Les chasseurs des Hauts-de-France ont choisi Amiens, ville de Pompili, en réponse à l'appel national à la manifestation

Les chasseurs sont appelés à se mobiliser par la fédération nationale partout en France samedi 18 septembre, notamment à Amiens, où plusieurs milliers de manifestants sont attendus. Ils réclament notamment la démission de leur ministre de tutelle Barbara Pompili.

Les manifestations de chasseurs prévues samedi 18 septembre s'annoncent comme les plus importantes depuis plusieurs années. Des dizaines de milliers d'entre eux devraient défiler dans les rues de Mont-de Marsan (Landes), Caen (Calvados), Orléans (Loiret), Charleville-Mézières (Ardennes), Redon (Ille-et-Vilaine) et Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence).

A Amiens, elle est "susceptible de rassembler plusieurs milliers de personnes. D’importants flux de bus, de voitures et de personnes sont ainsi attendus dès 8h du matin et en début d’après-midi", selon la préfecture de la Somme.

Des bus partis de tous les Hauts-de-France devraient ralier le parc de la Hotoie dans la plus grande ville de la Somme, département dont Barbara Pompili a été députée entre 2017 et 2020 jusqu'à sa nomination en tant que ministre de la Transition écologique, en charge notamment des questions relatives à la chasse.

Car Barbara Pompili est dans la ligne de mire des chasseurs à qui ils reprochent "un travail de destruction millimétré de [leurs] valeurs rurales" et dont la Fédération des Hauts-de-France, présidée par Willy Schraen (par ailleurs président de la fédération nationale), réclame la démission.

Imaginez un instant qu'on nomme ministre des Armées un antimilitariste objecteur de conscience. Là, c'est pareil : on nomme un ministre de tutelle qui n'aime pas les chasseurs.

Guy Harlé d'Ophove, président de la fédération des chasseurs de l'Oise

Moins radical, Guy Harlé d’Ophove, président de la Fédération des chasseurs de l’Oise assurait début août que Barbara Pompili pouvait "rester ministre de l'Environnement, ça ne nous gêne pas. Mais nous, on ne veut plus en faire partie. Parce qu'on a un ministre de tutelle qui nous trahit. Imaginez un instant qu'on nomme ministre des Armées un antimilitariste objecteur de conscience. Là c'est pareil : on nomme un ministre de tutelle qui n'aime pas les chasseurs".

Les chasses traditionnelles interdites par le Conseil d'Etat

Les rapports n'ont jamais été aisés entre les chasseurs et la ministre, ancienne adhérente des Verts et secrétaire d’État chargée de la Biodiversité sous François Hollande. Mais une décision du Conseil d'Etat début août a mis le feu aux poudres : saisie par la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et One Voice, la haute cour administrative a annulé plusieurs autorisations de chasse des vanneaux huppés, pluviers dorés, alouettes des champs, grives et merles noirs avec des filets (pantes, matoles) ou de cages (matoles), jugeant "que ces autorisations délivrées par le ministre chargé de l'Environnement ne sont pas conformes aux exigences du droit européen relatif à la protection des oiseaux".

Cette décision n'était en réalité qu'une application de la directive européenne "oiseaux" de 2009 qui interdit les techniques de capture massive d'oiseaux sans distinction d'espèces. Une dérogation était possible "à condition d'être dûment motivée et dès lors +qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante+ pour capturer certains oiseaux", rappelait le Conseil d'Etat. A noter que la chasse à la hutte, très pratiquée en baie de Somme, n'est pas concernée.

Les chasseurs défendent leur ruralité

Pour les chasseurs cette décision est vue comme une attaque contre la ruralité, dont ils se posent en défenseurs, face "une classe politique de plus en plus arrogante et de plus en plus hors des réalités quotidiennes", assure Guy Harlé d’Ophove.

Ce combat au nom de la ruralité met en colère les écologistes, autre cible des chasseurs. Dans un communiqué publié vendredi 17 septembre et justement intitulé Les chasseurs n'ont pas le monopole de la ruralité et de la liberté, EELV Picardie et Nord-Pas de Calais et les élus écologistes régionaux du Groupe "Pour le Climat, Pour l’Emploi" s'insurgent et affirment que "la ruralité appartient à toutes et tous et certainement pas aux seuls chasseurs, ou bien peu vivent réellement. Non représentatifs des attentes et des besoins de la majorité des ruraux, ils ne peuvent s’arroger une partie du territoire dont d’autres habitants souhaiteraient bénéficier en toute sécurité et tranquillité".

La chasse, enjeu électoral

A sept mois de la présidentielle, la chasse et la ruralité s'imposent comme des thèmes de campagnes majeurs. Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France et candidat à l'élection présidentielle n'hésite d'ailleurs pas à afficher son soutien plein et entier aux chasseurs sur les réseaux sociaux pour se démarquer d'Emmanuel Macron.

Le président de la République se sent-il en danger ? Mercredi 15 septembre, le gouvernement est en tout cas revenu sur la décision du Conseil d'Etat : le ministère de la Transition écologique a mis à consultation huit arrêtés pour la saison de chasse 2021-2022 jusqu'au 6 octobre. Ces arrêtés devraient sans surprise être à nouveau attaqués en référé devant le Conseil d'Etat par la Ligue de protection des oiseaux qui a exprimé sa "stupéfaction et [sa] colère".

Au ministère, on rappelle que la décision du Conseil d'Etat a été prise sur la forme et non sur le fonds, car "il a considéré que le gouvernement ne donnait pas suffisamment d'arguments pour justifier l'autorisation des chasses traditionnelles". 

Barbara Pompili ne souhaite pas lutter contre la chasse [mais] protéger la biodiversité

Entourage de la ministre

Il s'agit de "sortir par le haut du débat sur les chasses traditionnelles en permettant au juge de se prononcer définitivement sur leur conformité au cadre légal européen sur la préservation des oiseaux".

Dans l'entourage de Barbara Pompili, on assure qu'elle ne souhaite pas "lutter contre la chasse [mais] protéger la biodiversité. Ella a su prendre ses responsabilités en interdisant la chasse à la glu, clairement dangereuse pour la biodiversité".

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
chasse ruralité société politique