé un préavis de grève pour demain, mardi 3 novembre, à cause de "l'impossibilité de faire respecter le protocole sanitaire, de la situation à Roubaix, où le taux d'incidence est très élevé et à l'annulation de la réunion pour organiser l'hommage à Samuel Paty", énumère Tiphaine Colin, enseignante d'économie affiliée au syndicat SNES-FSU. 
 

On nous a refusés les deux heures banalisées vendredi soir pour préparer l'hommage, après nous avoir dit qu'elles allaient avoir lieu.

Laurie Rohart, déléguée syndicale SNES Nord

Une désorganisation également remarquée pour l'hommage à Samuel Paty

Cette rentrée a été également marquée par l'hommage national à Samuel Paty dans les écoles. L'assassinat de ce professeur d'histoire-géographie par un terroriste le 16 octobre dernier avait choqué le pays.

Une minute de silence a eu lieu dans les salles de classe à 11 heures ce lundi matin. Le texte de Jean Jaurès, La lettre aux instituteurs et institutrices, a également été lue aux professeurs. 
Néanmoins, cet hommage, respecté par les élèves, a également été marqué par une absence d'organisation au niveau du ministère de l'Education dans de nombreux établissements. "On nous a refusés les deux heures banalisées vendredi soir pour préparer l'hommage, après nous avoir dit qu'elles allaient avoir lieu, regrette Laurie Rohart. Il y a un mépris flagrant envers le corps enseignant."

En n'imposant pas de temps d'échange entre les professeurs, "chaque intervention s'est faite de façon disparate, il n'y avait aucune coordination, déplore Jean-François Carmel. On se retrouve avec des élèves et des professeurs angoissés à la fois par les conditions sanitaires et l'assassinat de Samuel Paty, qui a tourné en boucle". Laurie Rohart confie que des collègues ont même "craqué et fondu en larmes". 

"Une rentrée horrible", selon la déléguée syndicale, qui n'a pas fini de faire réagir professeurs et élèves. 
 

 

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