Déconfinement - Désinfection des locaux, animateurs plus nombreux, jeux adaptés : le casse-tête des centres de loisirs

Alors qu'un enfant sur trois ne part pas en vacances chaque année, selon les chiffres officiels, le secteur de l'accueil de loisirs tient pendant l'été une place prépondérante. Mais cette année, le secteur est dans l'incertitude, confronté aux contraintes engendrées par les protocoles sanitaires.
 
Entre la taille réduite des groupes d'enfants et le respect des gestes barrières, de nombreuses communes envisagent de réduire leur accueil de loisirs cet été.
Entre la taille réduite des groupes d'enfants et le respect des gestes barrières, de nombreuses communes envisagent de réduire leur accueil de loisirs cet été. © LA PROVENCE/MAXPPP

A trois semaines des vacances, dans de nombreuses communes picardes, une seule certitude : "Ça va bidouiller un peu." Après le casse-tête de la distanciation en classe s'apprête à surgir celui des centres de loisirs estivaux. Les jeux, les sorties, les temps de vie... Toute l'organisation doit être repensée pour souscrire au protocole émis par le ministère.

"C'est déjà problématique dans les écoles maternelles et dans les écoles primaires, souligne Alain Vasselle, président de l'Union des maires de l'Oise, alors je vous laisse imaginer dans les centres de loisirs, qui sont des centres dans lesquels les enfants sont appelés à vaquer à des occupations diverses et variées, à des jeux. Il y a inévitablement de la promiscuité qui se fait."

"En mode garderie"

Résultat, de nombreuses communes envisagent de réduire la voilure, d'autant que certains parents restent frileux à l'idée de confronter leur enfant à la vie en collectivité dans les semaines à venir. "Les premiers sondages qui ont été faits laissent apparaître un bon tiers de parents qui voudraient y mettre leurs enfants, souligne le représentant des maires de l'Aisne, Pierre-Jean Verzelen. Et en général, les collectivités privilégient évidemment les enfants des parents qui travaillent, pour les arranger." 

Pour les enfants qui passeront l'été dans ces petits comités, l'élu craint de toute manière un service dégradé. "Il est évident que ça ne va plus être : "On monte à 40 dans un bus pour aller visiter un parc ou un lieu culturel", abonde-t-il. C'est évident que ça ne va pas être le match de foot dans une salle des fêtes. On va plutôt être en mode garderie. Après il va falloir trouver les bonnes activités qui évitent le fait qu'il y ait trop de contacts.

Des surcoûts problématiques

Or à la contrainte sanitaire vient se coupler la tension financière. La mise en place des gestes barrières pour les enfants comme pour le personnel fait déjà craindre un surcoût pour les collectivités et les associations qui gèrent les centres. "Ça pèse, reconnaît Gauthier Herbomel, délégué régional de l'UFCV, qui gère une trentaine de centres dans les Hauts-de-France. Dans le protocole de départ, il fallait des virucides, il fallait des masques pour quatre heures... On a estimé [le coût] entre trois et cinq euros par jour et par animateur."

"Ça veut dire qu'il faut du personnel en nombre suffisant à la fois pour l'encadrement, la surveillance des enfants, et la désinfection régulière des locaux, des toilettes, des sanitaires, là où les enfants sont appelés à développer leur activité, liste Alain Vasselle. Ça, ça a un coût en termes d'encadrement. Et ensuite, il faut des locaux qui soient adaptés." Par exemple la cantine, où la mulitplication des services est envisagée pour éviter que les enfants ne se croisent. 

D'autant que les associations, qui s'occupent souvent, en sus des colonies de vacances, de ces accueils de loisirs sans hébergement (ALSH), ont vu leur fonctionnement bouleversé par la pandémie. Le confinement printanier a mis à mal la formation BAFA de nouveaux animateurs, dans un secteur où le turn over est traditionnellement important. 

"Se retrouver et jouer ensemble"

C'est donc une grande disparité qui règne entre ces organismes, selon Stéphane Depoilly, le directeur du Comité régional des associations de jeunesse et d’éducation populaire (CRAJEP) : "Certains sont organisés pour démarrer. D'autres sont en cours d'organisation. D'autres savent que, de toute manière, ils n'auront pas une activité complète. D'autres n'ont pas pu remettre en place parfois leur activité parce que coûts trop élevés et manque d’animateurs."

Face à cet "été pas comme les autres", Gauthier Herbomel préfère toutefois rester optimiste : 

De toute façon, il y a aussi beaucoup de sorties, de choses comme ça, qui pèsent pas mal dans les budgets qui ne sont pas possibles. Donc il faut rééquilibrer les choses et redonner aux animateurs leur ADN. Ils sont capables de faire des animations sans tous les jours aller sur une activité de consommation. Ce dont les gamins ont besoin, c'est de se retrouver et jouer ensemble.

D'autant que les lignes du déconfinement bougent vite ces dernières semaines. Il y a quelques jours, le gouvernement annonçait ainsi une aide de 30 millions d'euros à destination des centres de loisirs locaux dans le cadre du plan "vacances apprenantes". "On verra quelles sont les instructions dans un mois, peut-être que les choses vont se détendre un peu", espère Pierre-Jean Verzelen. Il sera alors question de se pencher sur la rentrée de septembre.  

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