Elections régionales : les couteaux sont tirés

Cette fois, la campagne des élections régionales est bel et bien lancée. Les couteaux sont tirés entre Xavier Bertrand et le Rassemblement National. La séance plénière du Conseil Régional des Hauts-de-France, jeudi 4 février, a donné lieu à d’incessants et violents accrochages.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © Radio France/Maxppp

Même sur les quelques dossiers où ils pourraient éventuellement s’entendre, Xavier Bertrand et Philippe Eymery, le président du groupe RN au conseil régional, trouvent le moyen de s’écharper. C’était le 4 février dernier à Lille, en fin de séance plénière du conseil régional. Il est 19 heures. Surgit dans le débat (si on peut utiliser ce mot…) la question des éoliennes. Les Hauts-de-France semblent en faire une overdose. A droite comme à l’extrême-droite, quasiment plus aucun élu n’en veut sur le territoire. Ni sur terre ni sur mer.

En l’occurrence, ici, c’est le Rassemblement National qui demande le vote d’une motion pour soutenir la région voisine de Normandie, contre le futur parc éolien offshore de Dieppe-Le Tréport. Refus de la majorité. Le ton monte. Un élu frontiste traite Christophe Coulon, vice-président du conseil régional, de "doberman". Et Xavier Bertrand, jusque ici plutôt calme, monte dans les tours : "Non Monsieur Eymery, jamais je n’accolerai mon nom à côté du votre, ni sur une motion ni sur rien d’autre. Jamais ! Nous n’avons rien en commun. Je n’aime ni vos méthodes, ni vos façons de faire, ni vos idées."

 "Gros sabots"

Philippe Eymery jubile. Depuis le matin, lui et son groupe entretenaient un feu roulant. En vieux briscard de la politique qui toute sa vie a été un élu d’opposition féroce et pointilleux, usant d’un ton de voix monocorde, jouant le procureur imperturbable et sûr de ses preuves, infatigable, Philippe Eymery excelle dans l’art d’appuyer là où ça fait mal.  A cinq mois des élections régionales, il a vite fait de transformer l’hémicycle en tribune. Quitte à ressortir les vieux cadavres du placard, comme le dispositif "Proche Emploi" lancé par Xavier Bertrand juste après son élection du 13 décembre 2015. Sujet éculé mais sujet sensible. Pour la énième fois, l’opposition rappelle au président de région qu’il n’a pas tenu sa promesse qui était de sortir du chômage, en six mois, 60 000 personnes. "Une faillite" lance Philippe Eymery. "J’assume" lui répond Xavier Bertrand, qui ne se défausse pas.

Vient ensuite le tour du Brexit. La région aurait échoué – selon le RN – à attirer les entreprises britanniques soucieuses de ne pas se couper des marchés européens. Comme la Commonwealth Bank of Australia qui déménage de Londres à… Amsterdam. Réponse de Xavier Bertrand : "je vous vois venir avec vos gros sabots. Le Brexit ne date que d’un mois…"

Puis on passe aux aides aux entreprises. Saignant. Le RN critique tous les choix faits par le conseil régional. Pourquoi des subventions plutôt que des avances remboursables ? Pourquoi des grosses sociétés plutôt que des PME, des artisans et des commerçants ? Pourquoi cette entreprise qui semble fragile, ou celle-ci qui appartient à un grand groupe étranger ?

Las, Xavier Bertrand publiera dans la foulée de la plénière un tweet pour expliquer que la séance du jour aura permis d’aider 24 entreprises des Hauts-de-France, de consolider une centaine d’emplois et d’en créer un demi-millier.

Sulfateuse à « fake-news »

Ce n’est pas fini. On passe ensuite aux masques en tissu réutilisables que la région a commandés, pour 10 millions d’euros, à l’entreprise d’insertion Résilience. Masques qui – selon le RN – ne répondaient pas aux normes de qualité annoncées. "Tromperie sur la marchandise" avance l’opposition. Xavier Bertrand regimbe. « Il est piqué » ironise Philippe Eymery.

Ça va durer comme ça une journée entière. Pour Christophe Coulon, le RN est "une sulfateuse à fake-news". Et son président prévient qu’il "ne laissera rien passer", qu’il n’hésitera pas à attaquer les propos jugés diffamatoires. Philippe Eymery moque "les mimiques théâtrales de l’exécutif". On entend des mots comme "menteurs", "girouette", "fausses factures", "malhonnêteté intellectuelle", "calomnie", "marchés de dupes", "incompétences"… etc. Un festival.

Excédé, Xavier Bertrand tente l’ironie comme soupape de décompression. On le sent proche de l’explosion quand Philippe Eymery transforme les débats en meeting de campagne. "Votre bilan est un non-bilan" lui assène Philippe Eymery avant d’énumérer les grands dossiers sur lesquels – selon lui - l’exécutif a échoué tout au long de ces cinq ans de mandat : le barreau Roissy-Creil, le Réseau-Express- Grand-Lille et le Canal Seine-Nord.

"Je n’ai même pas envie de répondre" commence le président de région. Puis il se tourne vers ses services techniques et feint de leur reprocher l’organisation de son planning. "Vous auriez dû me libérer du temps. J’aurais pu moi-même creuser le canal et poser les rails". Le ton est grinçant.

C’est le Verdun de la politique, avec, au milieu de la bataille, l’émergence soudaine d’un petit moment de grâce. Une trêve. Le frontiste Michel Guiniot, également conseiller départemental de Noyon, évoque alors les crues spectaculaires dans l’Oise et les inondations à répétition qui frappent son canton. Notamment la commune d’Appilly, en partie sous l’eau. Xavier Bertrand acquiesce et compatit. Et conclut en se tournant vers Michel Guiniot : "quand on parle des gens, on peut avoir un langage commun".

Ouf.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
région hauts-de-france politique élections régionales élections