En grève de la faim, une accueillante familiale âgée de 69 ans dans le Nord dénonce ses conditions de travail : "je continuerai jusqu’au bout"

Thérèse Bauwens est accueillante familiale de personnes âgées ou handicapées dans le Nord. Le 5 février dernier, elle a entamé une grève de la faim face à l’inaction et au désintérêt des pouvoirs publics concernant les problématiques que rencontre sa profession.

À 69 ans, Thérèse Bauwens a débuté il y a trois jours une grève de la faim pour protester contre l’inaction du gouvernement face aux problèmes rencontrés dans sa profession.

"Nous, accueillantes familiales, demandons une rémunération plus conséquente", clame-t-elle au nom de ses confrères qui n’ont pas la possibilité de faire grève. "J’ai trouvé des personnes bénévolement pour me remplacer. Ce n’est pas le cas des autres accueillants. Je continuerai jusqu’au bout, pour eux".

33 ans de métier au service des autres

À Lourches où elle vit, Thérèse Bauwens fait avec passion ce métier depuis 33 ans. "J’ai commencé par accueillir de vieilles voisines que je connaissais depuis l’enfance, témoigne-t-elle. Certaines avaient des cancers. Je n’ai pas eu besoin de faire de publicité sur mon activité. Avec le bouche à oreille, les demandes d’accueil étaient déjà fortes à l’époque".  

En ce moment, trois personnes âgées en situation de handicap vivent sous son toit, avec son mari. "J’en ai une, ça fait 21 ans qu’elle vit chez moi. Elle a 80 ans, elle est handicapée déficiente. Ne lui parlez pas de maison de retraite ! Elle ne veut pas y aller". 

Les deux autres personnes accueillies ont 64 et 46 ans. L’une d’entre elles demande une attention particulière, selon l’accueillante nordiste. 

Nous accompagnons ces personnes âgées ou en situation de handicap continuellement, jusqu’à la mort. Avec mon mari, nous partons toujours en vacances avec elles. Nous ne sommes plus invités à dîner à l’extérieur car nous sommes trop nombreux, donc nous ne sortons pas beaucoup de chez nous… Et lorsque je tombe malade, je suis obligée de travailler, de m’occuper d’eux.

Thérèse Bauwens, accueillante familiale de personnes âgées ou en situation de handicap à Lourches   

Pour cette activité, la septuagénaire touche 990 euros brut par mois et par personne accueillie. "Je suis payée 3 heures par jour alors que je travaille à temps plein." Depuis le début des années 2000, les congés payés sont aussi compris dans son salaire.

S’occuper à plein temps de personnes âgées et handicapées, "c’est aussi leur faire à manger, leur changer leur couche, les amener chez le médecin et organiser des sorties à la plage". 

Alors Thérèse Bauwens touche également une aide "d’entretien" d’un montant de 556 par mois et par personnes accueillie pour payer les charges (alimentation, transport, factures d’électricité et de chauffage, etc). "Ce n’est pas assez, constate l’accueillante familiale. Il me reste 1 200 euros de salaire pour payer mon loyer et mes charges".  

Une grève de la faim pour dénoncer ses conditions de travail 

Selon Thérèse Bauwens, le gouvernement profite de la générosité des accueillants, "qui connaissent la misère". "J’étais l’aînée d’une fratrie d’onze enfants, affirme cette Nordiste née à Denain, près de Valenciennes. L’entraide, la solidarité, je connais".

Pour mener à bien sa grève de la faim, Thérèse Bauwens a diminuer son alimentation dès la semaine dernière. "Je vais bien pour le moment. J’ai une infirmière qui vient tous les jours. Ce qui me motive, c’est de mener ce combat pour tous mes collègues, on a pas possibilité de le faire d’habitude".

La septuagénaire mène ce combat, "non pour elle-même mais pour l'avenir de l'accueil familial" qu'elle voit bien sombre, ce que les chiffres ne manquent pas de confirmer.

En France, le nombre d'accueillants familiaux en baisse

Un baromètre de l’accueil familial des personnes âgées ou handicapées publié ce mois-ci par l’Institut de formation de recherche et d’évaluation des pratiques médico sociales (IFREP) dresse un bilan négatif. 

En 25 ans, l’accueil de personnes âgées ou en situation de handicap ne s’est pas développé. Au contraire, il a diminué. En France, ils étaient 8 789 accueillants familiaux pour 13 810 accueillis en 2021. Environ 4 000 places sont inoccupées actuellement, faute d’accueillants familiaux. De telles conditions de travail n'attirent pas.