Langues régionales : pourquoi le picard et sa variante du Nord le ch'ti ne sont pas enseignés à l'école

L'Agence régionale de la langue picarde et l'Institut de la langue régionale flamande organisent une manifestation devant le rectorat de Lille samedi 29 mai. Ils réclament la mise en place d'un enseignement de ces langues à l'école, au même titre que le breton et le corse.

En picard, la "Déclaracion d'chés drots d'el fanme pi d'el chitoïenne"
En picard, la "Déclaracion d'chés drots d'el fanme pi d'el chitoïenne" © FTV

Le saviez-vous ? Il est possible de passer une épreuve de breton, de basque ou de corse au bac, mais pas de picard. Pourtant la langue picarde, aussi appelée ch'ti pour sa variante du département du Nord, est reconnue comme une langue régionale de France. Elle est parlée dans toute la région Hauts-de-France, ainsi que dans une partie de la Marne et de la Belgique. 

"Le picard fait partie du patrimoine, de la vie intime"

En l'absence d'études récentes, il est difficile de dire combien de personnes parlent aujourd'hui le picard ou le comprennent. On sait simplement que le nombre de locuteurs a fortement chuté, la pratique du picard en dehors du cercle familial étant mal vue voire réprimandée au cours du XXème siècle. L'Unesco l'a d'ailleurs placé dans la catégorie des langues "sérieusement en danger". "Mais les gens sont attachés au picard, même ceux qui ne le parlent pas, assure Olivier Engelaere, directeur de l'agence régionale pour la langue picarde. Ca fait partie du patrimoine, de la vie intime des habitants, de leurs liens avec les grands-parents. Ils ont gardé des expressions dans leur quotidien : quand on parle de rèderie, on parle picard."

Alors pourquoi le picard n'est-il pas enseigné à l'école, en dehors de quelques ateliers ou initiatives d'enseignants ? Il s'agit d'une décision de l'Education nationale. Dans une circulaire de 2017, le ministère a précisé la liste des langues régionales qui pouvaient faire l'objet d'un enseignement officiel, avec un crédit d'heures allouées. C'est ce qui permet par exemple l'existence des écoles Diwan, qui proposent un enseignement bilingue français-breton. Dans cette liste, sur les 75 langues régionales officiellement identifiées en France, on trouve plus d'une quinzaine de langues parlées dans l'Hexagone ou dans les territoires d'outre-mer... mais pas le picard. 

Pourquoi ? "Il y a peut-être eu plus de militantisme dans d'autres régions que dans la nôtre à l'époque, estime Olivier Engelaere. Dans la liste, on trouve les deux langues bretonnes, le breton celtique, et le gallo, qui est d'ailleurs proche du picard. Les Bretons ont su se mobiliser. Il y a eu plusieurs vagues de reconnaissances des langues régionales dans les dernières décennies, et dans les années 80, le picard a failli entrer à l'école ! Il y a même eu des expérimentations, mais ça n'a pas duré."

Vers un enseignement officiel du picard ? 

Alors aujourd'hui, pour apprendre le picard, il faut compter sur des activités extrascolaires ou, plus tard, aller à l'université Picardie-Jules Verne, qui propose cette option. Mais Olivier Engelaere reste optimiste. "Les lignes sont en train de bouger, je suis assez confiant. Je pense que dans les années, voire les mois qui viennent, on va pouvoir travailler avec l'Education nationale pour introduire une initiation au picard, pour commencer. Parce que ça s'organise, il faut former les enseignants, et ça, on ne peut le faire qu'en collaboration avec l'Education nationale."

En attendant, l'Agence régionale de la langue picarde propose des ressources et organise des réunions à destination des enseignants qui souhaiteraient faire entrer un peu de picard à l'école, à travers des ateliers ou des textes. 

Ce samedi 29 mai, elle organise une manifestation pour réclamer son inscription sur cette fameuse liste des langues enseignées dans les établissements scolaires, aux côtés de l'institut de la langue régionale flamande. En effet, si le flamand occidental est considéré comme moins en danger par l'Unesco, car plus pratiqué par les nouvelles générations, il ne figure pas non plus dans la circulaire de l'Education nationale.

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