Handicapés français pris en charge en Belgique : peut-on mettre fin à l'exil ?

Faute de structures adaptées en France, plus de 6 500 Français handicapés sont accueillis dans des institutions en Belgique. L'association Unapei, qui les défend, a décidé d'interpeller les députés avant l'examen du budget 2016 de la Sécurité sociale.

Plus de 6 500 enfants et adultes français handicapés doivent s'exiler en Belgique, dans des institutions qui pour certaines ne fonctionnent que grâce aux Français. Pour beaucoup de ces personnes, ce départ vers la Belgique n'est pas un choix mais un exil forcé, faute de structures adaptées en France.

L'association Unapei, qui défend les personnes handicapées et leur famille, a remis  mardi un livre noir aux députés qui examineront le budget 2016 de la Sécurité sociale, intitulé "Les bannis de la République". «Nos concitoyens en situation de handicap, et notamment les plus sévèrement atteints, sont bannis de notre République, et aujourd'hui cela prend des proportions inacceptables», dénonce Christel Prado, présidente de l'Unapei, soulignant que le retard français remonte à «des décennies».

Le développement des "usines à Français"

Ophélie Duquesne a 19 ans. Atteinte d'une maladie génétique neurologique, sa famille vit à Labeuvrière près de Béthune. Faute de place en France, la jeune femme est accueillie du lundi au vendredi par un institut médico-éducatif belge à près de 100km de là. Son accueil en Belgique est financé par la France, via la sécurité sociale, à hauteur de 3800 euros par mois.
"Ça fait 13 ans que nous l'amenons au bus qui la conduit en Belgique le lundi, on a pas le choix", explique son père, Christophe Duquesne, "mais pourquoi on ne bâtit pas en France des structures pour éviter ça?"

Le système belge ne cesse ne se développer. On surnomme même certains établissements les "usines à Français". Depuis un accord franco-wallon entré en vigueur en mars 2014, des inspecteurs français peuvent y effectuer des contrôles. A Blandain, un projet est récemment sorti de terre en 10 mois, là où un projet équivalent français mettrait 10 ans.
L'Unapei ne condamne pas la Belgique mais bien la politique française du handicap qui impose cet exil malgré de nombreux rapports ces dernières années.

Aucune solution entre Dunkerque et la Chapelle d'Armentières

Certaines familles refusent pourtant cet exil forcé et préfèrent garder chez elles lorsqu'elles le peuvent leur enfant handicapé devenu adulte dans l'espoir d'obtenir une place. C'est le cas d'un couple à Hazebrouck qui attend depuis plus de 10 ans une place pour leur fille âgée de 31 ans. Un projet de maison d'accueil spécialisé à Hazebrouck qui aurait permis de créer 69 emplois a été retoqué par l'Etat, faute de budget et alors qu'aucune structure d'accueil de ce type n'existe entre Dunkerque et la Chapelle d'Armentières.
"C'est honteux, nous on va vers nos 70 ans , mais s'ils nous arrivent quelque chose, que va devenir notre fille? Il nous faut des solutions maintenant, pas dans 20 ans, c'est urgent" réclame le couple.

15 millions d'euros : la réponse du gouvernement

La semaine dernière, Ségolène Neuville, secrétaire d'Etat aux personnes handicapées a annoncé le déblocage de 15 millions d'euros supplémentaires en 2016 pour créer des places dans des établissements existants en France ou développer les services à domicile. Une annonce saluée par l'Unapei mais qui paraît dérisoire au regard des 250 millions d'euros déboursés chaque année par l'assurance maladie et les départements pour financer la prise en charge en Belgique. L'Unapei propose de son côté d'instaurer une taxe sur les cigarettes électroniques qui pourrait rapporter selon elle 90 millions d'euros et financer de nouveaux établissements.

Un reportage de Marie-Candice Delouvrié et Antoine Morvan.

Les chiffres du livre noir du handicap, remis aux députés ce mardi par l'Unapei
11 038 personnes handicapées sans solutions en Nord Pas-de-Calais selon le réseau des associations "Papillons blancs" dont 2 242 enfants.
47 427 personnes sans solutions en France
6 500 personnes accueillies en Belgique,  dont 2500 issus du seul Nord Pas-de-Calais (source ARS juillet 2015).
4000 emplois en Belgique financés par la France (estimation Unapei).
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