Erasmus : primé par la Commission européenne, le lycée Jean-Bart de Dunkerque invité aux 35 ans du programme européen à Paris

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Aujourd'hui, le programme d'échange européen Erasmus + fête ses 35 ans et a choisi de mettre à l'honneur un seul établissement : le lycée Jean-Bart de Dunkerque (Nord). Depuis quatre ans, il propose un enseignement différent grâce à une seconde dédiée à Erasmus et a même été primé pour cela par la Commission européenne.

Dernières répétitions à la Maison de la radio à Paris pour Lisa Vandeweghe, 17 ans, élève en première au lycée Jean-Bart de Dunkerque. Cet après-midi lors d'une grande cérémonie célébrant les 35 ans d'Erasmus, elle va pouvoir revenir sur son expérience au sein de ce programme, depuis la cinquième, devant un parterre de ministres, dont Jean-Michel Blanquer pour l'Education nationale.

"C'est une fierté d'avoir été choisie, sourit-elle. C'était beaucoup de travail ces derniers mois, en parallèle du bac blanc de français, j'ai dû écrire un texte et j'ai eu des séances de coaching pour l'oral, la prestance, la diction."

Un lycée unique en France

A ses côtés, deux enseignants défendront leur vision de l'enseignement, correspondant à un système éducatif plus ouvert et plus moderne, qu'ils expérimentent depuis quatre ans au lycée Jean-Bart et leur a valu de recevoir de la part de la Commission européenne le prix du meilleur établissement secondaire de France 2021 pour l'enseignement innovant.

"Il s'agit du seul prix en éducation remis par la Commission, précise Fabrice Tondeur, professeur d'EPS au lycée Jean-Bart de Dunkerque, qui prendra la parole avec sa collègue Caroline Milot, professeur de français latin grec. C'est grâce à ce prix si nous avons été repérés par l'Agence française des projets européens qui nous a demandé d'être le seul représentant scolaire lors de la cérémonie officielle des 35 ans d'Erasmus."

En direct sur YouTube

La cérémonie est programmée entre 14h et 17h30 avec un programme dense et sera retransmise en direct sur YouTube ce jeudi 20 janvier dès 13h45. Seront présents Nicolas Schmit, commissaire européen à l'Emploi, aux Affaires sociales et à l'Insertion mais aussi cinq ministres : Jean-Michel Blanquer (Education nationale, Jeunesse et Sports), Elisabeth Borne (Travail, Emploi et Insertion), Roselyne Bachelot (Culture), Julien Denormandie (Agriculture et Alimentation) et Frédérique Vidal (Enseignement supérieur, Recherche et Innovation).

Devant eux, les deux professeurs du lycée Jean-Bart présenteront la classe Erasmus créée il y a quatre ans, 35 élèves de seconde qui partent en mobilité à l'étranger et travaillent sur différents projets, en lien avec des écoles européennes partenaires de projets Erasmus + : l'Italie, la Grèce, le Portugal, l'Espagne, la Finlande, la Suède, la Roumanie, ou encore la Slovaquie.

"En cinquième, quatrième et première, explique Fabrice Tondeur, l'Erasmus est une option de quelques heures par semaine, assortie d'échanges avec les écoles partenaires, qui comprennent des mobilités d'une semaine à un mois. Et puis, nous avons créé une classe de seconde 100% Erasmus. Ils ont quatre heures dédiées le vendredi, durant lesquelles on se consacre à fond aux projets. Ils font des exposés en français ou en anglais, du théâtre, des expos, des conférences… Mais tous les cours sont impactés par Erasmus."

Cela signifie que les programmes scolaires, dans toutes les matières, sont abordés par le biais de thématiques d'actualité et propres à la jeunesse. Ainsi, les élèves travaillent par exemple sur l'économie circulaire, la construction européenne à travers les femmes, l'héritage du patrimoine, l'énergie, les arts et la culture, les compétences personnelles et l'entraide. C'est d'ailleurs le projet "Un esprit sain dans un corps sain" sur l'alimentation et la santé qui leur a permis d'être repérés par la commission européenne.

"Ces projets ne sont pas que du blabla, insiste Fabrice Tondeur. Il y a un vrai travail derrière. Par exemple pour la construction européenne, on s'est concertés, on a discuté, et j'ai rédigé 350 pages. C'est concret, c'est fort. Ces gamins ont l'occasion de rencontrer des professionnels locaux : collectivités territoriales, entreprises, associations, structures culturelles…"

Partage, échange et entraide

Fabrice Tondeur pourrait en parler pendant des heures. Ce programme, cette vision de l'enseignement, c'est sa passion. "Les buts sont multiples. D'abord, lutter contre la peur de l'autre, de l'étranger… Et puis, mon rêve ce serait de transformer la société actuelle. Et on peut y arriver. Vous savez, la richesse de l'humanité ne passe pas par le téléphone portable ou la domination de l'autre, mais le partage, l'échange, l'entraide, la compréhension. C'est ce qu'on leur enseigne."

Et ça marche. "Je ne voulais pas le faire au départ, parce que je n'avais jamais laissé mes parents, raconte Lisa, qui a eu l'occasion de partir une semaine en Italie dès l'âge de 12 ans, puis en Finlande, en Angleterre et deux fois un mois en Espagne. C'était une vraie chance de pouvoir voyager si jeune."

Erasmus +, ouvert à tous

Depuis une vingtaine d'années, le programme Erasmus a en effet évolué pour devenir Erasmus +, non plus réservé aux étudiants du supérieur comme c'était le cas au départ, mais ouvert aux scolaires dès l'école primaire, aux associations sportives et culturelles ou encore aux adultes en formation.

"Ma grande sœur Lalie qui fait aujourd'hui des études d'infirmière était passée par là et elle m'a convaincue. Je ne regrette pas du tout. Ca m'a apporté plus de maturité, d'autonomie, d'ouverture d'esprit, d'amitiés partout à travers l'Europe."

Aujourd'hui, la jeune fille qui plus tard voudrait "aider les autres" a un message à faire passer : "Un programme comme celui-ci est hyper important pour le développement personnel. C'est accessible à tous. Moi-même, je n'étais pas une élève très douée, je ne parlais pas forcément très bien anglais, ça n'empêche pas de partir et de s'impliquer… En immersion, on n'a pas le choix, on devient plus débrouillard."

Une classe inclusive, pas élitiste

"Ce n'est pas une classe élitiste, comme peuvent l'être les sections européennes, confirme Fabrice Tondeur, à qui cela tient à cœur. Un tiers d'élèves sont issus de sections européennes, un tiers sont de niveau moyen, un tiers sont en difficulté."

"Les profils sont inclusifs. Il y a cette année des décrocheurs, des gens en mal-être psychologique à l'image de cette adolescente qui a fait plusieurs tentatives de suicide, ou encore un transsexuel. Ces jeunes, on fait ce qu'il faut pour en faire des citoyens responsables. On les écoute, on les envoie à la rencontre des autres, on les ouvre au monde."

C'est là toute la démarche de cet enseignement. A l'heure où la France prend la présidence de la Commission européenne, c'est ce qu'ils expliqueront, en à peine quelques minutes, cet après-midi devant les ministres.

Comment ils rêvent que leur travail puisse servir à d'autres et entrer directement dans le programme de l'Education nationale. Comment le lycée, au-delà d'enseigner, peut donner du sens aux apprentissages et ne plus être seulement l'école, mais l'école de la vie.