Des milliers de motards manifestent dans les Hauts-de-France contre le contrôle technique obligatoire : "il est inutile, inopérant et coûteux"

Les motards des Hauts-de-France ont roulé dans la région, à Calais et Amiens notamment, pour protester contre l'instauration d'un contrôle technique obligatoire dès ce lundi 15 avril 2024. Ils dénoncent entre autres un décret "inutile" et un racket.

Plusieurs milliers de motards ont manifesté ce samedi 13 avril 2024 dans les Hauts-de-France contre l'entrée en vigueur, dès lundi, du décret d'application du contrôle technique obligatoire pour les deux et trois roues.

Cette nouvelle obligation est issue d'une directive européenne. Elle concernera dans un premier temps les motos avant 2017. Mais de nombreux motards sont formels : ils ne feront pas contrôler leur moto.

"On est plutôt dans l'extorsion de fonds"

"Nous considérons, chiffres et expérience à l'appui, que ce contrôle technique ne servira pas à améliorer la sécurité du monde motard", déplore Frédéric Condroyer, coordinateur de la Fédération française des motards en colère du Pas-de-Calais. Lui et ses collègues, présents à Calais pour manifester ce samedi 13 avril, considèrent qu'il s'agit davantage d'une "extorsion de fonds" et de "racket".

Ils prônent "depuis toujours" la formation, le partage de la route, la vérification de leurs motos, "chose que nous faisons nous-mêmes et qui permet de régler les problèmes techniques".

On n'a pas besoin d’être un technicien de contrôle technique qui sort de St-Cyr pour contrôler nos bécanes. Ça, c’est sûr et certain.

Philippe Deker, motard de Mailly-Maillet

À Mailly-Maillet, dans la Somme, Philippe Deker, motard, va dans le même sens que Frédéric, à Calais. Avant de prendre la route, il affirme regarder toujours "tout ce qui est pneumatique, on regarde s'il n'y a pas de hernies sur les côtés, on regarde nos disques, s'il n'y a pas de fuite à nos fourches parce que c'est très dangereux, mais aussi tout ce qui est éclairage et câblages".

Cette habitude systématique est incorporée dans le permis de conduire de la moto, "donc le contrôle technique, on le fait finalement à chaque sortie". Il alerte aussi sur un danger, celui des jeunes motards. "Pendant deux ans, certains risquent de dire : je ne contrôle rien, j'ai un contrôle technique, il n'y a pas de danger. C'est de ça que j'ai peur".

"0,3 à 0,4% des accidents corporels est dû à une cause technique"

Frédéric Condroyer tient à rappeler que seuls "0,3 à 0,4% des accidents corporels est dû à une cause technique". À côté, les infrastructures techniques "causent entre 30 et 35% des accidents de la route à moto".

Eddy Vanzwaelmen, délégué de la Fédération des Bikers de France (FBF) dans la Somme, ajoute que dans ces 0,3% d'accidents, "majoritairement, c'est à cause de l'état des pneus, donc le contrôle technique est inutile pour ça". Selon lui, il faudrait effectuer un "contrôle technique des routes : on en a marre des nids-de-poule, des guillotines et compagnie".

Le contrôle sera seulement visuel. Il n’y a aucun vrai contrôle. Ils vont le faire au doigt mouillé et vont faire ce qu’on vérifie tous les jours : nos feux, freins, pneus. C’est ce qu’on effectue à chaque fois qu’on sort en balade.

Eddy Vanzwaelmen, délégué de la Fédération des Bikers de France (FBF) dans la Somme

La solution pour réduire le nombre de morts de blessés ? "Il faut éduquer les gens et réparer les routes", martèle-t-il. C'est pourquoi lui et des milliers de motards appellent au boycott du contrôle technique.

Aussi, une opération nommée "Balance ton centre" est mise en place. "Elle sert à balancer les centres qui font le contrôle technique moto et, comme on sait que 95% des utilisateurs moto ont une voiture, on les invite à ne pas amener leur voiture dans ces centres, de faire passer le message à leur famille, leurs amis".

Les motards opposés au contrôle technique veulent que ces centres, qui seront listés à partir de lundi, rencontrent "des difficultés financières, qu'ils assument leur choix de nous racketter".

Des mesures floues aux yeux des motards

Pour Frédéric Condroyer, même si le décret d'application rentre en vigueur lundi, "rien n'est perdu car la lutte a commencé il y a plus d'une décennie, et on continue". Il affirme que "certaines choses ont été mises en place et ont été finalement retirées". Il pense, par exemple, "à la vignette, début des années 1980".

À ce stade, les motards estiment ne pas avoir assez de détails sur la tenue de ce contrôle technique. "Il devrait durer entre 20 et 40 minutes, il va coûter autour de 75 euros, donc on va payer autant qu'une voiture". Il n'y aura, pour le moment, "pas de contrôle antipollution, de passage au banc, donc ça organise un racket coûteux, avec des gens formés ou non".

Il renchérit en pointant du doigt une formation de sept heures "pour des gens qui n'ont jamais touché une moto. 7 heures de manipulation, c'est une catastrophe ! On pourrait aussi nous demander de manipuler la moto dans le centre, mais dans ce cas, je deviens salarié du centre. Comment ça se passe ? Il reste beaucoup de questions en suspens".

Des motards intransigeants, d'autres plus circonspects

David et Frédéric, tous les deux habitants de Saint-Omer (Pas-de-Calais) et venus à Calais pour manifester à moto, n'effectueront pas le contrôle technique. "Je vais voir comment ça va se dérouler par la suite parce que là, je ne trouve pas ça normal. Personnellement, je ne roule pas beaucoup avec", explique David.

Frédéric voit dans ce décret un "moyen ou un autre de pomper un peu d'argent à certaines personnes. Au départ, pour nous, ça reste un loisir. Sur le nombre de motos qui sont là aujourd'hui, elles sont toutes dans un état irréprochable".

On ne prend pas le risque de rouler avec des pneus usés, nos freins sont correctement suivis... Il y a d'autres moyens de trouver de l’argent que chez les motards.

Frédéric, motard de Saint-Omer

Paula, elle aussi de Saint-Omer, effectuera le contrôle technique de sa moto. "On n'a pas trop le choix, mais si on peut le faire sans, on évitera parce que je ne suis pas trop pour le contrôle technique". Elle ne s'oppose toutefois pas à un contrôle de la moto avant une vente.

De plus, selon elle, les motards seraient plus prudents que les automobilistes "étant donné qu'on n'a rien pour nous protéger à côté". Elle les décrit par ailleurs comme "une famille" avec un esprit d'équipe.

"On veut regarder, voir ce que ça donne"

Tous les centres de contrôle technique n'accueilleront pas les motos dès lundi. C'est le cas pour celui où travaille Philippe Petit, qui préfère d'abord voir "ce que ça va donner, déjà qu'à la base, c'était dans les tuyaux dans les années 2000".

Mais quels points va-t-il contrôler ? "Les freins, les directions et en 2025, il y aura les échappements et le bruit. C'est pour ça qu'il vaut mieux passer sa moto au contrôle en 2024. Ce n'est pas possible que tout arrive d'un seul coup, et il faut en plus acheter du matériel", détaille-t-il.

Comment déplacer la moto dans le centre si un contrôleur technique n'a pas le permis moto ? C’est une bonne question.

Philippe Petit, contrôleur technique

Il lui faudra aussi acheter "un pont et des éléments de levage pour lever la moto. Ça a un coût, mais je ne sais pas pour les prix. Il n'y a pas beaucoup d'équipementiers qui sont venus nous voir non plus", avoue-t-il.

Et si certains motards "aiment bien modifier leur moto", ils sont dans la grande majorité "très soigneux". Cela n'empêche pas Philippe Petit de juger le contrôle technique utile pour l'environnement et la sécurité.

Avec Lucie Caillieret, Simond Colaone / FTV