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En Belgique, les nationalistes flamands se radicalisent face aux migrants

Bart de Wever, leader de la NVA. / © AFP
Bart de Wever, leader de la NVA. / © AFP

Des accords de Schengen "cliniquement morts", une révision de la Convention de Genève sur les réfugiés "à débattre": le chef des nationalistes flamands, Bart De Wever, durcit le ton envers les migrants sur fond d'érosion de sa popularité au profit du parti d'extrême droite Vlaams Belang.

Par Emmanuel Magdelaine

Arrivée en tête des législatives de mai 2014 avec 32,4% des voix en Flandre, la Nouvelle alliance flamande (NVA) de Bart De Wever est le plus grand parti de la coalition de droite dirigée par le Premier ministre libéral francophone Charles Michel. Mais le parti nationaliste, qui prône l'indépendance à terme de la Flandre, paie sa participation au pouvoir, qui oblige ses représentants au gouvernement à organiser bon gré mal gré l'accueil de dizaines de milliers de réfugiés en Belgique, principalement syriens et irakiens.

Selon un sondage récent, la N-VA recule de 5 points, n'enregistrant plus que 27,5% des intentions de vote côté néerlandophone. Dans le même temps, le parti d'extrême droite Vlaams Belang ("L'Intérêt flamand"), au discours anti-immigration décomplexé, reprend du poil de la bête. De 5,8% en Flandre aux législatives de l'an dernier, il remonte à 9,7% dans ce sondage, publié le week-end dernier dans le quotidien La Libre Belgique.

Le sulfureux Vlaams Belang (ex-Vlaams Blok) reste encore très loin de son apogée d'il y a une dizaine d'années, lorsqu'il séduisait un quart des électeurs flamands. Mais il a réussi un joli coup politique en accueillant la semaine dernière à Bruxelles la chef du Front national français Marine Le Pen, qui réclame comme lui le rétablissement des contrôles aux frontières et agite la "menace" d'une immigration musulmane incontrôlable.

"Raccourcis"

Invité cette semaine à prononcer une leçon inaugurale devant les étudiants de l'Université de Gand, M. De Wever a prôné une réduction des droits sociaux des réfugiés accueillis en Belgique, quitte à remettre en cause certaines règles internationales. "La Convention (de Genève) garantit un même accès à la sécurité sociale que celui qui vaut pour les propres ressortissants" du pays d'accueil, a-t-il observé. "Mais la sécurité sociale de 1951 n'est pas comparable à l'actuelle", a ajouté le leader de la N-VA. "Nous devons réfléchir à un statut qui permet d'acquérir un droit après l'autre", a-t-il plaidé, en faisant allusion à une proposition de son parti d'échelonner dans le temps l'octroi des allocations familiales aux réfugiés.

"Je dis que la Convention de Genève n'est pas uniquement la solution, c'est aussi une partie du problème", a-t-il insisté, estimant nécessaire d'"ouvrir le débat" sur cette Convention adoptée par 146 pays, dont la Belgique. Sans surprise, l'opposition de gauche a fustigé les propositions de Bart De Wever.
"Intolérable ! Ses propos flirtent avec l'extrême droite. Son objectif est de capter les voix du Vlaams Belang", a lancé le président du Parti socialiste francophone, Elio Di Rupo.

Mais même au sein de la majorité gouvernementale, ses idées ont été accueillies fraîchement. Il est "irréaliste" de vouloir revoir la Convention de Genève, a réagi le vice-Premier ministre chrétien-démocrate flamand Kris Peeters, en estimant que les "raccourcis" de Bart De Wever entraînaient "les gens sur la mauvaise voie". Le Premier ministre Charles Michel s'est abstenu de tout commentaire. Mais le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders, libéral comme lui, a défini la ligne du seul parti francophone de la coalition, qui n'a aucun intérêt à faire tomber le gouvernement à quatre ans des prochaines législatives.

"J'essaie de travailler au sein du gouvernement", a commenté sobrement M. Reynders mercredi à la télévision publique RTBF. Sous-entendu: sans
se préoccuper outre mesure des déclarations d'un chef de parti, même s'il s'agit de Bart De Wever.

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