Coronavirus : 13 000 euros récoltés lors d'une cagnotte en faveur des étudiants du Crous en grandes difficultés

Le président de l'ESBVA, club de basket de la métropole lilloise a lancé une cagnotte pour soutenir les étudiants du Crous dans cette période de confinement liée au coronavirus. Beaucoup ont perdu leur emploi étudiant et se retrouvent à devoir gérer seuls les courses et le loyer.

13 000 euros ont été réunis pour les étudiants du Crous mais la somme reste insuffisante pour les rassurer face aux mois à venir
13 000 euros ont été réunis pour les étudiants du Crous mais la somme reste insuffisante pour les rassurer face aux mois à venir © FRANCE 3 NORD PAS-DE-CALAIS
13 361 euros ont été récoltés à l'occasion d'une cagnotte organisée par l'ESBVA, club de basket de la métropole lilloise. Fermée depuis ce dimanche 26 avril, elle sera redistribuée en repas par le Crous de Lille.

"On avait déjà organisé une cagnotte pour récupérer du matériel pour les hôpitaux de la métropole et comme des joueuses du club de basket sont logées dans des logements du Crous, j'ai été mis au courant des difficultés des étudiants via le directeur du Crous, que je connais bien", explique Camelo Scarna, président de l'ESBVA.
 
Avec ces 13 000 euros, le directeur du Crous, Emmanuel Parisis a décidé de produire et distribuer 6 000 repas aux étudiants de Villeneuve d'Ascq. "Notre challenge, c'est de tenir dans la durée. La précarité va durer longtemps, au moins jusqu'à septembre. On a une grande majorité d'étudiants étrangers, notamment extra-communautaires qui ne pourront pas prendre l'avion pour revenir dans leur famille cet été".
 

"La question est surtout de savoir comment on va payer nos loyers."


Mais pour Boubacar, étudiant logé au Crous et bénévole aux Restos du coeur, les repas ne sont pas ce qui préoccupe le plus les étudiants. "Pour les repas, il y a le secours populaire, les restos du coeur qui viennent distribuer de la nourriture aux étudiants. Cette cagnotte est surtout une manière de dire 'on fait quelque chose' car le directeur n'avait jamais fait quelque chose comme ça auparavant", s'indigne t'il avant d'encourager les efforts fournis pas ce dernier.
 
 
"La question est surtout de savoir comment on va pouvoir payer nos loyers. Beaucoup d'étudiants ont perdu leur job avec le confinement, ils n'ont plus de moyen de payer leur logement. Même si le confinement se termine le 11 mai, il faut encore attendre que l'économie redémarre, que les étudiants candidatent avant de retrouver un emploi. Pour les plus chanceux, ils n'auront qu'avril, mai et juin à payer mais avec un contrat de 20 heures par semaine, ce n'est pas suffisant pour pouvoir tout rembourser", s'émeut cet étudiant très engagé dans les droits de ces camarades.

Le syndicat étudiant Unef a mis en place une pétition pour appeler à la suspension des loyers durant le confinement.
 
Depuis quelques semaines, les étudiants ont désormais la garantie qu'ils ne seront pas expulsés s'ils ont des retards dans le paiement de leur loyer et peuvent se rapprocher de l'agent comptable du Crous. Mais pour Boubacar, cette mesure reste insuffisante : "Il faut qu'on ait la possibilité, comme les étudiants du crous rentrés chez eux ne pas avoir à payer le loyer ce mois ci."
 

"La décision d'annuler les loyers ne peut venir que de l'Etat"


Une mesure très populaire auprès des étudiants mais compliquée voire impossible à mettre en oeuvre selon le directeur du Crous de Lille, Emmanuel Parisis. "Le sujet des loyers est très compliqué. Je comprends le stress des étudiants car ils ont, pour beaucoup, perdu un petit boulot ou étaient en attente de stage, et ont ainsi perdu leur moyen de subsistance. Mais la décision d'annuler les loyers ne peut venir que de l'Etat."
 

Amir* qui vit dans la résidence Galois depuis septembre est anxieux : "Le quotidien devient difficile, on est dans un espace de 9m², on a pas beaucoup de choses à faire de notre journée, on est isolé et la situation est instable. Avec le confinement, ma consommation de cannabis et d'alcool a augmenté."

Avant, il travaillait au noir et gagnait une vingtaine d'euros pour des journées de dix heures. "Au début de l'année, mon père me prenait en charge financièrement mais ce n'est plus le cas. Si le déconfinement se fait par étapes après le 11 mai, je n'arriverais pas à gérer les charges parce que ça deviendrait impossible. Je vais essayer de poursuivre mes études et aller jusqu'au bout mais rien n'est garanti", se désole-t-il.
 

Les distributions d'aides ont triplé


Face à ces situations de forte précarité, le directeur du Crous rappelle qu'il existe des dispositifs d'aide d'urgence financière : "On est l'un des Crous qui reçoit le plus d'aide de la part de l'Etat. Pour les étudiants en grande difficulté, à qui il manque deux à trois mois de loyer, on les incite à prendre contact avec l'assistante sociale pour qu'ils ne rentrent pas dans une spirale dans laquelle ils n'arrivent plus à sortir."
 
En cette période d'épidémie, les demandes d'aides explosent : "D'habitude, les commissions délivrent 20 000 euros d'aides par semaine, mais la semaine dernière, on est passé à 62 000 euros. On a essayé aussi de simplifier les dossiers de prise en charge pour que ce soit plus simple et plus rapide."

Si pour l'instant, la situation semble être sous contrôle pour Emmanuel Parisis mais il ne cache pas son inquiétude pour cet été : "Durant la période fin juillet - début août, les agents sont en vacances normalement. Il n'y était pas censé y avoir de commissions d'aide sur cette période, et les associations voudront sûrement aussi légitimement souffler. Il faudra donc s'organiser car une grande majorité des étudiants resteront dans leur logement Crous jusqu'à la rentrée universitaire."

*Les prénoms ont été modifiés

 
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