“J'en ai marre de subir la logique de la SNCF” : le maire de Templeuve-en-Pévèle a remis sa démission

Le maire de Templeuve-en-Pévèle a remis sa démission au préfet ce vendredi matin. / © Jean-Marc Vasco / France 3 Hdf
Le maire de Templeuve-en-Pévèle a remis sa démission au préfet ce vendredi matin. / © Jean-Marc Vasco / France 3 Hdf

Le maire de Templeuve-en-Pévèle (Nord), au sud de Lille, a présenté vendredi sa démission pour protester contre la nouvelle grille SNCF prévoyant la suppression de 17 trains par jour dans sa commune, regrettant avoir été "mis devant le fait accompli". Nous nous sommes entretenus avec l'élu nordiste.

Par Cécile Sauzay

Près de 20 ans comme maire, et 35 comme membre du conseil municipal. Pourtant mercredi matin, Luc Monnet a pris sa décision "sur un coup de tête". Échauffé par sa rencontre avec les dirigeants locaux de la SNCF, forcé de reconnaître son impuissance en tant qu'élu. Mercredi soir, celui qui dirige depuis 2001 cette commune de 6.000 habitants lâche une bombe à la fin du conseil municipal : c'est décidé, il va démissionner pour protester contre la nouvelle grille TER mise en place par la SNCF à partir du 15 décembre. Nous l'avons rencontré pour tenter de comprendre.

"Une injustice sur le fond"

Située à 15 km au sud de Lille, la gare de Templeuve voit passer près de 2.000 passagers par jour. "C'est une des 20 gares les plus importantes des Hauts-de-France, souligne l'élu. Je trouve que c'est donc une injustice sur le fond."

"La nouvelle grille horaire prévoit de ramener les trains de trois à deux par heure aux heures de pointe (...) Je ne m'attendais pas à ce que ma commune soit sacrifiée de cette manière", a déclaré M. Monnet. "Il n'y a eu aucune concertation avec la SNCF depuis des semaines et des mois, je n'ai jamais été associé ni consulté, a-t-il déploré.

L'édile dit avoir tenté de les contacter par tous les moyens. Selon lui, la seule réponse qu'il ait obtenue était le rendez-vous de mercredi, dans son bureau. Deux heures de tête-à-tête avec le directeur d'exploitation et le directeur régional de la SNCF, le vice-président de l'intercommunalité et le président de la commission des transports à la Région. Un entretien pendant lequel Luc Monnet comprend qu'il se trouve devant un mur. 

Les représentants de la SNCF expliquent pourtant que les rames seront rallongées, et plus modernes. En supprimant cet arrêt, la liaison Lille-Valenciennes subira moins de retards, moins de pannes aussi. "On est mis devant le fait accompli", regrette le maire démissionnaire. "Je me dis que j'ai fait tout ça pour finalement entendre 'c'est comme ça et fermez-là'. 
 

Un retour en arrière pour les périphéries

Pour les habitants de Templeuve-en-Pélève, la suppression de ces trains quotidiens est "une régression brutale et non méritée". La ville s'est notamment developpée grâce à la liaison ferroviaire avec Lille et Valenciennes. "Cela se joue à quelques kilomètres. Nous sommes aux portes de la Métropole lilloise mais nous n'avons pas le réseau suffisant pour nous rabattre sur ses transports en commun", indique le nordiste. 

Le maire craint de subir le sort de certaines villes périphériques françaises, autrement dit voir passer l'autoroute et les trains, en subir les nuisances, sans jamais pouvoir en profiter. "Cela fait aussi trente ans que l'on demande un échangeur sur l'autoroute A23, regrette-t-il. C'est un effet d'accumulation qui m'a poussé à écouter mon instinct et à dire : 'j'en ai marre de subir'". 

À la mi-octobre, la mairie lance une pétition, qui recueille près de 6.000 signatures en quelques jours, soit l'équivalent de la population de la ville. 

Signez la pétition

La SNCF va mettre en place, à compter du 15 décembre 2019 ses nouveaux horaires. Alors que plus de 650 000 passagers par an utilisent le train en gare de Templeuve-en-Pévèle (l'une des plus fréquentées de la Région), la SNCF annonce la suppression de 17 arrêts quotidiens (7 dans le sens Templeuve-en-Pévèle-Lille et 10 dans le sens Lille-Templeuve-en-Pévèle).

Soutien officiel de la part de la Région


Franck Dhersin, vice-président de la région chargé des transports, qui avait d'abord souhaité "laisser une chance à cette grille", a assuré Luc Monnet de son soutien total, tout en rappelant "la très forte difficulté des négociations avec la SNCF". "Tout le monde veut arriver à Lille au même moment, il
faut faire des choix
", a-t-il affirmé vendredi à l'AFP, expliquant que cette nouvelle grille horaire "vise à sauver d'autres trains du sud du département".

Par ailleurs, "il y a 55 trains par jour entre Templeuve et Lille et un toutes les demi-heures en heures de pointe, c'est plus que Dunkerque", a-t-il rappelé.

"Nous sommes aux côtés de Luc Monnet dans son combat. La SNCF doit maintenir un arrêt à 7h44 en gare de Templeuve ! Cet arrêt est essentiel pour les nombreuses personnes qui travaillent dans la métropole", avait tweeté jeudi le président des Hauts-de-France, Xavier Bertrand (ex-LR).
 

Pourtant, pendant 18 mois, l'instance régionale a négocié une convention sur les TER avec la SNCF, lequel document a officiellement été présenté le 15 octobre dernier. Il s'agit d'un contrat sur 5 ans (2019-2024) qui entérine 500 millions d'euros d'investissement par an de la part des Hauts-de-France, mais qui acte également l'ouverture de 20% de l'offre régionale à la concurrence à partir de 2023. 
 


Les deux partenaires cherchent officiellement à augmenter de 10% le nombre de voyageurs en l'espace de six ans. C'est pour cette raison que 80 trains quotidiens supplémentaires seront déployés dans plusieurs gares du réseau régional. Sauf à Templeuve-en-Pélève. 

Retrouvez ci-dessous le reportage de Laurent Navez, Jean-Marc Vasco : 
 

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