Un expert du jihadisme a estimé mercredi que le groupe Etat islamique (EI) n'avait "pas intérêt" en mai 2014 à revendiquer la tuerie du musée juif de Bruxelles car il n'était pas encore dans une logique de guerre avec les Occidentaux en zone irako-syrienne.
Au procès du Roubaisien Mehdi Nemmouche, accusé du quadruple assassinat commis le 24 mai 2014 au musée juif de Bruxelles, ses avocats s'appuient notamment sur l'absence de revendication de la tuerie par l'EI pour estimer qu'il ne s'agit pas d'un attentat.
Selon la thèse avancée par la défense, il s'agit d'une "exécution ciblée d'agents du Mossad" (les services secrets israéliens) visant Miriam et Emmanuel Riva, un couple d'Israéliens comptant parmi les quatre victimes. Une théorie jugée "complotiste" qui indigne les parties civiles.
L'accusation estime pour sa part que Nemmouche a commis les quatre assassinats, première attaque de l'EI sur le sol européen, après avoir combattu dans les rangs de ce groupe en Syrie.
Le califat pas encore proclamé
Mercredi, ont témoigné devant la cour d'assises de Bruxelles trois experts de la Syrie, du jihadisme et de la radicalisation afin de replacer les faits jugés dans le contexte du conflit syrien qui fait rage depuis 2011. Ils ont expliqué notamment que les bombardements contre les positions de l'EI par la coalition internationale menée par les Etats-Unis avaient commencé "en juillet-août 2014", peu après la proclamation du califat par son chef Abou Bakr al- agdadi fin juin à Mossoul (Irak).
En mai, a souligné Alain Grignard, expert belge du jihadisme, "l'Etat islamique existe mais le califat n'est pas encore proclamé, ce n'est pas très intéressant de revendiquer (une attaque en Europe) sachant qu'ils (l'EI) sont dans la logique de construction d'un territoire", pas encore dans celle de la réplique aux bombardements. "C'est une hypothèse", a nuancé le spécialiste, qui est aussi commissaire à la police fédérale.
Le silence de Nemmouche
Une partie des débats a aussi porté sur le "droit au silence" opposé par Nemmouche depuis quatre ans à toutes les interrogations sur les faits, un comportement jugé par certaines parties civiles typique des radicalisés.
Par ce silence, "Monsieur Nemmouche, est ce votre grand-mère que vous protégez, celle que vous appelez +maman+ ?", a interrogé la présidente. "Je ne vois pas ce que le sujet familial vient faire ici", a rétorqué l'accusé, "je ne vois pas en quoi ma grand-mère influerait sur mes déclarations".
Mehdi Nemmouche, un délinquant multirécidiviste de 33 ans radicalisé en prison, est accusé d'avoir abattu de sang- froid un couple de touristes israéliens, un jeune employé belge et une bénévole française le 24 mai 2014 au musée juif. Il est jugé depuis le 10 janvier avec Nacer Bendrer, un délinquant marseillais de 30 ans soupçonné de lui avoir fourni les armes.